LESAGE et DAURIAC (Gaz. des hôp., 17 oct
par les malades soient susceptibles de devenir assimilables, malgré l’état défectueux des sues digestifs, et d'autre part que ces aliments et leurs produits de transformation ne puissent exercer aucune action nocive sur les organes malades. L’alimentation doit donc entrer pour une grande part dans la thérapeutique des affections digestives. Le médecin devra s’attacher à déterminer lui-même non seulement la nature des aliments, mais aussi leur quantité, le nombre des repas, l'intervalle qui les séparera. On ne peut à cet égard donner d’indications générales : cette hygiène alimentaire variera nécessairement suivant chaque maladie particulière et souvent même selon les susceptibilités individuelles. Nous devons signaler toutefois les bénéfices considérables que l’on retire dans nombre de cas du lait, aliment complet et n’exigeant pour sa digestion qu’un minimum d'effort de la part du tube digestif, et aussi des poudres, des purées alimentaires, des poudres de viande surtout, qui offrent le double avantage de représenter sous un petit volume des aliments riches en substances nutritives, et d’être dans un état d'extrême division éminemment favorable à leur imprégnation par les sucs digestifs.
Lorsque les malades ne peuvent parvenir à s’alimenter eux-mêmes, on doit recourir à l’alimentation artificielle. Celle-ci se fait soit par la voie stomacale, soit par la voie rectale ‘. La sonde introduite dans l'estomac permet de faire ingérer des aliments dans les cas de rétrécissement non infranchissable de l’œsophage et aussi dans les cas de vomissements persistants qui cèdent fréquemment à l'emploi de ce moyen. Elle permet encore, et ce n’est pas là son moindre avantage, de suralimenter les malades et de lutter souvent avec succès contre l’inanition. Par cette voie, si le suc gastrique n’a pas perdu toutes ses facultés, il suffit d'introduire des aliments convenablement divisés et en suspension dans un liquide. Par la voie rectale, la seule utilisable lorsque l’obstacle à l’alimentation siège au pylore ou sur l’intestin, il est nécessaire, le gros intestin n'ayant point de pouvoir digestif, de faire pénétrer des substances directement absorbables. Ces lavements alimentaires contiendront donc des peptones toutes préparées ou du moins tous les éléments de leur préparation (viande hachée et pancréas de bœuf par exemple).
Le traitement général, dont l'alimentation peut être à bon droit considérée comme l’un des principaux agents, ne doit pas être oublié dans des maladies qui compromettent toujours à quelque degré la nutrition et dans un grand nombre desquelles l’élément nerveux joue un rôle important. On doit donc, sans négliger le traitement
Î. Il conviendra toujours de procéder au lavage de l’estomac ou du gros intestin avant d'y faire pénétrer les substances alimentaires. à
particulier des troubles digestifs, employer tous les moyens adjuvants capables de relever l’état général, de combattre l’appauvrissement du milieu sanguin, la dépression ou l’irritabilité exagérée du système nerveux.
On a vu par ce qui précède combien sont multipliés les moyens dont dispose la thérapeutique des affections digestives. Cette abondance nous a obligé à les classer d’une façon un peu artificielle. Mais la classification importe peu dans la pratique, car ces diverses médications sont en réalité inséparables les unes des autres et se prêtent un mutuel appui. Ainsi les évacuants, vomitifs, purgatifs, lavages, sont les auxiliaires indispensables des médications antiseptique et antitoxique; le régime alimentaire peut également contribuer à diminuer les fermentations et intoxications; l’alimentation thérapeutique concourt de son côté à relever les forces de l’organisme et à le rendre plus résistant à ces infections et intoxications. Aussi le médecin a-t-il avantage dans la plupart des cas à faire appel à des moyens multiples, en ayantsoin de se garder des méthodes exclusives dont l’histoire a montré à plusieurs reprises les inconvénients. De tout temps en effet, la thérapeutique des affections digestives a ressenti le contre-coup des doctrines et de leurs variations. On sait de quelle fureur de lavements furent possédés les contemporains de Louis X[V, et plus près de nous à quel abus du tartre stibié se livrèrent les disciples de Broussais. Peut-être certains systèmes thérapeutiques, édifiés de nos jours sur une pathogénie théorique, sont-ils destinés à subir de la part de la postérité un sort pareil. En matière de thérapeutique c’est, il ne faut pas l’oublier, à la pratique qu'il appartient de juger en dernier ressort.