HiRSCHBERG (Soc. méd. berlinoise, 22 avril
les fibres du violet, les éléments rouge et vert seuls étant impressionnés. Traube nie l’existence de la xanthopsie dans l’ictere et Frerichs dit qu'il n’a jamais observé lui-même ce phénomène.
L’héméralopie (sans rétinite pigmentaire) ne dépend pas davantage de la jaunisse, car elle manque dans l’ictère aigu très prononcé et se trouve au contraire dans la cirrhose atrophique. D’après Hirschberg, l’héméralopie est en connexion directe avec la xanthopsie, c’est-à-dire avec le daltonisme bleu. Au crépuscule, les rayons jaunes disparaissent; il ne reste que les rayons bleus qui paraissent noirs au malade.
L’amblyopie, l’asthénopie, la rétinite hémorrhagique, observées parfois chez des ictériques, relèvent des maladies à propos desquelles l’ictère s’est montré.
Récemment Baas!, à propos de deux {cas d’ophtalmie hépatique. considérant que l’épithélium pigmentaire joue un rôle important dans la! formation du pourpre visuel et que {c’est à l’altération du pourpre visuel qu’on doit rattacher l’héméralopie, incrimine les lésions atrophiques de l’épithélium pigmentaire. Or cet épithélium est nourri par la chorio-capillaire, et Baas a trouvé dans la rétine et surtout la choroïde des altérations vasculaires sous forme d’endartérite et d’endophlébite. Il s’agit donc d’une véritable cirrhose de la choroïde (les malades étaient porteurs d’une cirrhose hypertrophique biliaire); et de même que l’on décrit une rétinite albuminurique, on doit désormais admettre une choroïdite hépatique ou ictérique.
Enfin on a coutume de rattacher à l’ictère le xanthélasma, affection caractérisée par des plaques ovalaires couleur de peau de chamois, variables d’étendue et de forme, et siégeant sur les bords libres des paupières, en coexistence souvent avec d’autres plaques sur les autres parties du corps, principalement aux plis de flexion. Il ne s’agit pas de pigmentation locale par la matière colorante de la bile plus ou moins modifiée, mais de lésions anatomiques localisées dans la gaine des vaisseaux, consistant en une hyperplasie des bandelettes conjonctives, séparées par de grosses cellules à noyaux multiples. C’est là un trouble trophique que les auteurs modernes (de Wecker, Chauffard, etc.) considèrent comme sans lien avec l’ictère. De même pourle æanthome ou xanthélasma papuleux qui se rencontre de préférence sur les articulations du côté de l’extension, sur les fesses, le scrotum, etc.
Il ya peu de chose à dire des troubles moteurs : convulsions ou
1. BAAS (Von Græfe's Archiv, Bd. XL, 1894; analysé in Presse médicale, 9 mars 1895, n° 11, p. 87).
paralysies sont liées, quand elles se produisent, à une destruction hépatique profonde et non point au seul symptôme ictère. L’asthénie musculaire des ictériques ressortit aux troubles de l’état général.
TROUBLES DE LA NUTRITION GÉNÉRALE. — «( Tout ictère, même fugace, retentit plus ou moins sur l’état des forces du malade. Les ictériques sont, ou bien des dépressifs, en état de véritable asthénie physique et psychique, ou bien tristes, facilement irritables, et ces modifications de caractère ont donné naissance à bien des dictons populaires. Ils maigrissent, en outre, et ce dépérissement, presque constant, peut en quelques jours leur faire perdre jusqu’à 8 et 10 livres de leur poids; leurs masses musculaires deviennent molles et affaiblies, et nous verrons combien il est habituel de voir les convalescents d’ictère, même bénin, paraître presque relever d’une maladie grave » (Ghauffard).
C’est qu’en effet, c’est une maladie grave que l’ictère le plus simple, le plus mécanique qu’on puisse imaginer. C’est un empoisonnement de tout le protoplasma non seulement par les substances ‘toxiques de la bile résorbée, mais par les toxines intestinales, dont la production est favorisée par l'absence d’afflux biliaire et la résorption par la constipation habituelle; d’autre part, l’action destructive du foie sur ces poisons d’origine intestinale est considérablement réduite, car la cellule hépatique, par le seul fait de la stase biliaire, si elle ne se désagrège pas toujours sous l’action de la bile, comme le prouvent les foyers de nécrose trouvés dans le foie dans les cas d’obstruction ou de ligature du cholédoque, perd plus ou moins rapidement et complètement ses aptitudes physiologiques. Toutes les fonctions du foie sont solidaires.
MM. Dastre et Arthus! ont montré, par leur méthode de l’ictère partiel (qui permet, par la ligature isolée d’un des conduits hépatiques principaux, de comparer chez le même animal, au même moment, une portion de foie ictérique à une portion de foie saine), que l’ictère entrave la glycogénie; en d’autres termes, qu’il y a dans le foie ictérique un abaissement du pouvoir glycogénique.
D’autre part, M. Roger? a pu formuler cette loi physiologique : Un foie qui ne contient plus de glycogène cesse, par cela même, d'agir sur les substances toxiques qu’il doit arrêter ou transformer.
C’est donc une remarque judicieuse que celle de MM. Dastre et Arthus : « Cette modification du pouvoir glycogénique, disent-ils, même dans les limites restreintes, doit exercer un retentissement
1. DATRES et ARTHUS (Soc. de biologie, 1889, p. 251). 2, G.-H. ROGER, Physiologie normale et pathologique du foie, p. 193 (Encyclopédie Léauté, 1893).
appréciable sur la nutrition. Les relations de la production glycogénétique avec l’activité musculaire et la chaleur animale permettent d'apprécier l'influence sur l’organisme entier d’une altération de la fonction biliaire, même aussi simple et aussi passagère que peut l'être l'ictère par cause mécanique. »
Marche. Durée. Terminaison. — L’ictère est subordonné, dans sa marche et sa durée, à la cause qui la produit. Il y a des ictères aigus et des ictères chroniques. Une simple crise de colique hépatique, une infection passagère, une intoxication accidentelle, une émotion violente provoqueront rapidement un ictère qui disparaîtra après quelques jours. Au contraire, une cause durable ou permanente, un calcul enchatonné, la compression par une tumeur, une intoxication lente et continue, une maladie chronique des voies biliaires comme la cirrhose hypertrophique de Hanot, laisseront persister longtemps l’ictère, mais en général avec des périodes de rémission et d’aggravation coïncidant avec des alternatives dans l’obstruction ou des poussées du processus infectieux ou toxique. C’est surtout dans la lithiase qu’à ce point de vue se trouvent le plus de variations, l’ictère pouvant ne plus reparaître après une première atteinte, se reproduisant au contraire à intervalles irréguliers après guérison complète, enfin s’installant à demeure avec des rémissions et des phases aiguës.
Dans les cas d’ictère par rétention, la guérison s’annonce par la coloration des selles ; il y a même quelquefois un véritable flux biliaire avec diarrhée. L’urine perd peu à peu sa coloration et ses réactions pigmentaires ; souvent même une véritable crise urinaire se produit, marquée par de la polyurie et de l’azoturie. La coloration des téguments est le dernier symptôme qui s’efface, puisque les cellules de Malpighi qui ont fixé le pigment doivent arriver jusqu’à la desquamation. L’état général s’améliore et les forces reviennent progressivement.
En dehors de la guérison, comment peut se terminer un ictère ?
Quelques cas d’ictère aigu, d’abord qualifié de lithiasique ou de catarrhal, tournent brusquement à l’ictère grave; cette même issue termine les longs ictères chroniques, symptomatiques de compression ou delithiase anciennes, après une période plus ou moins longue de cachexieictérique. Nous retrouverons plus loin ces ictères aggravés.
Pronostic. — À ne considérer que l’ictère lui-même, le pronostic est en général bénin, surtout pour les ictères aigus et passagers. D’une part le poison le plus actif, la bilirubine, est fixé, immobilisé par l’imprégnation de tissus d'importance réactionnelle secondaire comme le tissu conjonctif; d’autre part les émonctoires emportent au dehors, au fur et à mesure de leur arrivée dans le sang,
les substances toxiques venues de l'intestin et du foie. C’est surtout au rein qu'est dévolue cette fonction, aussi son intégrité est-elle la base principale du pronostic. Murchison recommande de veiller, chez les ictériques, aux fonctions des reins et de la peau : « Toute maladie de ces organes, dit-il, aggravera considérablement l’état du patient; » et M. Bouchard déclare que «le plus grand danger dans l’ictère, c’est l’imperméabilité rénale ». C’est pourquoi un ictère de cause quelconque survenant chez un albuminurique, chez une femme enceinte, doit inspirer des craintes sérieuses. .
Mais le rein n’a pas, du seul fait de l’ictère, à subir d’altération profonde. Le pigment biliaire peut imprégnerles cellules épithéliales des tubuli, ces cellules peuvent même être en dégénérescence graisseuse, le glomérule reste intact (Môbius); c’est pourquoi l’albuminurie est relativement rare dans lictère, et le rein reprend ensuite ses fonctions normales.
Le foie aussi reprend les Re même quand l’ictère a duré un certain temps, et la restitutio ad integrum se fait au moins en apparence. Mais il ne faut pas oublier, pour plus tard, qu’une première atteinte, si bénigne qu’elle ait pu être, constitue une infériorité visà-vis des accidents futurs. La cellule «à été touchée, le foie n’est plus nierge, l'avenir est engagé.