ROBIN, Leçons de clin. et de thér. médic., Paris
D'autre part, si l’albumine fébrile — le fait est certain — est presque toujours non rétractile, cela tient aussi à ce qu’elle est surtout composée de globuline (Jaccoud), dont la coagulation est beaucoup plus lente que celle de la sérine!. Pour expliquer le passage dans l’urine des albumines normales, et en particulier de la globuline, on à invoqué les modifications que la fièvre fait subir au sang, l'augmentation de l’urée et des urates, la diminution des chlorures, l’hyperalbuminose, l’hyperthermie® qui favoriserait l'élimination des matières albuminoïdes. D’après MM. Lecorché et Talamon, il faudrait attribuer un grand rôle aux troubles de la circulation rénale, caractérisés par le ralentissement du courant sanguin : ils expliqueraient les nombreux traits communs entre les urines fébriles et les urines des cardiaques; ultérieurement enfin, ces modifications de l’irrigation glomérulaire aboutiraient à une glomérulite desquamative avec tuméfaction et chute des épithéliums : ainsi, l’albuminurie fébrile ne serait jamais, à proprement parler, une albuminurie dyscrasique, elle relèverait toujours d’une lésion rénale légère et essentiellement curable.
Cette néphrite passagère (Cornil et Brault) peut-elle avoir une origine microbienne? Cette hypothèse devient de jour en jour plus vraisemblable, mais le mode d'action des agents infectieux est loin d’être établi avec certitude. Tantôt l’albuminurie est causée par des microorganismes pathogènes (érysipèle, pneumonie); tantôt elle semble être le fait d’une infection secondaire. On ne sait pas si les microbes, qui paraissent s’éliminer principalement par les tubes contournés (Enriquez*), provoquent par effraction des lésions épithéliales expliquant le passage de l’albumine, ou si le rôle capital n'appartient pas aux produits solubles qu’ils sécrètent; il est certain que dans nombre de maladies où la toxine seule cireule dans le sang, la diphtérie, par exemple, cette interprétation est seule acceptable“.
A côté de ces albuminuries fébriles, qui disparaissent d'ordinaire avec la fièvre, prennent place les albuminuries liées à une lésion du rein, très variable suivant les cas, presque toujours d’origine micro-
1. Nous parlerons plus loin des cas dans lesquels l'urine fébrile renferme de l’albumine soluble, des peptones.
2. L’hyperthermie joue certainement un rôle dans la production de l'albuminurie. On peut rendre des animaux albuminuriques en élevant leur température centrale de 2 degrés (CAPITAN, Rech. expérim. et cliniques sur les albuminuries transitoires, Thèse de Paris, 1883).
3. ENRIQUEZ, Des néphriles infeclieuses (Thèse de Paris, 1899).
4. Les nombreuses variétés d’albuminurie expérinentale déterminées par les injections de toxines virulentes ou atténuées, de tuberculine, par exemple, rendent chaque jour plus vraisemblable que les poisons microbiens sont la principale cause des albuminuries dans les maladies infectieuses ; mais rien n’est encore plus obscur que le mécanisme intime de leur action.