Semaine médicale, 1° juillet
tiendraient pas à ce que la rate joue un rôle et un rôle très important dans la défense de l'organisme contre les bactéries.
La rate, même dans l’état de santé, serait le point d'arrêt des microbes (ou des leucocytes chargés de ceux-ci) qui, échappant au système de défense formé par la muraille lymphatique qui tapisse nos téguments externes et nos muqueuses, pénètrent dans le sang; dans les maladies infectieuses, ce rôle prendrait une importance considérable et la lutte contre les microbes deviendrait pour l'organe la véritable fonction.
N'est-ce là qu’une hypothèse plus ou moins séduisante, ou bien ce rôle de la rate est-il réel ? C’est ce que nous allons étudier, en analysant les nombreux travaux que cette question a provoqués depuis quelques années.
Pour résoudre ce problème, on a cherché dans les modifications produites dans l’organe par la maladie infectieuse quelles étaient celles qui correspondaient aux phénomènes de défense, à la phagocytose en particulier, observés sur tant de points de l’économie, et l’on a surtout fait porter les recherches sur les modifications apportées dans la rate par les infections expérimentales; enfin, enlevant la rate aux animaux, on a étudié leur mode de réaction contre les maladies infectieuses dans ce nouvel état, et l’on a cherché si l’ablation de la rate permettait encore de leur conférer l’immunité.
1° Arguments tirés de l'étude anatomo-pathologique de la rate infectieuse chez l’homme.
Dans toute étude anatomo-pathologique, on doit distinguer dans les modification de l’organe: 1° des lésions de dégénérescence, de destruction, produites par les microbes et surtout leurs toxines; 2° des lésions de réaction traduisant la part que prend l'organe dans la défense de l’économie contre l’agent infectieux.
Dans la rate infectieuse, tandis que les lésions dégénératives sont relativement peu marquées, les lésions de réaction sont prédominantes et nous avons vu quelle importance avaient la congestion, la multiplication des leucocytes et dans certains cas les phénomènes de karyokinèse.
Cette multiplication du nombre des leucocytes et les phénomènes karyokinétiques observés au voisinage des corpuseules de Malpighi ne rappellent-ils pas ce qui se passe dans les infections locales, dans l’érysipèle par exemple, lorsque les cellules rondes diapédésées ou les cellules fixes du tissu, multipliées, entrent en scène pour la défense? La leucocytose ne serait-elle pas là pour la phagocytose ?
Les exemples du rôle phagocytaire des cellules spléniques ne manquent pas en effet.
Dans la fièvre récurrente, on sait qu’au début de l’accès il n’y a pas de microbes dans la rate, tandis qu’à la fin de celui-ci on trouve une leucocytose exagérée, traduite par la formation de lymphomes, leucocytose qui aboutit à l’englobement, par les microphages, des spirilles, qui bientôt sont incluses dans les cellules.
Nous avons donc là un exemple de phagocytose très marquée, exemple d'autant plus intéressant que c’est dans la rate seule que semble se passer la lutte, comme le montre ce cas de Soudakewitch : un singe splénectomisé, auquel on inocula le spirochæte d'Obermeier, mourut et l’on ne trouva à l’autopsie aucune trace de phagocytose dans le foie, dans la moelle des os ou dans les ganglions, alors qu’on rencontra des phénomènes phagocytaires très évidents dans une petite rate supplémentaire laissée dans l'opération.
Il en est de même sur les coupes de la rate des individus morts d’impaludisme aigu ou chronique et nous avons vu que dans ces cas on retrouvait les macrophages de l’organe chargés de globules rouges contenant les hématozoaires : ce fait semble encore confirmé par les recherches de Danilewsky! qui a observé dans la rate de certains oiseaux, atteints d’une affection comparable à la malaria humaine, d'énormes phagocytes chargés d’hématies et de parasites à divers degrés de désintégration.
Dans la plupart des autres maladies aiguës, les phénomènes de phagocytose ne sont pas et ne peuvent pas en général être observés; dans ces cas, en effet, ce que l’on rencontre, ce sont des bactéries libres d'ordinaire, tantôt isolées, tantôt groupées en îlots, ce qui semblerait indiquer qu’il s’est fait dans l’organe de véritables colonies, par conséquent que la phagocytose ou a fait défaut ou a été impuissante,
Dans ces cas, bien loin de contenir moins de bactéries que les autres organes, la rate en contient au contraire davantage et, dans certains Cas même, en contient une grande quantité alors que les autres organes en sont dépourvus.
La rate humaine est un mauvais terrain pour l’étude du rôle de la phagocytose, car par cela même que nous examinons la rate c’est que l’organisme a eu le dessous dans la lutte contre les bactéries, et que, si la phagocytose à eu lieu, elle a été seulement passagère et les bactéries ont pu se multiplier librement.
1. DANILEWSKY, Contribution à l’étude des phagocytes (Ann. de l'Inst. Pasteur, 1890)
2° Arguments tirés de l'étude des lésions expérimentales.
C’est donc aux infections expérimentales qu’il faut recourir, car dans ce cas, en sacrifiant l'animal aux diverses étapes du processus infectieux, on peut se rendre compte du rôle des cellules de la rate à l’égard des bactéries introduites dans le sang.
Depuis longtemps on sait que des particules solides introduites dans le sang n’y séjournent pas, mais se déposent dans les organes, dans la rate en particulier où les cellules phagocytaires viennent les englober. Wérigo‘, qui a repris cette étude, a vu qu’'introduites dans la circulation ces particules sont surtout englobées par les leucocytes du sang et en petite quantité par les endothéliums vasculaires du foie et les macrophages de la rate; la rate jouerait dans cette destruction un rôle bien inférieur au foie dont les endothéliums vasculaires, soit directement, soit par englobement des leucocytes chargés de carmin, fixeraient presque toute la matière colorante.
Wyssokowitsch? a vu de même que les microbes injectés dans le sang des animaux à sang chaud disparaissent des vaisseaux très rapidement et s'accumulent dans les viscères, foie, rate, moelle des os; les bacilles non pathogènes seraient rapidement détruits, tandis que les pathogènes se multiplieraient et parviendraient ensuite à envahir le sang à nouveau.
Hess * a montré que chez les rats charbonneux il y avait un grand nombre de bactéries dans l’intérieur des phagocytes de la rate et du foie.
M. Gamaleïa “ a vu l’hypertrophie de la rate survenir chez les animaux après injection soit de bactéries pathogènes, soit de toxines, soit enfin de corps étrangers ; il a montré que la rate n’était grosse que dans les infections ayant duré plus de cinq à six heures, ce qui serait en faveur de cette opinion de Metchnikoff, que l’hypertrophie de la rate est en raison directe de la durée de la résistance. M. Gamaleïa montre surtout que, dans ces cas, les bactéries se fragmentent et prennent mal les colorants, et que c’est dans les cellules de la pulpe que se fait la destruction. Dans les cas où la mort survient, c’est que les macrophages ne réussissent pas à détruire toutes les bactéries qui infectent l’organisme de leur poison.
1. WéR1Go, Les globules blancs comme protecteurs du sang (Ann. de l’Inst. Pasleur, juillet 1892).
2. WyssokOWITsCH, Sur le sort des micro-organismes injectés dans le sang des animaux à sang chaud (Zeitschrift f. Hygiene, 1886).