‹ Manuel de médecine (volume 3)Chapitre 74 sur 263 · ÉTUDE CLINIQUE DES ICTÈRES ICTÈRE ORTHO-PIGMENTAIRE · texte numérisé non relu

ÉTUDE CLINIQUE DES ICTÈRES ICTÈRE ORTHO-PIGMENTAIRE

(Ictère dû à la résorption de pigments normaux). Étude analytique des symptômes. — COLORATION. —

L'imprégnation des tissus par les pigments et les sels de la bile normale donne aux téguments une coloration jaune bien connue de tous. L'intensité de cette coloration, très variable, peut aller du

jaune soufre le plus pâle jusqu’au jaune d’or éclatant, lumineux ; si

l'imprégnation est plus profonde encore, surtout si elle dure un certain temps, c’est le vert qui prend le dessus, et l'on a, dans les cas

1. Ictère vrai. — Ictère ordinaire. — Ictère biliphéique. — Ictère bilirubique.

extrêmes, le vert bronze, le vert olive, le vert noir (ictère noir). Pour mieux caractériser la couleur de lictère ortho-pigmentaire, on peut dire que le jaune tire toujours sur le vert, ou plutôt qu’il est accompagné de vert, même dans les teintes les plus pâles, de même que dans les teintes les plus foncées, alors que le vert prédomine, il y a toujours un peu de jaune sous la peau. On verra que l’ictère méta-pigmentaire est toujours jaune rouge.

Ces différences paraissent subtiles ; elles sont pourtant bien nettes et l’œil acquiert vite la faculté de cette distinction.

La coloration de l’ictère n’est appréciable qu’à la lumière du jour; le symptôme passera inaperçu si l'examen du malade est fait à la lumière d’une lampe ou même à la lumière électrique.

Si l’on avait des doutes sur la coloration de la peau, tant serait peu prononcée la teinte jaune, on les lèverait par l'examen de la conjonctive bulbaire qui traduit la première et garde la dernière une teinte jaunâtre évidente, Le bleuté de cette région ayant complètement disparu; un autre point précocement et tardivement jaune est la région sublinguale et le plancher de la bouche. Selon l’épais seur, la richesse circulatoire et la coloration ordinaire de la peau, l’ictère est plus ou moins apparent; il faut une imprégnation assez prononcée pour que la couleur jaune soit partout manifeste; elle est dans tous les cas le plus marquée à la partie antérieure de la poitrine, sur l’abdomen et dans les plis de flexion des membres.

Les ictères partiels sont toujours restés une exception, surtout les ictères asymétriques; tel cet hémiplégique dont l’ictère n’occupait que la moitié du corps non paralysée. Peut-être la moindre vitalité des cellules du côté hémiplégique ne permettait-elle qu’une moindre absorption de pigment.

Ce sont les cellules du derme, en effet, celles du réseau de Malpighi, qui se chargent (activement ou passivement ?) du pigment que leur apporte le sérum sanguin. Elles ne s’en débarrassent plus et parviennent à la surface du derme encore colorées; leur desquamaton marque seule la fin de l’ictère; la cause qui l’a déterminé peut donc avoir disparu depuis quelque temps et l’ictère persister encore.

Les viscères sont également teints en jaune, en particulier le foie et les reins. Ces organes, le foie surtout, sont fortement colorés par la bile; les altérations qu’ils présentent n’étant pas seulement le fait de l’imprégnation biliaire, c’est à propos de la maladie qui est la cause de l’ictère qu’on trouvera leur étude anatomo-pathologique. La plèvre, le péritoine, le tissu cellulo-graisseux sous-cutané et interstitiel, les muscles, les tendons et les os sont teints également. Le cerveau, la moelle et les nerfs, les glandes salivaires, le pancréas

sont rarement colorés d’une façon appréciable. Le fœtus, mort ou vivant, peut participer à cette imprégnation générale.

Les sécrétions, sauf l’urine dont nous allons parler, offrent rarement une couleur jaune bien marquée. Ainsi la sueur ne tache guère le linge en jaune, bien qu’en provoquant la sudation par la pilocarpine M. Tissier ait constaté la présence de la bilirubine dans la sueur obtenue. La salive n’est jamais teinte, sauf pourtant s’il y a de la salivation mercurielle (Wright et W. Legg). Le lait peut renfermer des pigments biliaires (Gorup-Besanez) et quelques auteurs ont signalé le fait d’un nourrisson devenu jaune par le lait d’une nourrice ictérique. Les larmes restent incolores. Les sécrétions bronchiques sont teintes quelquefois, comme les crachats verts de la pneumonie avec ictère; mais cette coloration peut être due à d’autres causes, à des micro-organismes chromogènes en particulier. Les liquides d’ascite ou de pleurésie sont ordinairement très colorés.

URINES. — Les pigments biliaires sont constants dans les urines des ictériques. On peut en constater la présence avant même que les conjonctives soient colorées; c’est donc le signe initial de l’ictère, quelquefois le seul signe de la résorption biliaire, dans les cas où celle-ci est très discrète.

Les urines ictériques ont une couleur spéciale, jaune verdàtre. Le reflet verdâtre se voit surtout à la surface, au niveau du ménisque concave que forme celle-ci avec le verre. Selon leur richesse en pigment, elles ont l'apparence de la bière brune, du vin de Malaga, d’une infusion de café même. L’agitation détermine une mousse qui persiste et qui reste colorée en vert.

De quantité un peu au-dessous de la normale, en moyenne, leur densité varie de 1020 à 1025; leur réaction est acide.

Le procédé ordinairement employé pour déceler les pigments biliaires est celui de Gmelin : 20 centimètres cubes d'urine limpide (on filtre au besoin) étant versés dans un verre à expériences, de forme conique, on fait couler lentement et avec précaution le long de la paroi 10 centimètres cubes d’acide azotique nitreux ; pour plus de netteté, il vaut mieux faire arriver très lentement l’acide azotique par un tube dont on fera toucher l’extrémité effilée au fond du verre; il s’établira ainsi une surface de contact assez bien limitée entre l'urine et l’acide. Cet acide azotique doit contenir une petite quantité d’acide hypoazotique, ce que l’on obtient en laissant le flacon exposé à la lumière. S’il contenait une trop forte proportion de vapeurs nitreuses, l'observation serait troublée par la décomposition de l’urée par l’acide hypoazotique et le dégagement des gaz, produit de la réaction (Mercier). Ces conditions étant observées, on verra se produire au bout de quelques instants, au niveau de séparation des deux

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