‹ Manuel de médecineChapitre 148 sur 199 · Quinquaup et NICOLLE (Annales de dermatologie · texte numérisé non relu

Quinquaup et NICOLLE (Annales de dermatologie

caractères particuliers des lésions spléniques dans les diverses maladies' infectieuses.

La rate se présente d'ordinaire à l’autopsie sous l’un des deux aspects suivants : ou bien, et c’est là, semble-t-il, un caractère des infections qui emportent rapidement le malade, l’hypertrophie de l’organe est considérable ; celui-ci est ferme, résistant au doigt, la capsule est tendue ; à la section, le parenchyme paraît d’un rouge foncé uniforme, sur lequel parfois cependant se détachent de petits points grisâtres ; ou bien l’hypertrophie est moins importante, la rate est molle, diffluente; à la section, le parenchyme couleur lie de vin s'écoule hors de la capsule ; cet aspect se rencontre surtout dans les infections à marche un peu plus lente, alors que la poussée cOnSeEtxE intense du début a disparu ou tout au moins diminué.

On note encore fréquemment la présence, à la surface, de fausses membranes de périsplénite, ou, dans l’intérieur du parenchyme, des infarctus ou des abcès, ces derniers assez rares, comme nous le verrons plus loin.

Au point de vue histologique, ce qui domine surtout au début de l'infection, c’est la congestion; celle-ci est intense : artères, veines capillaires, mailles de la pulpe, tout est gorgé de globules rouges, qui masquent le réticulum et semblent empiéter même sur les corpuseules de Malpighi qui d'ordinaire en sont presque complètement dépourvus. Souvent, on voit de place en place des foyers hémorrhagiques.

Plus tard, lorsque les lésions congestives ont diminué, on peut étudier les altérations des divers éléments lymphatiques de l’organe accroissement du volume des corpuscules par suite de l’augmentation du nombre des lymphocytes, division et multiplication des cellules fixes du réticulum, infiltration embryonnaire des diverses tuniques des vaisseaux, surtout de la gaîne lymphatique, modification des grandes cellules phagocytaires de la pulpe splénique, qui, d’après MM. Cornil et Ranvier, dans la fièvre typhoïde du moins, paraissent chargées de globules rouges normaux ou en voie de transformation, présence enfin sur certains points, surtout au voisinage des amas microbiens, de foyers cellulaires nécrobiosés.

Les lésions tardives sont plus mal connues; la rate revient dans la convalescence à son volume normal, ellé pourrait même s’atrophier, comme l’a vu M. A. Siredey, dans la fièvre typhoïde ; les altérations consistent surtout en périsplénite, en splénite interstitielle, caractérisée par l’épaississement des travées et des mailles du rétiçulum ; on a signalé aussi la présence de pigment sanguin en excès, que celui-ci soit libre ou bien inclus dans les leucocytes ; Les lésions cellulaires pouvant modifier le rôle physiologique de la rate n’ont guère

été étudiées; M. Pilliet{ cite cependant l’atrophie des corpuscules à la suite de la diphtérie, et lui fait jouer un rôle dans Panémie de la convalescence de cette maladie.

Rappelons enfin que, soit par ensemencement de la pulpe de l’organe dans des milieux appropriés, soit par l’examen des coupes histologiques, on peut déceler dans la rate les micro-organismes de la maladie causale ou des microbes d’infection secondaire; ces microbes se rencontrent, tantôt à l’état isolé, tantôt et le plus souvent réunis en amas parfois considérables et formant de véritables infarctus ; leur siège est variable; ils affectent de préférence cependant les mailles de la pulpe, souvent au voisinage de la capsule et siègent rarement dans les corpuscules de Malpighi.

VARIÉTÉS ÉTIOLOGIQUES. —- Dans la fièvre typhoïde, l'hypertrophie de la rate est un symptôme capital au même degré que les lésions des plaques de Peyer et des ganglions mésentériques ; elle ne manque que dans les cas où des lésions antérieures de périsplénite ont fait perdre à l’organe son élasticité et par suite la faculté de se dilater; elle s’exagère par contre chez les jeunes gens et les adolescents, tandis que chez les jeunes enfants, d’après Rilliet et Barthez, sans doute à cause du peu d'intensité de la maladie, elle n’est appréciable que dans un quart des cas ; chez l'adulte, d’après Louis et les auteurs du Compendium, elle est d'autant plus marquée que la maladie a plus de gravité.

On doit étudier cet organe aux divers stades de l'infection typhique où il subit de grandes modifications. À la période de congestion du début qui s’étend à peu près jusqu’à la fin du second septénaire et dans laquelle la rate hypertrophiée à son maximum pèse de 300à 400 grammes, succède une deuxième phase dans laquelle la congestion domine et où la rate ne pèse plus que 250 à 300 grammes. Nous ne reviendrons pas sur les caractères particuliers que présente la rate au point de vue histologique à ces deux périodes, nous les avons décrits précédemment, ce sont ceux de toute infection, ce sont eux qui ont même servi de modèle à la description : rate ferme et tendue au début avec congestion intense ; plus tard, rate molle et diffluente avec lésions cellulaires variées, multiplication du nombre des lymphocytes, englobement des hémalies par les leucocytes, foyers de nécrose cellulaire. Nous ne dirons qu’un mot de l'aspect que prennent les micro-organismes sur les coupes par l’emploi du bleu de‘méthylène phéniqué ?. On colore facilement de nombreux bacilles; ceux-ci

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