DEBOVE et RÉmonD (Soc. méd. des hépit., 3 avril
cutanés, enfin de la coloration hémorrhagique du liquide retiré par ponction. La difficulté peut devenir insurmontable quand le cancer coexiste avec la cirrhose hépatique.
Le cancer du foie se reconnaît facilement quand la glande augmentée de volume présente des bosselures manifestes; mais dans certains cas les nodules cancéreux sont profonds et entourés par une zone de cirrhose seule accessible à la palpation; c’est alors que l'examen de la rate peut rendre des services. L’examen du sang pourra également avoir son utilité en tenant compte de la leucocytose propre au cancer.
La pyléphlébite et la pyléthrombose pourraient être confondues avec la cirrhose atrophique si l’on s’en tenait aux seuls signes objectifs : circulation veineuse très développée, ascite considérable. Mais l'apparition rapide de l’épanchement, l'existence constante de l’ictère et la marche de la maladie feront éviter l'erreur.
La cirrhose cardiaque atrophique prête à une confusion inévitable, si l’on ne tient compte de la cardiopathie existante ; en outre, les phénomènes de stase (œdème des membres inférieurs, œdème des parois abdominales) ont, en général, précédé le développement de l’ascite.
La forme scléro-gommeuse de la syphilis hépatique peut emprunter à la cirrhose atrophique quelques-uns de ses symptômes : ascite, dilatation veineuse, atrophie du foie, hypertrophie de la rate. Mais, après ponction, l’examen physique du foie fera reconnaître une déformation irrégulière ; quelquefois même on pourra sentir par la palpation les incisures profondes qui le sillonnent. La connaissance des antécédents et la constatation des lésions cutanées, osseuses, viscérales sont indispensables pour assurer le diagnostic.
CIRRHOSE SATURNINE
On sait depuis longtemps que le plomb s’accumule spécialement dans le foie au cours de l’intoxication saturnine chronique (Claude Bernard, Mayençon et Bergeret). Les observations de M. Potain démontrent que pendant la période aiguë de la colique saturnine le foie diminue de volume; mais cette diminution disparaît en général avec l’épisode aigu qui lui a donné naissance. Il n’en serait pas toujours ainsi : ( Il ne faudrait pas croire qu’il ne s’agisse là que de symptômes passagers succédant à la colique ou pouvant même sur-
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venir en dehors d’elle; car je me rappelle plusieurs cas où la rétraction du foie fut permanente. »
Les observations d’hépatite interstitielle au cours du saturnisme ne sont pas très rares. Coutenot publia en 1867! un cas de cirrhose hépatique due à l’intoxication plombique. L’autopsie montra un foie diminué de volume, granuleux, et contenant du plomb en quantité considérable. M. Potain? cite deux observations cliniques de cirrhose atrophique due au saturnisme. Dans le travail déjà cité de M. Ad. Laffitte, on trouve quatre observations, dont trois avec autopsie, où l’atrophie hépatique doit être mise sur le compte de l’intoxication par le plomb. De plus, ce même auteur a pu produire chez le lapin des lésions scléreuses du foie à la suite d’une intoxication longue par le blanc de céruse (quatre expériences variant entre un mois et demi et cinq mois de durée) : il a trouvé une irritation évidente du tissu conjonctif de l’espace porte, allant une fois jusqu'à la sclérose adulte, un épaississement de la paroi veineuse sus-hépatique, enfin une atrophie cellulaire légère.
D’après les examens anatomiques publiés, les lésions ne different pas de celles de la cirrhose atrophique de Laennec. Nous n’insisterons pas ici sur ce point.
Les symptômes, quand la maladie a été reconnue du vivant du malade, sont semblables à ceux de l’hépatite scléreuse atrophique : ascite abondante, développement des veines sous-cutanées abdominales, splénomégalie, diminution de volume du foie, teinte subictérique, hémorrhagies diverses, etc. La mort a lieu au milieu des signes de cachexie que nous avons décrits plus haut en parlant de l’hépatite de Laennec.
Le diagnostic sera fait surtout par élimination. Chez un saturnin, non alcoolique, l’existence de plusieurs poussées de rétraction hépatique au cours de crises aiguës de coliques, puis l’atrophie permanente de l’organe, avec les autres signes de la compression porte dans le foie, mettront sur la voie du diagnostic causal. On a noté quelquefois l'alternance des accidents d’intoxication plombique avec les poussées du côté du foie : dans ces cas, la cause de l’hépatite sera plus facilement décelée.
L’hépatite chronique atrophique d’origine saturnine est un type qui à aujourd’hui son autonomie. Elle a été certainement confondue dans bien des cas avec la cirrhose de Laennec : ces deux hépatites sont distinctes et doivent être décrites à part.
1: CouTENoT, Cirrhose du foie, suite d'intoxication saturnine (Gazette des hôpitaux, 1867).
2. POTAIN, De l’atrophie du foie dans l'intoxication saturnine (Semaine medicale, 1888, p. 230).
En présence d’une hépatite atrophique, il ne faut pas vouloir toujours et malgré tout trouver l’alcoolisme comme cause efficiente. « La clinique et l’expérimentation semblent prouver que l’intoxication par le plomb est capable de produire une cirrhose atrophique. Cette intoxication n’est pas rare; il faut la rechercher dans tous les cas d’hépatite atrophique, et peut-être éclairera-t-elle quelquefois. l’étiologie de cette affection » (Ad. Laffitte).
Nous devons en dire un mot, car on a pu supposer que certaines cirrhoses reconnaissaient pour cause les troubles gastro-intestinaux.
Cette opinion est extrêmement vraisemblable, elle se trouve soutenue depuis longtemps par Budd, par Frerichs, par Murchison. «Il y a des cas, dit ce dernier auteur, dans lesquels la cirrhose ne peut reconnaître une origine alcoolique, mais où les symptômes de cette maladie ont été précédés pendant des années par de la dyscrasie urique et de la dyspepsie!. » Tous les auteurs qui ont traité des ma— ladies du foie parlent des congestions hépatiques des dyspeptiques. Tout récemment M. Hanot, M. Boix, son élève, dans sa thèse inaugurale, et M. Deguéret, élève de M. Albert Robin, ont insisté à nouveau sur ces faits?.
Cette’opinion, pour vraisemblable qu’elle soit, manque cependant jusqu'ici de fondement anatomique suffisant. Car l’unique constatation anatomique de M. Boix est malheureusement très incomplète.
Clinique. — L’hépatite des dyspeptiques se présente sous deux formes, soit congestive (hépatite transitoire subaiguë), soit chronique (hépatite chronique scléreuse).
I. — Dans la première, c’est après le repas, alors surtout qu'il a été copieux, que le malade se plaint d’une sensation de plénitude et de pesanteur insolites vers l’hypochondre droit, d’une douleur sourde dans la région, parfois avec irradiation vers l’épaule droite ; souvent la face est congestionnée. À la palpation, il est facile de constater que le foie est augmenté de volume et douloureux ; parfois, à la suite d’un de ces accès, plus long ou plus pénible que les autres,