‹ Manuel de médecine (volume 3)Chapitre 6 sur 263 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Définition et étymologie. — Le mot cirrhose a été créé ‘par Laennec; cet éminent observateur entendait désigner par là les granulations d’un jaune roux (xpp6<, jaune roux) que l’on rencontre quelquefois dans le foie. Ce mot fut rapidement adopté par les anatomistes et les médecins, qui connaissaient déjà le mot oxippos par lequel les anciens Grecs désignaient l’induration pathologique des tissus et des glandes en particulier, et par lequel Arétée désigne la maladie qui nous occupe.

De nos jours, on entend par cirrhoses du foie les états pathologiques de cet organe qui s’accompagnent d’une prolifération de tissu <onjonctif fibroïde ou fibreux, généralisée à toute la glande.

Historique. — On a pu relever dans les écrits des cliniciens de Vantiquité et du moyen âge, Hippocrate. Arétée, Galien, les Salernitains, maints passages où ilest fait allusion à l’induration du foie par l’abus des liqueurs alcooliques et à l’hydropisie qui en est la conséquence; mais ces faits d'observation sont perdus dans un énorme fatras d’élucubrations fantaisistes sur le rôle du foie, élaborateur des humeurs.

La période scientifique, pour l'étude des maladies du foie

comme pour le reste de la médecine, commence au début de ce siècle.

Sans doute, d’illustres anatomistes comme Vésale, au seizième siècle, N. Tvulpius et Th. Bonnet au dix-septième, Morgagni au dixhuitième, Bichat au commencement du dix-neuvième siècle, avaient rencontré et signalé au cours de leurs dissections des foies durs, semés de granulations, de tubercules, disait Morgagni. Laennec (1819) signala aussi ces granulations et il leur donna un nom, cirrhose; ce n’était guère plus que ses devanciers; mais il se préoccupa de la nature de ces cirrhoses, et fut assez heureux pour appeler et retenir l'attention des anatomistes et des cliniciens sur les problèmes que soulèvent les processus pathologiques du foie. Pour Laennee, les cirrhoses étaient des productions hétérogènes, néoplasiques, destinées à se ramollir; elles étaient donc fort voisines des tubercules, qu’il avait étudiés d’une façon précise. Il est à remarquer d’ailleurs que dans le cas qui fut le sujet de l’observation de Laennec il s’agissait d’un malade atteint « de pleurésie hémorrhagique du côté gauche avec ascite et maladie organique du foie ! »; la description se rapporte vraisemblablement à un cas de cirrhose tuberculeuse. Laennec ne pouvait pas soupçonner l'alcoolisme dans l’étiologie des cirrhoses; cependant l'habitude s’est introduite de faire des expressions de cirrhose de Laennec® et cirrhose alcoolique des termes synonymes.

Bright * (1827) apporta à l’étude des cirrhoses hépatiques une contribution dont M. Chauffard a mis en lumière l’importance et l'originalité; mais, faute de notions nettes sur la structure du foie, les descriptions et l'interprétation des lésions restaient vagues; en France, Boulland, Andral, Cruveilhier, Becquerel discutaient sur la signification de la substance rouge et de la substance jaune qu’on rencontre dans le foie.

Les recherches de Kiernan ‘ (1833) sur la structure du foie rendirent possible une observation précise et méthodique des lésions ; la création du lobule hépatique allait permettre de préciser la topographie des lésions et de systématiser l’hypertrophie de la trame conjonctive; cette étude, ainsi engagée, s’est poursuivie jusqu’à nos jours.

Carswell 5 démontra le premier que la cirrhose consistait en une prolifération du tissu conjonctif interlobulaire, qui en se rétractant

1. LAENNEC, Traité de l'auscullalion médiate, édition de la Faculté, p. 595 et 596.

2. C’est là un exemple entre mille de l'inconvénient qu'il y a à désigner une maladie d’un nom patronymique. Cependant nous ne ferons que suivre l'usage établi en France, en parlant d’une cirrhose de Laennec et d’une cirrhose de Hanot.

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