CHAUFFARD (Soc. méd. des hôp., 14 juin
jections et des mêmes hypothèses, ces dernières rendues au moins vraisemblables par ce que l’on sait actuellement des toxines microbiennes et de leur action assimilable aux poisons chimiques classés.
Lorsque la syphilis ne semble pas en jeu, l’apparition brusque des accès avec élévation de température éveille l’idée de la possibilité d’un parasitisme du sang, évoluant un peu à la façon de l’hématozoaire du paludisme et s’accompagnant d’une destruction globulaire énorme dans l’unité de temps‘.
Dans tous les cas, il serait intéressant d'examiner au microscope le sang de tous les malades qui se présentent à l'observation avec de l’hémoglobinurie paroxystique, afin de s'assurer s’il renferme ounon des organismes se rattachant à la classe des hématozoaires *.
M. CourTois-SuFrFiT.
En 1855, Thomas Addison décrivit, de main de maître, une maladie jusqu’alors inconnue, et caractérisée au point de vue clinique par les symptômes suivants : une asthénie généralisée, des troubles gastriques, des douleurs siégeant surtout à l’épigastre et aux lombes, et une coloration bronzée, s’accompagnant de taches pigmentaires sur les muqueuses. Il rattacha cette affection à une lésion des capsules surrénales.
Les observations ne tardèrent pas à se multiplier, confirmant les vues du médecin anglais *. Actuellement encore on n’a rien ajouté à
1. BARBIER, Hémoglobinurie et infections (Gazette hebdomadaire, 16 mars 1895).
2. Dans une communication récente, M. Lion (Société de biologie, 29 décembre 1894) a rapporté une observation dans laquelle l'examen bactériologique a donné des résultats intéressants. Cliniquement elle montre l’importance des phénomènes prémonitoires de l’hémoglobinurie, phénomènes qu’on peut certainement rattacher à des phénomènes infectieux. Anatomiquement, elle montre des analogies intéressantes avec ce qui se passe chez les paludéens, dans l’élimination des pigments par le rein. Pathogéniquement, elle prouve dans ces cas l'existence de l'hémoglobinhémite; enfin l'examen bactériologique a montré dans la rate l'existence du Proteus vulgaris.
2. Parmi les nombreux travaux qui ont été publiés sur ce sujet dans la littérature médicale, nous ne citerons que le mémoire fondamental d’AbDison : On the constitutional and local effects of disease of suprarenal capsules; en France, la thèse de MARTINEAU (1865), celle de GUERMONPREZ (1875) et au point de vue expérimental les recherches de Brown-Séquard, Vulpian, Schiff, Abelous et Langlois.
la description clinique qu’il en avait donnée, le premier, et d’ailleurs les notions que nous possédons maintenant sur la nature et les lésions de la maladie d’Addison laissent encore beaucoup à désirer.
Il en est de même de l’étiologie, qui est des plus obscures.
La maladie d’Addison ne se rencontre pour ainsi dire jamais dans l'enfance ni au delà de soixante ans. Sur 290 cas recueillis par Monti, il y en avait seulement 11 chez des enfants dont un cas à trois ans et un autre à douze ans. Le maximum de fréquence est de quinze à quarante ans. Le sexe masculin est le plus souvent atteint (119 sur 183 cas de Greenhow).
Les causes occasionnelles sont encore moins connues. Il faut savoir que la maladie d’Addison n’a pas d'unité anatomique (Eichhorst) et que, dans les capsules surrénales, il y a des processus morbides trop différents pour permettre de donner un tableau d’en-. semble des causes de cette curieuse affection.
C’est la tuberculisation des capsules qui constitue la lésion de beaucoup la plus fréquente de la maladie.
Dans bon nombre de cas, elle est primitive. On a parfois incriminé un traumatisme de la région rénale.
Souvent aussi cette tuberculisation est secondaire, soit à la phtisie pulmonaire, soit à la tuberculose génito-urinaire ou au mal de Pott.
C’est secondairement aussi qu’on observe la maladie d’Addison chez les cancéreux. Le carcinome a alors envahi les capsules surrénales.
Symptômes. — Il existe, dans la maladie d’Addison, QUATRE SYMPTÔMES CARDINAUX ; ce sont : l’asthénie, les douleurs, les troubles gastro-intestinaux et la mélanodermie.
Le début de la maladie bronzée est lent et insidieux. Parmi les signes dont nous venons de parler, il en est qui précèdent presque toujours les autres, pendant un temps plus ou moins long, et qui constituent pour ainsi dire les prodromes de celte redoutable affection. On observe, chez les malades, pendant plusieurs mois, une sensation de faiblesse accompagnée d’une mauvaise humeur continuelle, ainsi que des troubles digestifs et des douleurs. La mélanodermie n’apparaît dans le plus grand nombre des cas que plus tard. Nous allons étudier successivement ces différents symptômes.
Asthénie. — Sans cause appréciable, les malades ressentent un malaise profond accompagné d’un sentiment de fatigue et de débilité extrêmes. Le moindre mouvement détermine une lassitude profonde; il semble au malade que ses forces l’aient complètement abandonné.
Cette asthénie ne tarde pas à augmenter à mesure que l'affection suit son cours. Les malades ne peuvent plus se tenir sur leurs
jambes ; couchés, ils restent blottis dans leur lit, ne remuant point, ayant l'horreur du mouvement, tantôt allongés, quelquefois repliés sur eux-mêmes. Leur adresse-t-on la parole, ils ne répondent que si on les y provoque à plusieurs reprises. Ils parlent alors lentement en scandant leurs mots, l'acte même de la parole occasionnant chez eux de la fatigue. Ils ont conscience de ce qui se passe autour d’eux ; mais souvent, après un effort, quelque léger qu’il soit, ou même sans cause appréciable, ils restent plongés dans une sorte d'état de demi-sommeil. Malgré cette apathie tout à fait caractéristique, il n’est pas rare qu'ils se laissent aller au désespoir. Ils refusent même de se laisser alimenter, d’abord parce que l’anorexie est presque toujours complète et surtout parce que les efforts que nécessitent la préhension et la mastication des aliments leur inspirent une véritable horreur.
Ce n’est d’ailleurs qu’à la période terminale de la maladie que l’asthénie atteint cet extrême degré. Au début de l’affection, pendant un certain nombre de mois, on n’observe le plus souvent qu’une tendance exagérée à la fatigue. Même dans les jours qui précèdent la mort, quelque grande que soit la perte des forces, il n’y a jamais ou presque jamais de paralysie (Martineau ‘).
Troubles gastro-intestinaux. — Ils débutent en général par une diminution de l’appétit. Puis surviennent, sans prodromes, des nausées et des vomissements, rappelant, par leur allure, les pituites des alcooliques. Les malades rejettent une certaine quantité d’un liquide, incolore, muqueux, filant, parfois coloré par de la bile.
Ne s’observant d’abord que le matin, ces vomissements surviennent ensuite à toute heure de la journée après les repas, et même en dehors de toute ingestion d’aliments, à cette période même où le malade, en proie à une anorexie complète, refuse toute espèce d'alimentation. Kussmaul a publié cependant une observation où le malade était en proie à une faim dévorante.
On a également observé la sensation de malaise au creux épigastrique, des crampes d’estomac, une diarrhée abondante pouvant faire croire à un empoisonnement (Addison) ou même à une attaque de choléra. Beaucoup de patients ont, pendant des semaines entières, des vomissements et des diarrhées presque continuelles. Chez d’autres, au contraire, la constipation est absolue. Ces troubles gastro-intestinaux, survenant chez des individus qui ne mangent pas, ne contribuent pas peu à augmenter l’asthénie que nous venons de décrire.
Douleurs. — Les douleurs peuvent constituer, dans certains cas,