KezscHet WANNEBROUCQ (Arch. de physiol
CIRRHOSES DU FOIE 47
appellent l'attention sur les lésions cellulaires totalement négligées jusque-là ; et les travaux de MM. Kelsch et Kiener! sur les cirrhoses. paludéennes, qui elles non plus ne trouvent pas leur place dans le cadre, décidément insuffisant, de Charcot, habituent peu à peu les esprits à admettre qu’une même cause peut produire un foie tantôt hypertrophié, tantôt atrophié, lisse ou granuleux, ictérique ou non.
Les études poursuivies pendant quinze ans sur les cirrhoses hypertrophiques amènent à la même conclusion: une même forme anatomique, la cirrhose hypertrophique graisseuse, peut être la conséquence ou de l’alcoolisme ou de la tuberculose seuls, ou de l’alcoolisme combiné à la tuberculose. Tant qu’on voulut trouver une forme clinique pour correspondre à chaque variété anatomique, la confusion persista : les uns incriminant exclusivement l'alcoolisme, les autres la tuberculose, d’autres enfin le mélange de ces deux causes.
Les cirrhoses annulaires étaient considérées d’abord comme caractéristiques de l’alcoolisme. Des recherches plus étendues firent voir qu’on les rencontre également dans l’intoxication saturnine, chez les diabétiques, chez des dyspeptiques, quelquefois même dans des maladies du cœur.
Que conclure de tout cela ? Qu’une classification anatomique, qui peut et doit être tentée dans un traité d'anatomie pathologique, ne saurait nous servir de guide dans un Manuel comme celui-ci, qui veut être essentiellement clinique. Les seules cirrhoses nettement dégagées aujourd’hui sont les syphilitiques et les paludéennes ; elles doivent leur unité à ce qu’on a depuis de longues années abordé leur étude en se laissant guider par l’étiologie. C’est parce qu’elle a été fondée sur la clinique que la cirrhose de Hanot avec ictère chronique a survécu à tous les bouleversements dans les classifications. Les cirrhoses alcooliques sont mieux comprises depuis que la notion éliologique domine ; c’est depuis la même époque que les cirrhoses tuberculeuses se constituent peu à peu.
Une classification étiologique avait été proposée par M. Lancereaux* dès 1869 ; et l’on doit à ce savant médecin de très grands progrès dans létude des cirrhoses ; mais il pensait qu’à chaque facteur étiologique correspondait une lésion anatomique spéciale et constante. C’est peut-être parce que sa doctrine péchait en ce point qu’elle ne fut pas généralement admise. Aujourd’hui on remet au premier rang les considérations étiologiques.
2. Kecsca et KIENER, Tr. des mal. des pays chauds, 1889. Dans cet important ouvrage, ces auteurs ont résumé leurs nombreux travaux parus antérieurement dans les- Arch. de physiol.; 1876, 1878, 1879.