‹ Manuel de médecineChapitre 3 sur 199 · CH. ACHARD · texte numérisé non relu

CH. ACHARD

STOMATITES

L'inflammation aiguë de la muqueuse buccale peut survenir primitivement, d'emblée, sans qu'aucune affection locale ou générale ait précédé son apparition et favorisé son éclosion; mais il n’en est pas ainsi dans la plupart des cas, où d'habitude on ne la voit survenir que quand le terrain est préparé, à titre de lésion secondaire.

Quelles qu’en soient les causes, ses symptômes ne varient pas dans leurs grandes lignes au moins ; chaque forme étiologique ne diffère des autres que par des modifications dans l'intensité des symptômes, la gravité des conséquences ; aussi peut-on donner des stomatites aiguës une description générale, d’ensemble, qu’il nous suffira de modifier légèrement lorsque nous envisagerons leurs causes.

Symptômes. — L'évolution des stomatites aiguës parcourt diverses phases ; à chacune de ces étapes la maladie peut s’arrêter, tourner court; de là, autant de formes que de phases de cette affection. Après la description de ces divers stades de la lésion locale, nous envisagerons d'ensemble les troubles fonctionnels et les symptômes généraux qui en dépendent.

La stomatite aiguë se borne souvent à la première phase; aussi a-t-on donné comme synonymes à cette dénomination les noms de stomatite simple, catarrhale, érythémateuse; mais ils doivent être abandonnés, car parfois, nous allons le voir, l’inflammation aiguë peut aller plus loin et s'accompagner d’exsudations diverses et d’excoriations de la muqueuse.

Les lésions sont habituellement localisées à l’une des régions de

la bouche : gencives, face interne des joues, voûte palatine, muqueuse linguale. C’est presque toujours par les gencives que débute la stomatite, en particulier au niveau des incisives inférieures ; souvent aussi les lésions sont unilatérales, de préférence du côté où le malade a l'habitude de se coucher. La muqueuse est d’abord rouge plus ou moins foncé, soit sous forme d’un pointillé, soit et plus souvent sous forme de plaques plus ou moins étendues; elle est dépolie; puis elle se tuméfie, devient œdémateuse, et sur la face interne des joues ou sur les bords de la langue œdématiés se marque l’empreinte des dents.

Une deuxième phase, exsudative, est marquée par l’apparition, sur les parties érythémateuses et œdématiées, de plaques opalescentes, formées par l’épithélium en voie de prolifération, puis bientôt se fait une exsudation fibrineuse : ces plaques pultacées s’enlèvent assez facilement, laissant à découvert une surface dénudée, excoriée, saignant facilement.

Ces ulcérations (troisième phase) sont généralement assez limitées et surtout très superficielles : ce sont de simples excoriations de la muqueuse que recouvre un enduit pultacé peu adhérent. La tuméfaction œdémateuse de la muqueuse est plus considérable.

Les ganglions sous- et rétro-maxillaires sont souvent engorgés ; mais leur tuméfaction est toujours fort légère, et ils sont à peine sensibles à la pression.

Les troubles fonctionnels consistent au début en sensations de sécheresse, de picotement, de démangeaison, puis de chaleur, de brûlure. Le goût est perverti, diminué, aboli.

La salive visqueuse, collante, peu abondante, devient plus tard abondante, filante, et l'hypersécrétion salivaire s'accompagne de crachotements continuels. L’haleine est fétide, surtout le matin; mais cette fétidité n’atteint guère, dans les stomatites que nous envisageons actuellement, le degré extrême qu’elle acquiert dans les stomatites ulcéro-membraneuse et mercurielle.

Les phénomènes généraux sont nuls ou peu marqués. La fièvre, lorsqu'elle existe, est en tout cas très légère.

La nutrition est troublée plus ou moins sérieusement par les douleurs que fait éprouver au malade l’ingestion des aliments; la mastication peut être rendue complètement impossible. Il peut s’ensuivre une débilitation plus ou moins inquiétante à laquelle contribue dans une large mesure la résorption des produits toxiques ou de fermentation au niveau des ulcérations ; ces formes graves ne s’observent donc que lorsqu'il y a des ulcérations étendues.

La marche peut être aiguë, rapide, dans les cas de stomatite généralisée ; en quelques jours, une semaine environ, la maladie évolue.

D’autres fois, le processus inflammatoire suit une marche plus

lente, subaiguë, surtout lorsqu'il s’agit de dents cariées ou brisées, provoquant une stomatite localisée. Les formes chroniques s’accompagnant de gingivite expulsive, et durant des mois et des années, concernent surtout la stomatite diabétique.

La terminaison presque constante est la guérison. Mais ces stomatites sont sujettes à de fréquents retours, principalement lorsque la cause est la présence de dents cariées : l'extraction des dents malades fera cesser ces stomatites à répétition.

Il est rare que l’inflammation de la muqueuse buccale, lors même qu’elle aboutit à l’ulcération, donne lieu à des coMPLICATIONS, telles que l’angine de Ludwig, ou les adéno-phlegmons sous- et rétromaxillaires dont l’origine s'explique facilement par la pénétration, aw niveau des parties excoriées de la muqueuse, des microbes pyogènes de la bouche. Ces infections secondaires ont même pu se généraliser dans certains cas heureusement fort rares, et provoquer des septicémies mortelles, méningites et endocardites infectieuses.

Étiologie. — Les CAUSES OCCASIONNELLES des stomatites aiguës sont multiples et variées. Tantôt et souvent il s’agit de causes purement locales, telles que les brülures (stomatite des verriers), l’ingestion de liquides corrosifs irritants, l’abus du fabac, la présence de corps étrangers, de dents cariées, brisées, l’accumulation de tartre dentaire, irritant et excoriant la muqueuse buccale. C’est de la même façon, en ouvrant la porte à l'infection par les microbes de la bouche, que la première et la deuxième dentition, l’évolution de la dent de sagesse, constituent des causes fréquentes de stomatite aiguë généralement dégère et localisée.

Souvent aussi, les causes occasionnelles de la stomatite aiguë sont des maladies générales aiguës ou chroniques. La gingivite et l’alvéolite des diabétiques, qui s’accompagnent de chute des dents, sont souvent citées parmi les stomatites ; mais ce sont là des accidents tout à fait spéciaux et dont nous n’avons pas à nous occuper ici.

Le mal de Bright donne assez souvent lieu à des stomatites subaïiguës signalées par M. Lancereaux, bien étudiées par M. Barié‘. Ces stomatites surviennent dans le cours des accidents urémiques, et presque toujours lorsque l’urémie affecte la forme gastro-intestinale. Cette stomatite urémique n’a aucun caractère spécial; elle présente deux formes : érythémato-pultacée et parfois, mais beaucoup plus rarement, wlcéreuse. Les dents sont souvent ébranlées ; l’adynamie accompagne fréquemment ces accidents. Cette stomatite disparaît d'habitude avec les accidents urémiques qui ont précédé et provoqué son apparition ; mais, si elles ont été profondes et étendues, les ulcé-

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