‹ Manuel de médecine (volume 3)Chapitre 90 sur 263 · CHAUFFARD (Revue de médecine, janvier · texte numérisé non relu

CHAUFFARD (Revue de médecine, janvier

3. A. MATHIEU, Typhus hépatique bénin, rechute, guérison (Revue de médecine, juillet 1886).

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Il est inutile d’insister sur la ressemblance d’un pareil état avec la fièvre typhoïde. On la retrouve aussi bien dans les formes précédentes sans rechute, quand l'infection est intense. Cet état de prostration et cette allure dothiénentérique avaient déjà frappé plus d’un observateur et M. Landouzy !, considérant ces ictères comme des maladies infectieuses à localisation prédominante hépatique, avait proposé pour eux le nom de {yphus hépatique bénin ou grave, comme il proposait celui de typhus cardiaque pour l’endocardite ulcéreuse, de {yphus angio-hématique pour le purpura infectieux, etc.

Ce qu’il faut faire ressortir, c’est l'existence de cette rechute, et surtout ce fait important, déjà signalé par Ziemssen? pour les cas de fièvre typhoïde suivis de rechute, que la rate reste tuméfiée dans l'intervalle apyrétique des deux poussées morbides. M. Chauffard * demande qu’on recherche désormais si entre la première et la seconde évolution fébrile une crise urinaire se produit, et dans quelles proportions. «Peut-être, dit-il, l'absence de crise urinaire pourrait-elle, au même titre que la splénomégalie, faire prévoir l’imminence + la rechute. » Meilleure encore serait, pour marquer l’imminence d’une rechute, l’absence du « symptôme de convalescence » que M. Hanot * apprend à ses élèves à rechercher à la fin de toute fièvre typhoïde pour en bien marquer le point final: hypothermie, ralentissement du pouls, polyurie; — à supposer que ce même syndrome marque la fin des ictères infectieux et le début de la convalescence définitive.

Dans quelle proportion la rechute se montre-t-elle dans les cas d’ictère infectieux ? Sur 82 observations réunies par Tymowski *, la rechute s’est produite 20 fois, c’est-à-dire même pas dans un quart des cas. Ces rechutes ne paraissent en rapport avec aucune étiologie bien déterminée. Elles ne sont nullement une présomption en faveur de l'identité de nature des ictères infectieux fébriles et de la fièvre typhoïde, comme on tend à le croire en Allemagne, en les présentant

LaNpouzy, Leçons de la Charité {Gazette des hôpitaux, 1883, p. 841 et 913). ZEMSSEN (Deutsch. Arch. f. klin. Med., 1885).

CHAUFFARD, Trailé de médecine, t. IIl, p. 755.

HANOT, Fin de la fièvre typhoïde (Semaine médicale, 27 février 1895, n° 14). « Di s que Ja température baisse, dit-il, ne Vous hâtez pas de conclure que la maladie est finie. Si la température ne descend pas au-dessous de 37 degrés, si le pouls ne s’est pas ralenti, si les urines ne sont pas devenues claires et abondantes, vous êtes en présence d’une simple accalmie et la rechute se fera de quatre à douze jours après. »

Peut-être serait-on tenté de rapporter à l’ictère le ralentissement du pouls survenant à la fin des ictères infectieux fébriles; mais dans ces ictères, la fréquence du pouls n’a aucun rapport avec la jaunisse et l’on a observé les chiffres les plus élevés, comme dans la fièvre typhoïde. Wagner a compté jusqu’à 150 pulsations.

5. J. Tymowski, De l’iclère infeclieux fébrile (Thèse de Paris, 1889).

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comme une forme spéciale, abortive et à détermination hépatique de la fièvre typhoïde ‘. Assurément on a vu coincider dans une même région, dans une même ville, dans une même maison, des fièvres typhoïdes et des ictères infectieux ; d'autre part, on admet aujourd’hui l'invasion possible des voies biliaires par le bacille typhique (E. Dupré, Gilbert et Girode, etc.). Mais, d’une part, on verra que l’intestin n'offre dans ces cas aucune des altérations spéciales à la dothiénentérie, ce que l’on observe dans les formes anomales et d’abord déconcertantes de la fièvre typhoïde, comme la pneumotyphoïde; certains de ces ictériques ont déjà eu la fièvre typhoïde (5 sur 82 d’après le tableau de Tymowski) ; enfin l’ictère est une complication extrêmement rare dans la fièvre typhoïde ; — d’autre part, l'infection spontanée ou expérimentale des voies biliaires par le bacille d’'Eberth ne donne qu’une symplomatologie peu nette, une tuméfaction douloureuse du foie, ou les signes de la cholécystite suppurée; mais jamais le tableau d’un ictère infectieux.

C’est pour ces raisons peut-être que Weil? (d’Heidelberg), publiant peu après M. Mathieu quatre cas d’ictère infectieux dont trois avec rechute, repoussait pour cette maladie toute identification avec l’atophie jaune aiguë du foie, la fièvre récurrente, la typhoïde bilieuse de Griesinger, et la fièvre typhoïde même sous une forme anomale, et concluait qu’il s’était trouvé en présence d’une maladie nouvelle, sûrement infectieuse et de nature inconnue. Il connaissait moins encore les travaux français dont il ne fait aucune mention. Le mémoire de Weil n’a donc d’autre mérite que d’avoir apporté quatre nouvelles observations de ce que Mossé, Grellety-Bosviel, Raymond, Lancereaux, Rondot, Landouzy, Mathieu, Arnould et Coÿne avaient décrit sous les noms d’ictère grave sporadique curable, d’ictère pseudo-grave, de typhus hépatique. Il ne met pas non plus la rechute au nombre des éléments essentiels de son type morbide. Son titre

1. Sous le nom de maladie de Weil, les Allemands ont décrit, après le travail de cet auteur dont il va être question, tous les cas d’ictères infectieux fébriles avec ou sans rechutes qu’ils ont pu observer. La longue et fastidieuse énumération des mémoires parus depuis 1886, sous ce titre mystérieux, la discussion de toutes ces observations disparates et quelquefois suspectes, nous voulons l’épargner à nos lecteurs; ils en trouveront un pénible étalage dans la thèse de Tymowski. Comme tous les médecins de notre pays, nous pensons que la clinique française ne doit point compromettre sa réputation légitime de clarté en acceptant, sous une même étiquette, des tableaux symptomatiques si différents. L'histoire des ictères infectieux n’est déjà pas si limpide; aussi convient-il de rayer définitivement de la nosologie la prétendue maladie de Weil qui n’a que trop duré.

2. A. WEIL, Sur une maladic infectieuse aiguë particulière qui évolue avec de la tuméfaction de la rate, de l’ictère et des phénomènes de néphrite (Deulsch. Arch. f. klin. Med., Bd XXXIX, juillet 1886). — A. MATHIEU en a donné une analyse dans les Archives générales de médecine, février 1887. On trouvera les quatre observations de Weil traduites dans la thèse de TYMowski.

seul est intéressant, car il montre la participation à la maladie d’au moins trois organes, foie, rate et rein, ce qui est le propre d’une maladie générale.

À ce point de vue, le titre du mémoire d’Aufrecht! (de Magdebourg) sur « une parenchymatose aiguë » est encore plus suggestif.

Complications. — Mais, avant de passer à l’étude des lésions observées dans les quelques autopsies connues d’ictères infectieux, il faut énumérer quelques symptômes inconstants et accessoires, notés par divers auteurs. Ce sont d’abord diverses éruptions cutanées?, taches purpuriques (très fréquentes), urticaire (Dujardin-Beaumetz), exanthèmes scarlatiniformes ou taches rosées (1 cas de Weil); du côté des yeux, de l’iritis ou des hémorrhagies rétiniennes (Landouzy); on a signalé des parotidites, la tuméfaction et la suppuration des glandes salivaires, l’eschare fessière, le gonflement de tous les ganglions lymphatiques du corps (Mazzotti) ; la pneumonie, la péricardite (Chiari), la paralysie des cordes vocales (Kapper, Gerhardt); des hémorrhagies gastro-intestinales (divers auteurs), des convulsions cloniques (Wassilieff), enfin et surtout des douleurs musculaires prolongées qui sont un symptôme presque constant de la maladie, puisque Tymowski les compte 50 fois sur ses 82 cas.

Anatomie pathologique. — Les autopsies d’ictères infectieux sont en petit nombre, car la mort est rarement la terminaison de ces ictères bénins. Les quinze examens nécroscopiques jusqu'ici connus sont dus à Brodowski et Dunin, Aufrecht, Nauvwerck, Wassilieff, Chiari, Mazzotti, Hueber, et ont constaté des lésions analogues, non seulement sur le foie, mais dans la plupart des autres organes *.

Le foie, en général augmenté de volume, présente quelquefois (Brodowski et Dunin, Nauwerck), mais pas toujours, les taches blanches infectieuses (Hanot); il est mou, décoloré. La coupe en est grasse. Le microscope montre tous les degrés de la dégénérescence granulo-graisseuse, avec ou sans foyers de nécrose, avec ou sans hépatite interstitielle, celle-ci le plus souvent embryonnaire.

La rate, toujours volumineuse, présentait dans un cas cinq fois son volume normal; les glomérules sont tuméfiés.

Les reins sont constamment atteints de glomérulo-néphrite aiguë

1. AuFRECHT, Die acute Parenchymatose (Deutsch. Arch. f. klin. Med., 1887, Bd XL, p. 619).

2. Tymowskr (loc. ci.) a relevé 19 fois la présence d’exanthèmes divers sur 82 observations.

3. On trouvera le détail de ces autopsies dans le livre de M. LABADIE-LAGRAVE (Trailé des maladies du foie, 1892, p. 318) et dans la thèse de Tymowski (loc. cit.).

plus ou moins accentuée; dans quelques cas, la dégénérescence de l’épithélium rénal est plus profonde que celle des cellules hépatiques (Wassilieff).

Accessoirement, on a trouvé des ecchymoses viscérales (plèvre, péritoine, capsule adipeuse du rein), des poumons hypérémiés et œædémateux, avec ou sans noyaux de splénisation, de la rougeur inflammatoire des muqueuses laryngée, trachéale et bronchique.

Enfin, sauf dans un cas de Nauwerck et un de Mazzotti où il existait du catarrhe gastro-intestinal chronique avec érosions intestinales catarrhales, c’est-à-dire ne portant pas sur les plaques de Peyer, l'intestin est indemne, ce qui exclut encore tout rapprochement avec la dothiénentérie.

L'examen bactériologique n’a jamais été pratiqué après la mort, rarement pendant la vie des malades. M. Ducamp ‘, entre autres, n’a obtenu aucun résultat en étudiant le sang de ses ictériques. Grande, sans doute, est la parenté microbienne de ces ictères infectieux bénins avec l’ictère grave; on trouvera sous ce titre la liste des microorganismes jusqu'ici incriminés. L’examen bactériologique du sang et des humeurs pendant la vie s'impose désormais dans tous les cas d’ictère infectieux : il serait peul-être fécond en enseignements. Il faudrait aussi, malgré l’échec habituel de ce genre de recherches, s’enquérir de la présence de l’hématozoaire de Laveran chez tous les malades ayant eu des accidents paludéens et présentant des types fébriles à rechute. La spirille d’Obermaïer, trouvée par Karlinski en Herzégovine dans quelques cas d’ictère à rechute, est le seul microbe légitimement incriminé ; il est absolument inconnu dans nos climais.

Épidémiologie. — Après tout ce qui précède, on comprendra mieux le lien qui unit entre elles toutes les formes décrites dans les nombreuses épidémies d’ictère observées depuis plus d’un siècle. On y voit toujours une même cause, un agent infectieux le plus souvent de nature tellurique, encore inconnu — si tant est qu’il n’y en ait qu'un et qu'il soit spécifique, — mais absolument comparable à ceux de la malaria et de la fièvre typhoïde, eux aussi longtemps regardés comme miasmatiques et récemment isolés. On voit cet agent prendre des voies différentes pour arriver jusqu'aux individus : émanations d’égouts, de fosses d’aisances, de plombs mal tenus, eaux de boisson, etc. On voit la maladie coïncider avec deux autres affections telluriques, fièvre typhoïde et impaludisme. On voit dans une même épidémie les formes les plus variées, les unes légères, les autres graves ou même mortelles ; les unes évoluant en un seul temps,

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