F. WipAL (Thèse de Paris
surtout aux patientes investigations de MM. Kelsch et Kiener. Déjà dans l’antiquité on avait observé un lien entre la dysentérie et l’abcès du foie; mais il faut arriver à ce siècle pour avoir sur ce point quelque renseignement précis.
Lors de la campagne d'Égypte, T. Larrey rapportait les abcès du foie à la chaleur brülante du jour qui faisait se liquéfier la graisse épiploïque et sous-cutanée; apportées par le sang, ces substances arrivent au foie qu’elles engorgent et enflamment.
Pour Annesley, c’est le miasme malarique qui est la cause principale non seulement des fièvres, mais encore des troubles intestinaux, de la dysentérie, de l'hépatite; la viciation de l'air par la malaria, la chaleur, l'humidité entravent l’exhalation de l’acide carbonique qui s’accumule dès lors dans le sang et devra s’éliminer par un émonctoire autre que le poumon, par le foie. À cette cause de suractivité fonctionnelle du foie s’adjoignent l’intempérance, l’alcoolisme, les excès de régime, si fréquents aux colonies anglaises. Il résulte de tout cela une diminution du bon fonctionnement digestif qui peut aboutir à la dysentérie et des troubles dans la sécrétion biliaire dont l'expression la plus élevée sera l'hépatite.
Les rapports de la dysentérie et de l’abcès du foie parurent plus étroits encore à Budd : l’une précède toujours l’autre, et le foie est atteint parce que la veine porte charrie vers lui les produits septiques élaborés au niveau de l’ulcère intestinal.
Pour les médecins qui observèrent aux premiers temps de la conquête algérienne, la cause essentielle des fièvres aussi bien que de la dysentérie et de l’hépatite réside dans la malaria. D’après Haspel, notamment, les influences climatériques, saisonnières, individuelles, ne déterminent que la forme de ces diverses affections, leur existence et leur nature étant intimement liées à la présence du germe malarique.
F. Jacquot protesta contre cette confusion et établit les différences qui séparent les pyrexies de la dysentérie et de l’hépatite et le lien qui réunit ces deux dernières affections. Tout en admettant que l’abcès du foie et la dysentérie ont une évolution connexe, Rouis fit de l’hépatite suppurée une maladie à part qui se développe sous linfluence des températures élevées ; la chaleur agirait sur le foie en raréfiant l’air et en diminuant la quantité d'oxygène nécessaire à l’hématose; d’où congestion hépatique, accentuée par les vices du régime, et qui aboutit à la fonte purulente, pour peu que l’économie continue à subir l’action des hautes températures. Quant aux rapports de la dysentérie et de l’abcès du foie, Rouis les explique en disant que, si la dysentérie est initiale, elle peut engendrer l'hépatite par reflux dans la veine porte d’une quantité démesurée de sang; si
l'hépatite est primitive, elle peut provoquer la dysentérie par l’action irritante de la bile altérée que le foie déverse dans l'intestin.
Dutroulau à eu le mérite de montrer que les causes banales que l’on assignait à la dysentérie et à l’hépatite sont trop générales pour être les seules et les principales à évoquer. Il établit que la constitution du sol peut seule rendre compte de l’évolution de l’endémie. et que la dysentérie et l’abcès du foie relèvent d’un miasme tellurique au même titre que la malaria. Mais au début ces affections ne sont que de simples phlegmasies, déterminées par des causes banales ; elles ne deviennent spécifiques qu’après l’action du miasme tellurique dont l’effet se traduit par l'apparition de la dysentérie gangréneuse et de la suppuration du foie.
Les auteurs contemporains (L. Colin, Kelsch et Kiener) ont coordonné et rectifié sur plusieurs points les notions acquises, et aujourd’hui les rapports de la dysentérie et de l’abcès du foie sont bien établis. i
Un des premiers arguments des auteurs précédents est tiré de l’étude comparative de la dysentérie et de l'hépatite suppurée dans leur répartition à la surface du globe et selon les climats. Dans les régions tropicales, au Sénégal par exemple, la dysentérie, on le sait, est très grave et très fréquente; elle motive environ le quart des entrées à l’hôpital, et compte pour un tiers dans la mortalité générale. Par rapport à la dysentérie, les abcès du foie sont dans la proportion de 1/4.5. Si l’on étudie la fréquence des deux affections dans les différentes saisons de l’année, on voit survenir une recrudescence saisonnière peu après les grandes pluies, et l’on peut établir deux courbes sensiblement parallèles ; si la dysentérie atteint son apogée à un moment de l’année autre que celui qui lui est habituel, l'hépatite subit les mêmes fluctuations. Il en est de même dans toutes les régions tropicales où l’endémie dysentérique est intense.
Il est des pays sous les tropiques, à la Guyane notamment, où la dysentérie n’occupe pas le premier rang dans la morbidité générale, et où l'hépatite est rare; c’est qu’alors la gravité de la dysentérie n’est pas en rapport avec le nombre des cas. A Mayotte, on est resté longtemps sans voir ni dysentérie, ni abcès du foie. Peu à peu l’endémie s’est constituée, associant les deux formes morbides dans ses manifestations. Dans les régions prétropicales, en Algérie, l’endémie dysentérique est assez faible : il en est de même pour les abcès du foie. Aux premiers temps de l'occupation, les cas de l’une et de l’autre affection étaient beaucoup plus nombreux; leur décroissance a été sensiblement parallèle. Même en France, où la dysentérie est faiblement répandue, la coïncidence de cette maladie et de l’hépatite a pu être signalée par divers auteurs.
Aussi résulte-t-il de l’ensemble de ces faits que la dysentérie et l’abcès du foie sont intimement unis, la fréquence et la gravité de l’une réglant la fréquence et la gravité de l’autre, les recrudescences saisonnières, régulières ou accidentelles étant identiques pour l’une comme pour l’autre.
Les statistiques de MM. Kelsch et Kiener sur la fréquence de la dysentérie chez les individus atteints d’abcès du foie apportent un nouvel appui à cette assertion. En effet, dans 314 cas soigneusement analysés d’'hépatite suppurée, 260 fois il y avait coïncidence de dysentérie, c’est-à-dire dans un rapport de 75 pour 100. Comme le font remarquer les auteurs cités, Bouillaud, dans ses célèbres recherches sur le rhumatisme articulaire et l’endocardite, a fondé sur un rapport plus faible (50 à 60 pour 100) la loi de coïncidenceet l'identité de nature des deux affections.
Les lésions dysentériques étant le point de départ des abcès du foie, quelle est la cause première, l'agent spécifique de la suppuration hépatique ?
Il semble, & priori, que s’il existe un germe spécifique de la dysentérie, ce germe doive se retrouver dans les abcès du foie. On a vu à l’article Dysentérie (t. V, p. 476) que l’accord n’est pas fait sur l'existence d’un agent parasitaire dysentérique, les uns rattachant la cause de la maladie à un protozoaire, l'Amæba coli, les autres la faisant résider dans l’action de divers micro-organismes, notamment du Bacterium coli. On retrouve chez les auteurs la même hésitation quand il s’agit de déterminer la bactériologie de l’abcès du foie. Depuis que l’amibe du côlon a été dénoncé comme l’agent de la dysentérie, on a recherché ce protozoaire dans le pus des abcès dysentériques du foie, et on l’y a trouvé dans bon nombre de cas (Kartulis, Osler), soit seul, soit accompagné de micro-organismes; et, pour Kartulis, ce qui différencie l’abcès dysentérique des autres abcès du foie, c’est que l’on trouverait l’'amibe dans le premier et jamais dans les autres. S'il se rencontre des microbes à côté des amibes, Kartulis pense qu’il s’agit d'organismes surajoutés, à rôle secondaire, transportés par les amibes eux-mêmes de l'intestin dans le foie. D’autres observateurs ont aussi trouvé le pus hépatique habité par l’'amibe du côlon; mais il est certain qu’on est loin de le rencontrer dans tous les cas, et M. Laveran‘, chez plusieurs malades, ne l’a jamais vu.
. Des recherches, aujourd’hui assez nombreuses, qui ont été faites sur les microbes du pus hépatique, on ne peut conclure que ce dernier soit sous la dépendance d’une bactérie spécifique. En effet, la