‹ Manuel de médecine (volume 3)Chapitre 68 sur 263 · LAVERAN (Soc. méd. des hôpit · texte numérisé non relu

LAVERAN (Soc. méd. des hôpit

plupart des ensemencements faits avec les produits de la suppuration ont donné des cultures de staphylocoques. blanc ou doré, de streptocoques, de coli-bacille, de bacile pyocyanique. Lorsque les ensemencements sont restés stériles, on a pu, pour quelques cas, reconnaître des microbes sur des-préparations de pus faites et colo rées par les méthodes habituelles. Enfin, dans certaines observations (Laveran, Netter), on n’a.jamais pu déceler, ni par l'examen direct, ni par les cultures,:un micro-organisme quelconque.

Somme toute, il semble que le nombre des cas soit limité, dans lesquels le pus hépatique est stérile. Cette stérilité n’est souvent qu'apparente, puisque l’on a pu voir parfois des microbes à l'examen direct, alors que les cultures ne végétaient pas. Les milieux nutritifs en usage aujourd’hui dans les laboratoires sont-ils insuffisants? Les microbes ne s’accommodent-ils pas du contenu de l’abcès, soit qu'ils en aient épuisé les matériaux assimilables, comme on le pourrait penser, étant donné que ce sont surtout les vieux abcès à marche lente qui se montrent stériles, soit qu’il se soit formé dans le foyer des principes nuisibles à la vie microbienne? Autant d’hypothèses qu'il appartient à l’avenir de démontrer ou d’infirmer‘. Il est probable, d'autre part, quelle que soit la part qui revienne en définitive à l’'Amœba coli, que les microbes variés rencontrés dans le pus hépatique sont le résultat d’une infection secondaire consécutive à la brèche faite à l'intestin par le processus ulcératif. L’étiologie, l’anatomie pathologique, la clinique nous montrent trop nettement la personnalité morbide de l’abcès dysentérique du foie pour que nous ne puissions soupçonner une cause efficiente unique, spéciale, qui reste à déterminer d’une façon précise. Ce qu’il importe de retenir au point de vue pratique, c’est que l’on ne peut compter sur la stérilité absolue des abcès du foie.

A côté de la cause première, efficiente, sans laquelle il n’est point d’hépatite suppurée, il faut noter les causes secondaires, prédisposantes ou occasionnelles, qui jouent un rôle plus ou moins important, plus ou moins direct dans la genèse des abcès du foie, soit en renforçant l’action de la cause spécifique, soit en augmentant la réceptivité individuelle.

La température élevée a une certaine action, ainsi qu’en témoigne la prédominance de l’hépatite suppurée dans les régions chaudes ; mais ce rôle est secondaire, puisque l’on observe des épidémies de dysentérie avec complication d’hépatite sous un ciel froid ou tempéré.

Sous une même latitude, telle région est frappée par la maladie,

1. M, AcHaRD (Soc. méd. des hôpit., 11 janv. 1895) a montré que ce pus stérile permet la culture de certains microbes. , | . :

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alors que telle autre est à peu près indemne : la notion d’endémie, c’est-à-dire de conditions locales, climatériques, mal déterminées, peut rendre compte de ce fait 4f

Les abcès du foie, ainsi que la dysentérie, sont influencés dans leur développement plus ou moins intense par leur caractère d’épidémicité; la gravité des cas augmente en temps d’épidémie, ainsi que le rapport proportionnel des deux affections. LA

La race influe dans une certaine mesure sur la genèse de l’abcès du foie, les indigènes de nos colonies, par exemple, étant moins frappés que les étrangers par la dysentérie et surtout par l'hépatite suppurée. :

L'acclimatement ne paraît pas diminuer les chances d'évolution de l’abcès du foie; il semble au contraire que cette affection survienne plus facilement chez les Européens dont le séjour se prolonge dans les régions tropicales.

Le passage brusque d’un pays froid à un pays chaud, et inversement, a également été noté comme cause prédisposante par divers observateurs.

Enfin, tout ce qui met le foie dans un état d’infériorité fonctionnelle peut appeler sur cet organe la détermination morbide; à cet égard, on a accusé le refroidissement du corps, si fréquent dans les pays chauds, la suppression brusque du flux dysentérique, spontanée ou provoquée par une médication intempestive, les fatigues excessives, le traumatisme de la région hépatique, les excès de régime, l'abus des aliments et surtout des aliments épicés, l'alcool, qui, ici comm? dans toute la pathologie du foie, semble avoir une importance nocive prépondérante.

En dehors de la dysentérie, les grands abcès du foie reconnaissent d’autres origines. On a dit que le fraumatisme seul pouvait déterminer de la suppuration dans la glande hépatique. Outre que le fait est rare, il est probable que le traumatisme agit simplement comme cause prédisposante, en préparant aux germes pyogènes un lieu de moindre résistance favorable à leur développement.

On à vu des corps étrangers pénétrer dans le foie et créer des foyers de suppuration. Sans nous arrêter aux calculs biliaires, qui seront étudiés ailleurs, on peut citer des cas dans lesquels des épingles avalées ont été retrouvées dans un abcès du foie (Wahson Wasdale, Richards‘), ou encore ceux dans lesquels le corps étranger était constitué. par. des ascarides lombricoïdes qui avaient passé de l'intestin dans le foie par le canal cholédoque (Lobstein, Forget, Lebert).

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