‹ Manuel de médecine (volume 3)Chapitre 73 sur 263 · DREYFUS-BRISAC (Thèse de Paris · texte numérisé non relu

DREYFUS-BRISAC (Thèse de Paris

4. Les résultats obtenus par la toluylendiamine, le phosphore et autres poisons autant hépatiques qu'hématiques, n’ont rien à voir dans la réfutation de l’ictère héma-

Pour être dans les idées classiques, il faut donc, jusqu’à preuve du contraire, rejeter la possibilité d’un ictère hématique et reconnaître

que tout ictère a sa source dans la résorption intra-hépatique des

pigments biliaires normaux ou modifiés, que tout ictère en un mot est hépatique et trouve son entière pathogénie dans ces deux conditions : rétention et résorption dans le foie.

Mais si l’ictère hémaphéique de Gubler ne saurait exister en tant que théorie, il-est indéniable qu’il existe en clinique, et, si le nom ne peut être conservé, la chose est d’observation trop commune pour ne pas être mise en relief. En effet la clinique distingue soigneusement ce que jusqu'ici on a appelé l’ictère vrai ou biliphéique, de l’ictère faux ou hémaphéique : expressions défectueuses, puisque le second,

loin d’être d’origine hématique, trouve également sa source dans la

résorption de la bile, et est aussi biliphéique et aussi vrai que le premier.

La pathologie fonctionnelle du foie est assez avancée aujourd’hui pour permettre de consacrer cette division par d’autres termes que ceux-là qui invoquent une pathogénie erronée.

A côté de l’ictère par résorption de pigments biliaires normaux, ictère ortho-pigmentaire en quelque sorte, il existe un ictère par résorption de pigments biliaires anomaux ou mieux modifiés, ictère méta-pigmentaire si l’on veut. Le premier est l’expression d’un obstacle mécanique au cours de la bile, le second traduit un fonctionnement défectueux de la cellule hépatique, une dyshépatie. On comprend que ce sont là deux types extrêmes, pouvant se produire l’un sans l’autre; mais la cellule hépatique finit par souffrir d’une rétention mécanique prolongée, et les pigments modifiés font leur apparition dans les tissus et dans l’urine, pendant que les pigments normaux y persistent encore; il en résulte un ictère mixte, qui ne réclame d’autre étude spéciale que sa constatation. C’est ce qu’on a appelé l’hémaphéisme secondaire.

Ce même ictère peut se rencontrer dans les cas où l’agent nocif

tique, puisqu'ils agissent sur le parenchyme même du foie. Nous les retrouverons à propos de l’ictère grave.

1. On sera étonné sûrement de ne pas trouver, au courant de cet article, les termes à la mode en ce moment : ictère hepatogène, ictère hématogène. Ces mots sont d’un emploi regrettable. La désinence gène a malheureusement deux sens dans la langue française, et on l’emploie aussi bien pour désigner une chose qui engendre qu’une chose engendrée : c’est ainsi que les mots pathogène, phlogogène signifient : qui engendre la maladie, qui produit l’inflammation, tandis que les mots indigène, exogène veulent dire né sur place, au dedans, né au dehors. Pour ne parler que de la pathologie hépatique, voici d’un côté les mots : ictérigene employé à propos de poisons qui produisent l'ictère, biligénie qui exprime la fonction qu’a le foie de fabriquer la bile, et d’autre part les mots : hépalogène et hématogene signifiant : qui vient du sang, qui vient du foie, Une pareille façon de forger les mots n’est ni claire, ni logique.

frappe presque en même temps les voies biliaires et la cellule, comme dans l’ictère de certaines angiocholites.

L’ictère mixte peut-il exister inversement à la suite d’un ictère d’abord purement méta-pigmentaire? C’est possible, dans le cas par exemple où survient une obstruction biliaire ou une infection aiguë dans un foie dont la cellule est déjà malade. Comme le fait remarquer M. Tissier, « il est bien exceptionnel que le foiene sécrète que des pigments modifiés et, pour admettre que la résorption ne porte que sur ceux-ci, il faut faire intervenir leur plus grande diffusibilité. C’est ainsi, en effet, que les choses se passent le plus souvent, les voies biliaires restent perméables et la résorption est, en quelque sorte, élective, c’est-à-dire qu’elle ne porte que sur les pigments diffusibles. » Qu’alors. survienne une obstruction des grandes ou des petites voies biliaires, et tous les DiEments 1e normaux ou modifiés passent dans le sang.

Malheureusement, c’est un point insuffisamment éclairei que les conditions de cette production exclusive ou simultanée, par la cellule hépatique, de pigments normaux et modifiés. De sorte qu’on ne saurait catégoriquement répondre à cette question : un foie qui fait de l’urobiline fait-il en même temps de la bilirubine!?

Ilest certain que dans quelques ictères, à première vue purement méta-pigmentaires, M. Hayem a trouvé dans le sérum des pigments biliaires en petite quantité. Mais ce sujet réclame de nouvelles recherches et surtout une entente générale sur la valeur des mots, toutes les réfutations de l’existence d’un ictère causé par les pigments biliaires modifiés seuls, ayant visé uniquement les deux mots hémaphéique et urobilinique et s’étant réduites à ceci : 1° l’hémaphéine n'existe pas et il ne saurait y avoir d’ictère d’origine hématique ; 2° l'urobiline ne saurait colorer les tissus; c’est le pigment rouge brun qui les colore. C’est pourquoi, sans préoccupation de la substance qui, dans l’ictère par pigments modifiés, imprègne les téguments, on a préféré se servir ici des mots ortho-pigmentaire et méta-pigmentaire qui ne préjugent rien°.

Tout ictère sera donc qualifié mixte dans lequel le sérum et les

1. A l’état normal on trouve toujours dans la bile une petite quantité d’urobiline provenant de la réduction partielle de la bilirubine sécrétée. Il s’agit ici des cas où l’urobiline est en quantité telle qu’elle est regardée comme le « produit du foie malade ».

2. Le terme d'ictère bilirubidique (M. Tissier appelant bilirubidine le pigment rouge brun) serait parfait, opposé à l’ictére bilirubinique. Mais il n’y a que la différence d’une lettre, et à la prononciation courante elle n’est pas assez sensible. D'ailleurs ce mot implique une pathogénie arrêtée qui n’a pas encore droit absolu d'existence. À tout prendre, le terme iclère urobilinique serait préférable, puisqu'il comprend avec lui la présence de pigment rouge brun, celui-ci n’étant qu’un dérivé par oxydation de l’urobiline, oxydation qui ne se fait peut-être que dans le sang, peut-être même que dans les tissus imprégnés et dans l’urine.

urines contiendront à la fois des pigments biliaires normaux et modifiés. C’est le cas de la plupart des ictères à l’origine ortho-pigmentaires ; il semble que la chose soit bien moins fréquente dans le cas où l’ictère est méta-pigmentaire d'emblée.

Le tableau suivant, sans prétendre à présenter une classification pathogénique des ictères, résume en une vue d'ensemble les notions exposées aux pages qui précèdent.

TOUT ICTÈRE est dû à la rétention et à la résorption des pigments:

mécanique simple .........

Par us [ossruerrons DIVERSES.

au cours \ LITHIASE BILIAIRE.

de la bile — avecangiocholite Ict. orthovasculo-nerveux........... pigmentaire.

quantitative (polycholie)... DR 4 ICTÈRE ÉMOTIF.

Do Pigments normaux Par seuls (pléiochrodyshépatie Lt maie)..........

quanla-! Pigments modifiés tive. nie Ict. meta- Se Er ET TE ICTÈRES INFECTIEUX pigmentaire.

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