GILBERT, ên Thèse de PRESLES, Paris
l'abdomen — que l’on peut se rendre un compte exact des dimensions du foie. Le bord antérieur dépasse detrois, quatre, cinq travers de doigt le rebord des fausses côtes ; sur la ligne médiane ce bord atteint mais dépasse rarement l’ombilic. Le lobe gauche est également hypertrophié; mais sa matité ne se confond généralement pas avec celle de la rate. Par la palpation bimanuelle, ou en saisissant la tranche antérieure du foie entre le pouce et les autres doigts, on constate que ce bord est mousse, épaissi. La surface n’est pas lisse et l’on peut y percevoir des saillies plus ou moins nettes. La matité sur la ligne mamelonnaire droite arrive jusqu’au niveau du quatrième espace intercostal.
Il existe toujours des veinosités de l’abdomen et du thorax ; mais elles ne prennent qu’exceptionnellement le développement considérable qu’elles ont dans l’ascite de la cirrhose atrophique.
La circulation périphérique est également troublée. Nous avons déjà signalé l’ædème malléolaire pouvant précéder l’ascite ; une fois l’ascite développée, cet œdème survient par suite de la gêne de la circulation dans la veine cave, il envahit les membres inférieurs de bas en haut, puis la verge et le scrotum. Les veinosités de la face, les hémorrhoïdes, les varices se retrouvent ici comme dans la cirrhose atrophique où nous aurons à en parler plus longuement; on a également signalé l’apparition de nævi vasculaires.
La rate est toujours notablement augmentée de volume ; la matité dans son plus grand diamètre a 8 à 12 centimètres et quelquefois davantage. On peut constater l’existence d’un souffle splénique.
Les poumons sont souvent le siège d’une congestion des deux bases ; la fréquence de la pleurésie sèche à droite se retrouve comme dans la plupart des affections du foie.
Les signes qu’on peut noter du côté du cœur sont les mêmes que pour la cirrhose atrophique.
La tendance aux hémorrhagies se manifeste comme pour les autres affections où le foie est profondément touché ; notons l’apparition de taches purpuriques, d’hématémèses, d’épistaxis, de mélæna, de selles sanglantes. Ces hémorrhagies fréquentes à la phase ultime des cirrhoses peuvent s’observer à une période encore peu avancée dela maladie. Les fonctions digestives sont troublées.
Les urines sont rares, hautes en couleur, laissant déposer des sédiments uratiques rosés; elles contiennent de l’urobiline et du pigment rouge brun (bilirubidine de Tissier”). Au contact de l'acide nitrique nitreux, elles présentent un disque de couleur brun acajou.
1. P. TissiER, Essai sur la palhologie de la’sécrétion biliaire (Thèse de Paris, 1889).
L'expérience de Colrat y fait apparaître du sucre ; par une expérience analogue, on peut aussi provoquer l’apparition de peptones.
Dans cette forme, l'élimination de l’urée serait augmentée, surtout pendant ces poussées dont nous avons parlé; la quantité d’urée éliminée pourrait atteindre à ces moments jusqu'à 40 et 55 grammes par jour. La toxicité urinaire serait normale ou diminuée {.
Marche. — L'évolution de l'affection est ordinairement apyrétique. La tendance à la guérison constitue le trait le plus saillant — et du plus haut intérêt — de la cirrhose hypertrophique alcoolique. Il est bien entendu que par guérison il faut entendre la disparition, l'amendement des symptômes par où se révélait la cirrhose et non pas la régression du tissu de sclérose déjà organisé dans Le foie. Sous l'influence d’une bonne hygiène et peut-être aussi de la médication, l’ascite peut disparaître, la rate reprend ses dimensions normales, les veinosités s’affaissent. L’état des fonctions digestives s’améliore en même temps que les urines deviennent plus abondantes. L’embonpoint renaît avec la vigueur. Le foie même se rétracte en partie. Le plus souvent l’ascite ne disparaît pas spontanément, mais nécessite une ou plusieurs ponctions; le nombre de ponctions que l’on est parfois obligé de faire jusqu’au jour où l’ascite ne se reproduit plus peut être considérable; dans le service de notre maître, M. Debove, nous avons vu un malade qui n’a guéri qu'après sa trentequatrième ponction ; on lui avait soustrait dans l’espace de six ans environ 400 litres de sérosité; la guérison se maintient depuis plus de deux ans. 11 y a mieux encore. Duhamel? rapporte l’histoire d’un malade qui avait subi dans l’espace de deux ans cinquante-trois ponctions ; l'amélioration se maintenait suffisante encore trois ans après.
L'évolution de la cirrhose hypertrophique alcoolique n’est pas toujours celle que nous venons d’esquisser d’après le tableau qu’en ont donné MM. Hanot et Gilbert ; dans un grand nombre de cas, la maladie reste latente par suite de l’absence d’ascite et de signes d’hépatisme ; deux des autopsies rapportées par les auteurs que nous venons de citer ont trait à des cas où la découverte d’une cirrhose hypertrophique fut une surprise. L'existence de gros foies, chez des buveurs qui ne se plaignent d'aucun malaise imputable à l’état de ce viscère, paraît d’ailleurs très commune.
L'évolution bénigne, souvent même latente, est donc de règle