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HÉMOGLOBINURIE DANS LES MALADIES INFECTIEUSES

L’hémoglobinurie a été observée dans un certain nombre de maladies infectieuses, dans l’ictère grave (Murri), dans le typhus abdominal (Vogel), la scarlatine (Heubner), la diphtérie, la variole hémorrhagique.

M. Hayem a observé l’hémoglobinurie au début du rhumatisme articulaire aigu, où elle a paru coïncider avec une poussée congestive du côté du rein. Il y a une albuminurie qui persiste quelque temps après la disparition complète de l’hémoglobine, des cylindres rénaux et des globules blanes en assez grand nombre.

Dans tous ces cas, l’hémoglobinurie est à la fois un accident exceptionnel et de second ordre.

Il n’en est pas de même dans l’impaludisme où la destruction globulaire est la lésion primordiale ; elle constitue une forme spéciale dite fièvre bilieuse hémoglobinurique. Cette forme mérite une description isolée à raison de sa plus grande fréquence et de sa physionomie clinique plus saisissante.

Fièvre bilieuse hémoglobinurique.

MM. Kelsch et Kiener ont montré que c’est là une variété clinique souvent grave, qui correspond à une intoxication forte; l’hémoglobinurie apparaît comme l'indice d’une énorme destruction globulaire dans l’unité de temps, en deçà de laquelle elle est remplacée uniquement par les phénomènes accessoires de l’accès, par la tuméfaction du foie et de larate, par del’ictère et de l’albuminurie, ou par de l’ictère seul.

Cette forme, avec la gravité en plus, se rapproche par quelquesuns de ses caractères de l’hémoglobinurie, dite essentielle, qui, on le sait, survient fréquemment chez d'anciens paludéens.

Étiologie. — La fièvre bilieuse hémoglobinurique s’observe surtout chez d’anciens fébricitants déjà cachectiques. Cela implique qu’une détérioration profonde de l’organisme est nécessaire pour sa

1. On à rencontré l'hémoglobinurie ailleurs que dans les infections. C’est ainsi qu’il en existe des observations au cours d’affections cardiaques, au cours de l’artério-sclérose, dans certaines affections rénales où le symptôme est parfois périodique. Dans un cas de M. Lépine, où il s'agissait d’une néphrite interstitielle, les accès survenaient à minuit, alors que le malade était au lit depuis six heures, et étaient provoqués par les excès alcooliques et vénériens et les fatigues.

L’hémoglobinurie brightique est quelquefois accompagnée de purpura.

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production, détérioration qui, vraisemblablement, diminue la résistance du sang et prépare le terrain qu’envahit le parasite organisé.

Cette forme s’observe surtout au Sénégal et au Gabon, où elle entre pour un tiers dans la mortalité générale de la malaria.

Clinique. —- Presque toujours, l’accès hémoglobinurique est précédé par quelques accès simples ou bilieux. Les phénomènes bilieux : vomissements, selles bilieuses, ictère, sont presque toujours d’une très grande intensité.

L’hémoglobinurie survient le plus souvent en même temps que la fièvre ; elle atteint son maximum d'intensité pendant le stade de chaleur et décroît ou cesse brusquement pendant la défervescence.

Au moment de l’accès, les urines contiennent des fragments biliaires et de l’albumine. C’est là la forme légère.

Une forme plus grave comprend diverses variétés :

1° Dans la forme grave ordinaire, la fièvre une fois constituée, après le premier accès, prend le type subcontinu ou rémittent. Les vomissements fréquents sont verdâtres, l’ictère est foncé, les urines noires précèdent la mort qui arrive ds le collapsus.

2° Dans une seconde variété, l’anurie est bientôt ee et le malade meurt en quelques he, c’est la forme sidérante.

3° Dans une troisième variété, dite wrémique, après chaque accès, le taux de l’urée diminue, les forces du malade déclinent, la céphalalgie apparaît, précédant de peu le délire, les convulsions et la mort.

Dans tous ces faits, les urines contiennent à la fois de la méthémoglobine, de l’hématine, une grande quantité de matière colorante biliaire, de l’urobiline et dans le dépôt une substance granuleuse très abondante, de couleur gris brunâtre.

Anatomie pathologique. — Les reins présentent une coloration rouge brun sombre ou jaune brun clair. À la coupe, le rein est brunâtre, terne, opaque, et les lésions paraissent très prononcées au niveau des tubes sécréteurs et des branches larges de l’anse de Henle.

Dans les tubes apparaît une poussière fine et grenue, du même aspect que le pigment; mais il y a, en outre, des lésions cellulaires multiples avec sécrétions hyalines dans les tubes. Le protoplasma des cellules est infiltré par une substance colorante diffuse et par des granulations pigmentaires que l’action de la potasse rend évidentes. Ces granulations atteignent quelquefois le diamètre d’un globule sanguin à l’intérieur des cellules.

Les glomérules ne contiennent de pigment qu’à l’état de poussière très ténue.

Quand la maladie a une durée assez longue et que l'élimination

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hémoglobinique a été considérable, on peut observer des hémorrhagies dans les tubes collecteurs et des lésions inflammatoires.

Les lésions rénales dépendent done moins de l’action du poison palustre que de l’irritation produite dans la glande par le passage de l’hémoglobine et de ses dérivés, € opinion confirmée, d’ailleurs, par l’existence de lésions analogues constatées par divers observateurs dans les empoisonnements par les agents destructeurs des globules rouges » (Kelsch et Kiener).

Pathogénie et pathologie comparée. — Procédant par analogie, il nous semble que la pathogénie de l’hémoglobinurie dans les maladies infectieuses ressortit aussi à l’intoxication. Les toxines microbiennes doivent avoir, vis-à-vis des globules sanguins, une action destructive analogue et assimilable à celle que possèdent les substances toxiques ingérées ou expérimentalement injectées dans le sang. Ce doivent être des agents cythémolytiques, de même ordre. C’est une première hypothèse que l’étude de plus en plus suivie des maladies infectieuses rend vraisemblable à l’heure actuelle.

Mais les parasites spécifiques ont peut-être par eux-mêmes une action sur les globules sanguins, qu’ils dissocient en leurs principaux éléments. C’est la pathologie comparée qui semble prouver la réalité de cet autre mécanisme, que la pathologie humaine n’a pas encore vérifié.

Les premières observations à ce sujet sont celles de Babès! qui, en l’année 1888, a décrit une maladie épizootique dans certaines contrées marécageuses de la Roumanie, à laquelle il a donné le nom d’hématurie du bœuf. Gette affection attaque les bœufs et non les vaches, les veaux sont tout à fait réfractaires ; elle est caractérisée par de la fièvre, des érosions hémorrhagiques de l’estomac et de l’intestin, des œdèmes et des hémorrhagies sous-péritonéaux, de la tuméfaction des ganglions rétro-péritonéaux, du foie, des reins?.

En 1892, Babès étudia une épizootie du même genre sévissant sur

1. Académie des sciences de Paris, 1888 et 1890. — Virchow's Archiv, Bd. CXY.

2. L'agent pathogène est une bactérie, dite hématococcus, de Ou,5 à Ou,7 de long, divisée longitudinalement en deux, quelquefois transversalement en quatre par une strie, ressemblant au gonocoque. Ce parasite se trouve dans le sang des vaisseaux, souvent dans les globules rouges, dans les œdèmes, dans les vaisseaux capillaires des viscères (les vaisseaux glomérulaires du rein en sont remplis). Les globules rouges sont moins colorés qu’à l’état normal.

A l’état vivant le parasite se présenterait sous la forme de taches rondes, pâles, du volume de 1 4, siégeant dans les globules rouges. Colorés au violet de méthyle, ils apparaissent comme des globules colorés, avec une ligne de division à leur centre, quelquefois sous forme de 8. Ces parasites colonisent difficilement sur les milieux nutritifs usuels. L’inoculation du sang ou du suc des reins des bœufs hémoglobinuriques, ou encore des cultures, donne aux lapins uae maladie spéciale souvent mortelle et reproduit chez le bœuf, si l'inoculation est faite à des doses considérables, l’'hémoglobinurie classique.

les moutons, désignée en Roumanie sous le nom de carceags. Gette affection ressemble à l’hématurie du bœuf. L'examen du sang montra dans l’intérieur des globules rouges un coceus, voisin de l’hématococcus du bœuf.

Babès propose de classer ces deux organismes à une place voisine de celle des bactéries, dans un groupe intermédiaire, entre les bactéries et les protozoaires.

A la même époque, Th. Smith étudiait une maladie des bêtes à cornes, qui présente quelques analogies avec l’hématurie du bœuf et qu'il décrit sous le nom de maladie du Texas. Les symptômes consistent en une anémie qui se développe avec une extrême rapidité, en l'émission d’une urine rouge, en la réduction du nombre des globules rouges, en la tuméfaction de la rate. Dans le sang des bêtes en pleine fièvre, Th. Smith a trouvé, d’une façon constante, à l'intérieur d’un certain nombre de globules, un parasite qui lui paraît être un micro-organisme appartenant à la classe des protozoaires, le Pirosoma bigeminum.

M. Starcovici (1893) a proposé de grouper les parasites de ces trois maladies dans une même classe (Babesia, » qui constituerait un trait d’union entre les bactéries et les protozoaires.

Récemment, Ali Krogius et Van Hellens*® ont entrepris une série de recherches sur l’hémoglobinurie du bétail en Finlande, à laquelle ils donnent le nom d’hémoglobinurie du gros bétail. Celle-ci attaque aussi bien les vaches et les génisses que les bœufs, ainsiqueles veaux; en dehors de la contagion d’animal à animal, l’affection sévit dans les pâturages bas et marécageux, et de préférence dans les mois chauds de l’année, de juin à la fin du mois d’août.

Cliniquement, laffection est caractérisée par de l’abattement et de la fièvre; puis, après un ou deux jours, l’urine devient albumineuse et présente les caractères de l’urine hémoglobinurique. L’anémie est rapide, l’hémoglobinurie dure deux ou trois jours et la mort peut survenir en hyperthermie et avec affaiblissement du cœur.

Les lésions sont celles d’une infection généralisée intense“.

Il est impossible de ne pas être frappé de l’analogie que pré-

1. Ce sont des corpuscules pâles, de forme ronde ou piriformes, doués de mouvements amiboïdes et se colorant facilement par le bleu de Lôffler.

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