‹ Manuel de médecineChapitre 160 sur 199 · SIXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

SIXIÈME PARTIE

Appliqué sur la paroi postérieure de la cavité péritonéale, à la hauteur de la deuxième vertèbre lombaire, encadré à droite et en bas par l’anse duodénale, à gauche par la rate, en haut par les vaisseaux spléniques, le pancréas est séparé de la paroïiantérieure de l’abdomen par la portion ascendante du duodénum et par l’estomac dont la petite courbure ne le laisse entrevoir que dans les cas de grand abaissement de l’organe. La situation exceptionnellement profonde de cette glande la rend, pour ainsi dire, inaccessible à l’exploration directe, et l’on conçoit dès lors que l’histoire clinique de ses altérations demeure encore à l’heure actuelle à peine ébauchée et que sa pathologie se réduise à la comparaison des signes que nous a appris l’expérimentation, et de ceux qu’il nous est donné d'observer au lit du malade.

Mais, avant d'aborder l’histoire pathologique du pancréas, il est indispensable de jeter un coup d’œil rapide sur le rôle qu’il semble appelé à remplir, non seulement dans la digestion, mais encore dans l’évolution de la glycose au sein de l’économie. Ce dernier chapitre de sa physiologie n’est pas un des moins suggestifs, et une foule de faits nouveaux sont venus dans ces dernières années l’éclaircir et le compléter. Néanmoins, il y plane encore, comme on le verra, quelque obscurité.

Les données les plus récentes de l’expérimentation tendent, en

effet, à considérer le pancréas non seulement comme une glande annexe du tube digestif, déversant périodiquement dans l'intestin par le canal de Wirsung un suc doué d’une action spécifique sur le bol alimentaire, mais encore comme une glande vasculaire sanguine dont les cellules groupées surtout par rapport aux vaisseaux, comme l'a bien montré M. Renaut (de Lyon), y déversent des ferments solubles sur la nature desquels nous reviendrons.

Nous allons successivement envisager la glande pancréatique sous ces deux faces toutes différentes.

Le pancréas, annexe du tube digestif, est étudié et connu depuis longtemps ; l’expérimentation a peu à peu dégagé les propriétés complexes du suc qu’il sécrète et il ne reste plus à éclaircir dans ce sens que quelques points de détail.

Claude Bernard a bien déterminé la triple action du suc pancréatique : action sur les graisses qu’il émulsionne et rend assimilables, n’en dédoublant qu’une faible partie en acides gras et en glycérine; action sur les albuminoïdes qu’il dissout complètement et transforme en peptones pancréatiques; enfin, action sur les substances amylacées qu’il métamorphose en glucose.

Ge rôle si complexe a, dès qu’il fut connu, éveillé l’idée de l’existence, dans le produit de sécrétion du pancréas, de trois ferments distincts, doués chacun d’un rôle électif sur les trois classes de substances digérées par le suc entier. C’est à réaliser l'isolement de ceux-ci que les physiologistes se sont évertués depuis cette époque.

Un premier fait a été mis en lumière, c’est l'existence de ces trois ferments en totalité dans la pancréatine, c’est-à-dire dans la substance qui précipite par action de l’alcool sur le suc pancréatique.

Plusieurs faits plaident en faveur de l'indépendance des trois ferments supposés. Une première preuve est tirée de l’histoire du développement de la glande : le suc pancréatique des animaux nouveau-nés n’a d'action que sur les albuminoïdes, la propriété diastase n'apparaît que plus tard. Une seconde est ingénieusement déduite par M. Dastre! d'expériences récentes. Le pancréas d’un animal en pleine digestion, macéré immédiatement après la mort dans une solution saline, crée un liquide très actif sur les amylacés, sans action sur la fibrine. La macération est-elle plus tardive, le liquide qui en résulte transforme très activement les albuminoïdes et altère à peine les amylacés.

Seul jusqu'ici, le ferment des albuminoïdes appelé trypsine semble avoir été réellement isolé, et, s’il n’existe dans les cellules de la glande qu’à l’état de granulations susceptibles de le produire (zymo-

Page 1