‹ Manuel de médecineChapitre 158 sur 199 · DÉGÉNÉRESCENCE AMYLOÏDE DE LA RATE · texte numérisé non relu

DÉGÉNÉRESCENCE AMYLOÏDE DE LA RATE

Sa forme est peu modifiée, sa consistance est augmentée, sa capsule est tendue, souvent épaissie par de la périsplénite.

Sur les coupes, la rate se présente sous deux aspects différents :

a. — Dans un premier cas, la lésion est localisée surtout aux corpuscules de Malpighi et la coupe prend un aspect caractéristique; sur le fond rouge se détachent des grains grisâtres, transparents et du volume d’une tête d’épingle ; ressemblant, selon la comparaison classique de Virchow, à des grains de sagou, d’où le nom de rate à grains de sagou donné à cette forme,

Sur les coupes, les corpuseules de Malpighi sont très altérés, ils sont très augmentés de volume et atteignent 1 à 2 millimètres; ils sont pris en bloc homogène, et l’on ne voit plus de place en place que quelques noyaux aplatis indiquant le trajet des capillaires dont la lumière est d’ailleurs oblitérée ; tout le reste du corpuscule, fibrilles du réticulum, parois des capillaires, cellules lymphatiques, peut être dégénéré.

L’artère centrale, d'ordinaire atteinte de dégénérescence amyloïde, ne se distingue plus que par sa lumière et son endothélium ; mais il n’y a pas corrélation nécessaire entre la lésion du corpuscule et la lésion artérielle, et MM. Cornil et Ranvier citent des cas où l’aritère centrale était indemne alors que le corpuscule lui-même était atteint.

Entre les corpuscules, on trouve des bandes minces de parenchyme normal, ou, bien plus souvent, présentant des points de dégénérescence amyloïde, surtout localisée aux parois des veines voisines,

b. — Dans une deuxième forme, la dégénérescence est diffuse, la rate est très hypertrophiée, ses bords sont arrondis et émoussés, sa consistance est ferme comme si l’organe avait été congelé,

Sur les coupes, la rate apparaît couleur de jambon (rate lardacée de Virchow). Les corpuscules sont petits, tantôt atteints en masse, tantôt incomplètement dégénérés ; la lésion porte surtout sur le système de la pulpe où les veines ont leurs parois modifiées; le tissu réticulé qui les sépare est tantôt dégénéré, tantôt indemne; ses fibrilles sont très épaissies.

Ici encore, lalésion débute par les capillaires, puis gagne la trame réticulée ; quant aux leucocytes, d’après certains auteurs, ils ne subiraient pas la dégénérescence amyloïde, et leurs lésions ne seraient que le résultat de la compression et de l’atrophie; pour d’autres, ils subiraient la dégénérescence amyloïde, comme les autres parties de l'organe.

Les tumeurs de la rate constituent des raretés pathologiques ; le cancer seul a droit à une mention spéciale dans ce Manuel; car les sarcomes, les fibromes, les enchondromes ne présentent guère qu'un intérêt anatomique.

IL importe, tout d’abord, de mettre en relief ce fait encore inexpliqué : à savoir la grande rareté du cancer de la rate, contrastant avec la fréquence de cette néoplasie dans le foie.

Le cancer de la rate est primitif ou secondaire ; on l’observe surtout après l’âge de quarante ans, et plus fréquemment dans le sexe masculin que dans le sexe féminin.

L'existence même du cancer primilif de la rate esl mise en doute par MM. Cornil et Ranvier, qui trouvent que les examens histologiques publiés jusqu’à ce jour sont insuffisants pour entraîner la conviction. D'autre part, il n’est pas douteux que certains faits décrits sous le nom de cancer, de carcinome, d’épithélioma primitif n’ont aucun rapport avec le cancer; il y a erreur d'interprétation, il s’agil assurément de splénopathies encore à classer.

Quant au cancer secondaire, il succède à des lésions similaires d’autres organes, tels que le foie, l'estomac, le rein, les ganglions rétro-péritonéaux. Le cancer secondaire serait d'observation un peu plus courante ; il se montrerait sous deux variétés anatomiques : le cancer encéphaloïde et le cancer mélanique ; cette seconde forme se développe parfois avec une grande rapidité. Le cancer se présente, tantôt sous forme d'infiltration amenant une hypertrophie générale de l’organe, tantôt sous forme de noyaux multiples dont le volume varie de celui d’un pois à celui d’une noisette; ces noyaux, isolés ou confluents, déterminent une déformation de la rate, dont la surface devient inégale et bosselée; ils sont isolés ou confluents, entourés de tissu splénique sain ou sclérosé; lorsqu'ils sont superficiels, il y a irritation de la séreuse et adhérence de la néoplasie à la capsule, qui s’enflamme et s’épaissit. Les noyaux secondaires présentent exactement les caractères du tissu et des éléments cellulaires de la tumeur primitive.

Cliniquement, l’histoire du cancer de la rate est encore mal con-

nue ; tout au plus est-on autorisé à dire que si, à l’âge où l’on observe le cancer, on constate en même temps que les signes de la cachexie cancéreuse une tumeur splénique, bosselée, spontanément douloureuse, on a le droit de songer à une tumeur cancéreuse de la rate (Besnier); encore ne faut-il jamais perdre de vue la grande rareté de la dégénérescence carcinomateuse de ce viscère.

Les kystes de la rate sont de nature très diverse; certains d’entre eux sont des raretés pathologiques, tels que les kystes muqueux et les kystes dermoïdes. Plus intéressants à étudier sont les kystes séreux, Séro-sanguins ou hématiques, et surtout les kystes hydatiques.

On ne connaît guère les causes ni le mode de production des KYSTES SÉREUX ET HÉMATIQUES ; tout récemment, M. Terrier a appelé l'attention sur le rôle possible du traumatisme.

Les kystes sont uniloculaires ou cloisonnés; ils peuvent atteindre des dimensions considérables, au point de contenir trois litres de liquide; ce contenu est tantôt un liquide limpide, séreux, analogue au liquide hydatique, tantôt un liquide brun jaunâtre, albumineux, fibrineux, d’origine évidemment hématique. La paroi du kyste est lisse, blanchâtre, d'apparence fibreuse et revêtue d’un épithélium pavimenteux. L’existence même de la poche détermine une augmentation de volume de la rate, dont la forme est plus ou moins modifiée.

Les KYSTES HYDATIQUES s’observent parfois exclusivement dans la rate; d’autres fois, il y a simultanément des productions analogues dans d’autres organes. Nous ne dirons rien ici, ni de l’histoire naturelle de l’échinocoque, ni de la structure de la poche hydatique; on trouvera, en effet, dans d’autres parties de cet ouvrage toutes les données intéressant cette question.

Les kystes hydatiques de la rate sont uniques ou multiples; ils ont une capacité variable, mais sont susceptibles d’atteindre un développement très considérable, au point de déterminer une augmentation parfois énorme du volume de la rate et une déformation de cet organe. Le kyste hydatique siège, avec une fréquence inégale et d’ailleurs diversement appréciée par les auteurs, soit en plein parenchyme splénique, soit dans la capsule, soit dans l’épiploon gastrosplénique.

Les caractères cliniques par lesquels se traduisent les kystes de la rate sont assez vagues ; dès le début, il y a une sensation de poids, une sorte de gêne douloureuse dans l’hypochondre gauche ; puis, sur-

viennent des phénomènes de compression, qui se traduisent par des troubles fonctionnels : dyspnée, vomissements, constipation, dysurie. Les signes physiques sont aisés à constater; lorsque le kyste est volumineux, il y a une déformation de l’hypochondre gauche, qui présente une voussure plus où moins saillante ; la palpation permet d'apprécier l’augmentation de volume de la rate, qui est lisse ou bosselée; la percussion apprend que la tumeur est mate; la recherche de la fluctuation est difficile, d'autant plus que souvent la poche est ‘surdistendue et donne une sensation de rénitence élastique; dans un certain nombre de cas, on aurait constaté le frémissement hydatique. Rappelons qu’on peut observer des phénomènes dus à l’intoxication hydatique, en particulier l’urticaire.

La marche de la maladie est lente, et l’on peut assister au développement graduel et progressif de la tuméfaction. Il est d’importance capitale d’insister sur ce fait que l’état général est à peine touché ; la persistance d’une bonne santé est une grande présomption en faveur d’une affection kystique de la rate.

Le kyste hydatique de la rate suppure parfois, et cette suppuration se traduit par de grands accès fébriles à retour irrégulier survenant de préférence le soir, par une tendance à l’hecticité, en un mot, par les symptômes communs à toutes les suppurations internes. D'autre part, le kyste hydatique peut se rompre, soit dans la cavité péritonéale, soit, ce qui serait une terminaison plus fréquente, dans les bronches.

Il est à peine besoin d'insister sur les grandes difficultés du diagnostic : les kystes du lobe gauche du foie, du pancréas, du mésentère, de l’ovaire, les tumeurs du rein gauche sont souvent confondus avec les kystes de la rate. Lorsqu'on est arrivé à localiser la tumeur dans la rate, il n’est pas encore aisé de faire le diagnostic de la nature de la tumeur. Cependant l'intégrité de l’état général plaidera en faveur du kyste. La ponction exploratrice, faite avec toutes les précautions d'usage, donnera, dans certains cas, des renseignements précieux, qui seront complétés par l’étude microscopique du liquide et la recherche des crochets caractéristiques des hydatides.

Le pronostic des kystes de la rate, tout en étant sérieux, est cependant moins grave que celui de la plupart des autres affections spléniques.

Le traitement est surtout chirurgical : ponction suivie d’injection de liquides antiseptiques (sublimé, etc.), et laparatomie suivie de la splénotomie et parfois de la splénectomie.

Page 1