‹ Manuel de médecine (volume 3)Chapitre 242 sur 263 · Arch. de méd. expérimentale, 1° mai · texte numérisé non relu

Arch. de méd. expérimentale, 1° mai

3. Le sang d’une veine de l'oreille d’un animal hémoglobinurique présente, soit dans les globules rouges, soit à l’état libre, des corpuscules pâles, ronds ou ovalaires d’un diamètre de 1u,4 à 1u,8, doués de mouvements de translation et de changement de forme. La coloration par le bleu de méthylène donne les meilleurs résultats. Le nombre des globules infectés, à l'apogée de la maladie, est ordinairement de 7 à 15 pour 100, mais peut monter dans les cas graves jusqu’à 25 et 30 pour 100. Le nombre des parasites dans le sang semble être en proportion directe avec la gravité de la

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sentent ces observations avec ce qui se passe dans l’hémoglobinurie due à l’hématozoaire du paludisme ; il n’est pas illégitime de les comparer et de penser que vraisemblablement le mécanisme des uns et des autres est assimilable. En tout cas, si l’hématozoaire agit par action de présence dans l’hémoglobinurie paludique, on peut penser que dans les autres maladies infectieuses, ce n’est peut-être pas le micro-organisme qui agit, mais bien la toxine sécrétée par lui.

HÉMOGLOBINURIE PAROXYSTIQUE ESSENTIELLE OU A FRIGORE

Cette variété, dont l’étiologie commence à peine à être connue, dont la pathogénie est certainement encore indécise, doit à la physionomie clinique plus étrange et souvent plus dramatique qu’elle revêt, d’être la mieux connue en pratique.

Historique. — Les premières descriptions authentiques de cette hémoglobinurie paroxystique ne remontent guère qu’à une trentaine d'années. Rayer! sans doute l’avait entrevue quand il écrivait : «M. Elliotson a vu chez une personne qui avait eu antérieurement des fièvres d'accès, une hématurie intermittente guérie par le sulfate de quinine. Le sang était toujours rendu dans la période de froid. »

Mais ce sont les auteurs anglais qui les premiers publièrent des faits complets et indiscutables ; ils rattachèrent la maladie à une congestion rénale se développant sous l'influence du froid. Harley ? la décrivit sous le nom d’ « intermittent hæmaturia », Pavy* sous celui de « paroxysmal hæmaturia », Hassall# lui donne le nom d’ « hématurie hivernale ».

En Allemagne, Kobert et Kuessner® la désignent sous la dénomination d’ « hémoglobinurie périodique ». Lichtheim insiste sur l’influence du froid dans sa production.

Murri‘ en expose plus complètement la pathogénie et la symptomatologie, et indique la syphilis comme une des conditions étiologiques principales.

En France, le premier fait publié est celui de Clément’; puis

maladie. Quand celle-ci décroit, leur nombre va en diminuant de jour en jour. Dans les cas graves, les formes des hématozoaires sont plus variées, et il y a plus souvent une infection multiple des globules rouges que dans les cas légers. Ces hématozoaires semblent voisins des plasmodies de la malaria.

. Traité des maladies des reins, 1841.

. Med.-chir. Trans., vol. LXVIII, 1854.

. Lancet, 1866.

. Ibid., 1865.

Berliner kl. Woch., 1878.

. Gaz. de Bologne, 1878-79.

. Lyon médical, 1880.

paraissent successivement les travaux de MM. Lépine et Ramlot!, le mémoire de M. Mesnet sur un malade dont le sang est étudié par M. Hayem?; les revues critiques, thèses ou articles de MM. Du Cazal, Dreyfus-Brisac, Corre, Lépine, Éloy, Rodet, Barrion, Hénocque, qui dans son article si documenté du Dictionnaire encyclopédique résume les grands traits cliniques de l’hémoglobinurie, d’après soixante-dix observations authentiques, etc.

Étiologie. — L’hémoglobinurie paroxystique est beaucoup plus fréquente chez l’homme que chez la femme, et se rencontre surtout dans l’âge moyen. Le maximum de sa fréquence est de trente à quarante ans; mais l’apparition chez l'enfant, même en très bas âge, ne doit pas être considérée comme une rareté.

La cause occasionnelle de l'accès, la plus fréquente, est le r'efroidissement. Chez presque tous les malades, on peut faire naître le paroxysme par l’exposition à une basse température. Ce fait n’est d’ailleurs absolument exact que lors des premiers paroxysmes. Plus tard les malades sont si sensibles aux influences de la température que le refroidissement n’est même plus nécessaire à la production de la crise. Goetze a montré dans une observation intéressante qu’en déplaçant simplement le malade de la proximité du poêle pour le mettre au mur, on pouvait avec certitude compter que ce déplacement provoquerait un accès.

A côté du froid, et après lui, il faut citer à titre de cause occasionnelle, les fatigues, les exercices violents, le surmenage, les excès vénériens (?).

Parmi les causes prédisposantes, il en est deux sur lesquelles on on a surtout insisté, à savoir l’impaludisme et la syphilis. Or on a de bonnes raisons pour faire de l’hémoglobinurie chez les paludéens un groupe à part et pour admettre par suite que « la syphilis est la condition sine qua non de l’hémoglobinurie à frigore » (Lépine).

Cette influence de la syphilis, admise d’abord par Murri, à la suite de la guérison absolue d’un malade au moyen de frictions mercurielles, par Erhlich, par Schumacher, est depuis lors tenue pour certaine par la grande majorité des auteurs.

Dans tous ces faits, il n’est guère question que de la syphilis acquise ; c’est au cours de l'infection, quelque temps après l’apparition du chancre, parfois en pleine période secondaire, que les malades présentent leur premier accès.

Il faut ajouter, à titre étiologique évident, la syphilis héréditaire (Goetze, Comby, Courtois-Suffit). On a vu des malades chez lesquels

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