HUDELO, Loc. cil., p
épaissie, dépolie ou même villeuse. — Schüppel a observé trois cas de pyléphlébite syphilitique sur des avortons; la lumière du tronc et des grosses branches de la veine porte était très rétrécie; le foie renfermait des nodules gommeux. — La rate est presque toujours hypertrophiée et dure; l’ascite est habituelle, mais peu abondante.
Histologiquement, les lésions qui constituent le foie silex et les nodules gommeux sont bien définies et aisément reconnaissables; il n’en est pas tout à fait de même pour les stades initiaux par lesquels passe le foie des fœtus et nouveau-nés syphilitiques avant la production de ces lésions caractéristiques. On est exposé à considérer comme pathologique un foie fœtal altéré cadavériquement, ou à attribuer à la syphilis des modifications relevant d'infections surajoutées, d’origine intestinale ou broncho-pulmonaire par exemple.
La coexistence fréquente de points congestionnés, gorgés de sang et violacés, à côté de lésions d’hépatite interstitielle, a conduit quelques auteurs à voir dans la dilatation des capillaires avec stase leucocytique une lésion initiale du foie syphilitique. À notre avis cet état anatomique, quand il est isolé, n’a pas grande valeur; ce n’est encore qu'avec réserve que l’on doit admettre comme spécifique l’infiltration embryonnaire généralisée, avec traînées de cellules embryonnaires le long des travées hépatiques formant par endroits de petits amas, surtout au voisinage des espaces portes. Le fait ne s’observe guère que sur des fœtus nés avant terme (Hudelo), et il faut se rappeler qu'à ce moment de la vie les cellules hépatiques ne sont pas encore toutes différenciées.
Dans l'hépatite interstitielle diffuse, si bien décrite par Gubler et dénommée par lui ( induration plastique », on constate des modifications importantes du parenchyme, résultant d’une infiltration abondante de tissu conjonctif plus ou moins embryonnaire entre ses éléments normaux. Dans les lobules le réseau des trabécules hépatiques est rompu, dissocié en fragments formés d’un petit nombre ou même d'une seule cellule hépatique; ces cellules sont les unes normales, d’autres atrophiées, rarement elles sont dégénérées : dans leurs intervalles, où normalement ne trouvent place que les capillaires sanguins et biliaires, on voit un tissu composé de cellules rondes, ou plus encore de cellules fusiformes, à extrémités effilées, quelquefois semblant ramifiées, au sein d’une masse vaguement fibrillaire dans laquelle les capillaires séparés des cellules hépatiques peuvent avoir un trajet onduleux. Dans les cas récents, les cellules sont plus nombreuses, groupées souvent en petits amas de vingt ou trente éléments sur lesquels la coloration vive des noyaux attire l’attention; quand le processus, est plus avancé, la fibrose domine et les capillaires, s’ils ne renferment pas de sang, sont difficiles à retrouver. Les veines centro-
lobulaires ne sont pas altérées. Les espaces portes, au contraire, sont élargis, à la fois par l’aceroissement de leur tissu fibreux qui tend à envahir les lobules voisins en pénétrant entre les cellules hépatiques, et par l’infiltration embryonnaire dont ils sont le siège. Les cellules: rondes et fusiformes sont parfois disséminées sans ordre dans les espaces de Kiernan; mais souvent elles sont groupées en amas et, fait remarquable, cela surtout autour et dans les parois des rameaux
de la veine porte. Tandis que le canalicule biliaire et l’artériole hépa---
tique sont normaux, ou à peu près, la veinule porte est habituelle ment épaissie par endo-périphlébite, assez souvent même perdue dans un amas embryonnaire, ou rétrécie, ou oblitérée dans le tissu scléreux. On ne voit rien qui justifie l’opinion émise par Klebs et M. Hayem sur le rôle de la lymphangite dans la cirrhose syphilitique: du nouveau-né.
En même temps que cette hépatite interstitielle conduisant à la sclérose, on peut trouver les «grains de semoule » de Gubler, gommes
miliaires de Virchow; on a alors la forme mixte d’hépatite intersti-
tielle et nodulaire.
L’hépatite nodulaire gommeuse pure est plus rare. J’en ai rapporté un exemple très démonstratif !. Qu'elle soit ou non associée à de la
sclérose, on remarquera sur les coupes, à l’aide d’un faible grossisse—
ment, en plus des taches déjà visibles à l’œil nu, un grand nombre de nodules microscopiques. Ils sont semés sans ordre en plein lobule, ou à cheval sur deux lobules,affleurant quelquefois par un bord à la veine centrale; mais, de préférence, ils siègent dans les espaces. portes ; on peut alors y reconnaître la coupe d’un canalicule biliaire et de quelques vaisseaux. Les plus petits, semblables aux amas em— bryonnaires précédemment décrits, sont constitués uniquement par des cellules rondes, embryonnaires, à noyau vivement colorable; cesont les nodules syphilitiques élémentaires de Brissaud, les syphilomes miliaires de Wagner; selon ce dernier auteur, ils donnent lieu,
par leur accroissement et leur coalescence, aux syphilomes nodu-
laires circonscrits, c’est-à-dire aux nodules plus étendus et même aux tumeurs gommeuses telles qu’on les rencontre chez l'adulte. On. voit sur les coupes d’autres nodules paraissant plus clairs, dans lesquels les cellules fusiformes sont séparées par une trame conjonctive au milieu de laquelle apparaissent parfois des cellules hépa— tiques dégénérées. Les nodules plus gros, enfin, polycycliques de contour, sont ou bien fibreux en grande partie ou caséifiés à leur centre qui est granuleux, où les noyaux ne se colorent plus. Ces der-
1. J. DARIER et FEULARD (loc. cit.). — Voir aussi le cas de MM. Hutinel et Hudelo, in Thèse d'HuDELO, obs. XVII.
niers renferment souvent des cellules géantes disséminées, ou voisines de la périphérie. Ces gommes peuvent occuper une étendue correspondant à deux ou trois lobules et plus. Elles ne s’enkystent pas comme les tumeurs gommeuses de l’adulte dans une coque fibreuse et nous verrons plus loin l’importance de ce détail. Quant aux es-paces portes inclus dans l’intérieur des nodules un peu volumineux, leur trame fibreuse subit l’infiltration embryonnaire, ou prend part à la caséification; les canaux biliaires et les branches artérielles résistent longtemps et gardent leur structure normale; les rameaux portes, au contraire, ont dès l’abord leurs parois envahies, détruites ; bientôt il devient impossible de retrouver la place qu’ils occupaient.
Les {fumeurs gommeuses, rares dans la syphilis infantile, ont la même structure que chez l’adulte : dans un cas personnel j'ai pu constater que non seulement dans leur voisinage, mais également loin d’elles, le foie était atteint de sclérose diffuse avancée.
II. Foie SYPHILITIQUE DE L’ADULTE. — Il est fort probable que les lésions syphilitiques du foie chez l’adulte passent à leur début par une phase qui doit rappeler d'assez près l’hépatite interstitielle diffuse des enfants; mais les autopsies démonstratives font défaut. On ne sait rien de précis non plus sur l’état anatomique du foie qui correspond à l’ictère secondaire bénin.
Dans les cas d’ictère grave qui ont été attribués à la syphilis, on s’est trouvé, le plus souvent, en présence d’atrophie jaune aiguë, sans caractère spécial démontrant le rôle pathogénique de l'infection. spécifique. MM. Roque et Devic! ont constaté, dans un cas, unehépatite gommeuse typique généralisée, sans sclérose.
À l’autopsie d’un sujet mort de syphilis tertiaire viscérale, il est presque de règle que le foie soitatteint. Souvent une périhépatite adhésive très prononcée rend difficile l’extraction de l'organe quiestfixé par des brides fibreuses résistantes au diaphragme et aux viscères avoi-sinants. Le volume du foie est variable, augmenté presque toujours, rarement diminué, il peut être à peu près normal dans son ensemble, l’'hypertrophie d’un lobe compensant l’atrophie de l’autre. Presquetoujours on est frappé de la déformation du foie, dont les proportions peuvent être bouleversées, qui est au moins bosselé, anfractueux, lobulé, labouré de profonds sillons ou de cicatrices étoiiées délimitant des saillies anomales®. Les termes de foie ficelé ou de foie capitonné ont servi à désigner certains de ces aspects les plus caractéristiques. On ne confondra pas cette déformation d’essence cicatri-
3. RoQUE et DEvic (Congrès français de méd. interne, Lyon, 27 octobre 1894). 2. LANCEREAUX, Anat. pathol. — CoLLinert (Bull. de la Soc. anal., 1892, p. 368). — DARIER (2bid., 1893, p. 22). :
cielle avec une lobulation congénitale de la glande !, ou avec les modifications de forme résultant du port d’un corset trop serré, ou surtout avec les sillons diaphragmatiques du foie *; en revanche la tuberculose, ainsi qu’en témoignent quelques observations (Hanot et Lauth), est capable de réaliser un foie ficelé. À travers la capsule de Glisson épaissie, opaque et irrégulière, on ne peut apprécier l’état du parenchyme; mais le palper, surtout au niveau des dépressions que présentent les faces, ou bien dans les encoches qui échancrent le bord tranchant, décèle une induration manifeste du tissu hépatique. Lorsque les lésions sont partielles ou très limitées, ce qui n’est pas absolument rare, une petite partie de l’organe est seule déformée, ou bien il se peut qu’on ne remarque extérieurement qu’une ou deux cicatrices rayonnées.
Les coupes pratiquées dans l’organe vont montrer que les altérations du foie syphilitique résultent d’une association variable de lésions qui sont : la cirrhose, la gomme etla dégénérescence amyloïde. On regardait autrefois le foie amyloide comme une des formes anatomiques de la syphilis hépatique; on sait aujourd’hui que l’amyloïde peut se voir en pareille circonstance, comme dans la tuberculose, mais n’est, en tout cas, qu'une conséquence indirecte de la syphilis, une lésion accessoire et inconstante; ce qui s’y rapporte sera décrit ailleurs.
En revanche la cirrhose et les gommes sont nettement spécifiques. Le parenchyme est, dans les cas les plus typiques, sclérosé dans son ensemble, il crie sous le couteau, résiste à l’ongle; mais la cirrhose syphilitique est, à l’œil nu déjà, reconnaissable par sa distribution spéciale, irrégulière, en bandes et en zones larges formées de tissu fibreux rosé, ou d’un blanc nacré, selon l’âge des lésions. Ces bandes ont parfois un ou deux centimètres de largeur, on les voit partir des dépressions cicatricielles de l’écorce, plonger dans l’intérieur en s’effilant, en se ramifiant et en s’anastomosant quelquefois les unes avec les autres; d’où une division du parenchyme en lobes très inégaux et souvent diversement colorés.
Au sein de ces bandes fibreuses, et souvent en des points autour desquels elles semblent rayonner, il est assez habituel de rencontrer des gonimes caséeuses. Celles-ci ont des dimensions variant de celles d’un grain de chènevis à une grosse noix; leur forme est arrondie ou marronnée, quelquefois elles présentent des angles; elles sont isolées et peu nombreuses ou conglomérées, ou encore diversement groupées. Leur tissu est ferme, sec, coriace, leur coloration gris
1. PoraeraAT (Bull. de la Soc. anat., 1888, p. 572). 2. J. SÉGLAS (2bid., 1886, p. 163). — MIicHAUT (éb2l., 1888, p. 10).
SYPHILIS HÉPATIQUE sl 7U
jaunâtre ou jaune paille comme celle d’un marron cru; elles sont toujours entourées d’une coque fibreuse dont on ne peut pas les énucléer.
Il est plus rare de rencontrer des gommes isolées dans un tissu hépatique paraissant normal; dans ces cas, décrits sous le nom de forme gommeuse pure, il y a néanmoins une enveloppe fibreuse autour du noyau caséeux et le microscope révèle une sclérose diffuse dans le voisinage et même dans des points très éloignés du foie.
Les lésions hépatiques scléro-gommeuses peuvent tirailler, comprimer et déformer les voies biliaires et la vésicule, d’où parfois rétention biliaire et pigmentation anomale avec dilatation canaliculaire partielle ou généralisée. Dans un cas célèbre, ce sont les veines. sus-hépatiques qui ont été étranglées et même oblitérées, ce qui a provoqué la stase veineuse et une ascite énorme‘. Les ganglions du hile peuvent être sclérosés ou infiltrés de gommes. Il peut y avoir pyléphlébite. La rate est souvent grosse, voire énorme et parfois amyloïde.
L'étude histologique des lésionsinitiales de la cirrhose syphilitique ne peut être faite qu’accidentellement, chez des individus morts d’une maladie intercurrente ; on constate alors que la sclérose provient à la fois du tissu conjonctif péri-acineux et du tissu intertrabéculaire (Cornil et Ranvier).
Les lésions avancées de la cirrhose syphilitique, se rencontrant au contraire communément, ont été décrites par un grand nombre d'auteurs et notamment par M. Malassez *. Leurs principaux caractères résident dans leur absence de systématisation, leur variabilité dans les diverses régions d’un même foie et l’importance des lésions vasculaires. Les larges bandes fibreuses renferment, outre les vaisseaux altérés, quelques îlots de cellules hépatiques tassées et plus ou moins dégénérées, et souvent des noyaux caséeux, c’est-à-dire des gommes; ces bandes sont formées de tissu fibreux très dense avec cellules conjonctives peu nombreuses dans la plus grande partie ce leur étendue, groupées en revanche en amas serrés sur certains points. On observe par places des canalicules biliaires néoformés, mais d'ordinaire ils sont bien plus rares et moins richement développés que dans la cirrhose hypertrophique biliaire.
Sur les bords des tractus fibreux, au voisinage du tissu hépatique, les amas composés d’un plus ou moins grand nombre de cellules hépatiques en dégénérescence graisseuse ou amyloïde, ou encore chargées de pigment, deviennent plus nombreux; dans le tissu hépa-