CHAUFFARD, [Trailé de médecine, t. ITI, p
mais avec une teinte jaune et souvent des ecchymoses sous la capsule. À la coupe, sur le fond jaune vert de la suffusion ictérique, dominant surtout vers les papilles et dans la substance corticale, se détachent les pyramides que la congestion a colorées en rouge lie de vin ; une teinte jaune plus claire, due à la dégénérescence graisseuse de l’épithélium, marbre la substance corticale ; enfin, la région des glomérules peut aussi montrer de petites hémorrhagies.
Le microscope permet de constater les divers degrés et modalités d’altération épithéliale des néphrites parenchymateuses dues à l’infection : dégénérescence granulo-graisseuse ou tuméfaction trouble, oblitération des tubuli par des cylindres hyalins ou par l’épithélium détaché, glomérulite catarrhale ou même hémorrhagique.
Le cœur, comme la plupart des grandes infections, est en dégénérescence granulo-graisseuse et présente cette mollesse et cette teinte feuille morte caractéristiques ; souvent on rencontre des ecchymoses sous le péricarde et quelquefois il y a une véritable endocardite récente, imputable soit à l’agent causal de l’ictère grave, soit à des infections secondaires.
Les vaisseaux n’ont pas été l’objet d’une étude spéciale dans l'ictère grave; ils sont pourtant malades, car les diverses hémorrhagies ne sauraient s'expliquer uniquement par l’adultération du liquide sanguin ou par la paralysie des vaso-constricteurs; l’histoire des artérites infectieuses doit comprendre aussi les artérites et capillarites de l’ictère grave.
L’estomac et surtout l’intestin, où l’on ne trouve que très rarement des ulcérations folliculaires, offrent dans presque tous les cas des ecchymoses nombreuses, souvent très larges.
On peut expliquer pourquoi l’ictère grave donne des hémorrhagies par tant de voies et surtout par l'intestin, en invoquant l’action de toxines et poisons propres à l’ictère grave et possédant des propriétés hémorrhagipares comparables à celles du sublimé et du virus pyocyanique *.
En effet, ce n’est pas seulement dans les organes déjà passés en revue, mais aussi dans les poumons, sous les plèvres, sous les
1. M. CHarRiN (Soc. de biol., mai 1892, juillet et décembre 1893) a démontré les propriétés hémorrhagipares du virus pyocyanique; il a constaté en outre que, le plus souvent, ces hémorrhagies sont restreintes au tube digestif, bien qu’elles puissent en même temps se produire dans les poumons, les veines, les muscles, le myocarde, le foie, la rate, les séreuses, etc., et enfin dans l'épaisseur de la peau (purpura expérimental).
On sait, d'autre part, que l’intestin est un organe d’élimination, susceptible, dans une certaine mesure, de suppléer le rein et les autres émonctoires; le sublimé, par exemple, s’éliminant par l'intestin quand il a été introduit dans la circulation, provoque des ulcérations et des hémorrhagies.
diverses muqueuses et sous la peau, quelquefois jusque sous les méninges qu’on peut voir des hémorrhagies.
Il va sans dire qu’en plus des altérations ci-dessus décrites, tous les organes, le foie et le rein en particulier, peuvent être le siège de lésions antérieures, en particulier dans les ictères secondaires ou terminaux.
Bactériologie. — Que l’ictère grave soit une maladie infectieuse, nul n’en oserait douter aujourd’hui. La première idée qui fait suite à cet axiome, c’est que cette maladie infectieuse est spécifique, puisqu'elle est toujours semblable à elle-même, à quelques variantes près. [Il ressort malheureusement des recherches bactériologiques jusqu'ici rassemblées, et de quelques autres considérations, que la spécificité microbienne de l’ictère grave est plus que douteuse et que, si la maladie a une spécificité, elle la tire non point de l’agent causal, mais de la physio-pathologie d’un organite, la cellule hépatique.
C’est done à proprement parler un syndrome, puisque des causes différentes peuvent le produire: phosphore, microbe de la fièvre jaune (spécifique celui-là), infections diverses.
On peut passer sous silence les constatations sans caractère bien précis de Klebs, Eppinger, Hlava, Balzer et Aufrecht.
Deux microbes seulement ont été présentés comme spécifiques : d’abord par MM. Boinet et Boy-Tessier qui ont trouvé, trentesix heures avant la mort, dans le sang recueilli par piqûre, un diplococcus à l’état de pureté; ils l’ont retrouvé après la mort dans les cellules hépatiques, dans les vaisseaux portes et dans lépithélium rénal ; — ensuite par MM. Ranglaret et Maheu ? qui ont isolé à l’autopsie, au milieu d’autres microbes, un micro-organisme extrêmement voisin du Bacterium coli, et dont la spécificité, par conséquent, est plus que suspecte. L’expérimentation a permis de constater, à l’autopsie des animaux, (une légère atrophie des cellules hépatiques » (?).
Dans tous les autres cas où l’examen bactériologique a été positif, on n’a rencontré, pendant la vie ou après la mort, que trois microorganismes : le Sfaphylococcus pyogenes albus, le Streptococcus et le Bacterium coli commune. M. Girode ? à rapporté quatre cas d’ictères infectieux où il a constaté la présence de l’un ou l’autre de ces microorganismes dans le sang ou les humeurs pendant la vie des malades; un cinquième cas négatif s’est terminé par la guérison. MM. Hanot“