‹ Manuel de médecineChapitre 30 sur 199 · BARTH (Thèse de Paris · texte numérisé non relu

BARTH (Thèse de Paris

SYPHILIS BUCCO-PHARYNGÉE 199

hésitant. Il reste une double ressource : 1° l’épreuve du traitement antisyphilitique qui doit être administré à forte dose, mais pendant trois semaines au plus ; 2 l'examen histologique d’un lambeau excisé, moyen rapide et presque toujours décisif. On a publié quelques cas de lésion mixte, un épithéliome pouvant venir se greffer sur les tissus labourés par le syphilome.

La glossite scléreuse pure prête à moins d'erreurs; il faut s’assurer qu’on n’est pas en présence d’une conformation lobulée congénitale de lalangue; dans ce cas l’organe n’est pas induré. — La leucoplasie (psoriasis lingual, glossite des fumeurs) est caractérisée par l'existence d’une carapace épithéliale exfoliante tout à fait blanche et nacrée, que l’on retrouve d'habitude sur la muqueuse des joues au voisinage des commissures. Cependant on admet l'existence d’un type hybride, la glossite métis syphilo-nicotique.

Traitement. — Quelle que soit la variété de l’accident auquel on a affaire, du moment qu’on est certain qu'il est de nature syphilitique, il va de soi qu’on doit instituer la médication spécifique. Le chancre, les accidents secondaires commandent l’administration du mercure (pilules de protoiodure, sublimé, frictions ou injections hypodermiques mercurielles), parmi les accidents tertiaires, les gommes sont curables par l’iodure de potassium seul; dans les scléroses, au contraire, l’iodure agit peu et il y a relativement plus à attendre du mercure. En tout cas une cure hydrargyrique sérieuse s'impose pour prévenir autant que possible les récidives.

En outre, les manifestations bucco-pharyngées de la syphilis exigent des soins locaux, sans lesquels la guérison peut se faire longtemps attendre. Le chancre de la lèvre sera recouvert, s’il est possible, d’un emplâtre adhésif quelconque. Dans la bouche ou la gorge on évitera de le cautériser et l’on se contentera de soins de propreté. Chez tous les syphilitiques secondaires, en même temps qu’on prescrit le mercure, on doit recommander une hygiène buccale sévère : abstention du tabac, des boissons alcooliques et des mets irritants ; propreté irréprochable des dents qui doivent être maintenues ou remises en bon état par le dentiste; rinçage de la bouche après les repas. Quand surviennent des plaques muqueuses, il faut insister encore plus sur ces précautions et y ajouter des gargarismes et des « bains de bouche » fréquents avec une décoction émolliente ou même avec un liquide légèrement antiseptique. La solution de chlorate de potasse est d’un usage courant en pareil cas; on ne doit pas y recourir s’il y à une irritation trop vive. La cautérisation des plaques muqueuses exerce un effet des plus favorables et parfois surprenant; elle à en outre l’avantage d’éteindre des foyers de contagion; le crayon de nitrate d'argent est surtout employé et suffit

d'ordinaire; le nitrate acide de mercure appliqué à l’aide d’une allumette ou d’un flocon d’ouate enroulé autour de l’extrémité d’un porte-mèche est plus efficace encore, mais plus dangereux, car il « fuse », si l’on n’a pas bien exprimé l'excès de liquide. En tout cas, on doit faire laver la bouche tout de suite après l’application du caustique, ne cautériser qu'un petit nombre de plaques muqueuses le même jour, ne toucher une même surface qu’à cinq ou six jours d’intervalle et s’abstenir s’il y a une irritation trop vive; l’infusion de coca, les solutions de cocaïne peuvent servir à modérer l’inflammation et à atténuer les douleurs qui l’accompagnent.

Dans les cas d’ulcérations profondes avec enduit pultacé ou bourbillonneux, on se trouvera bien de la pratique des pulvérisations ou des irrigations antiseptiques ; on peut se servir d’une solution iodo-iodurée (eau, 250 grammes; iodure de potassium, 2 ou 3 grammes, et teinture d’iode, quarante gouttes); quelques attouchements à la teinture d’iode pure sont utiles pour favoriser l’élimination d’un bourbillon et hâter la cicatrisation.

Les cautérisations énergiques auxquelles on a eu recours parfois pour éviter un phagédénisme menaçant, pour prévenir une perforation du voile du palais, ne sont aucunement justifiées et plutôt nuisibles. En pareil cas il vaut mieux se contenter des moyens topiques précédents et porter la dose d’iodure de potassium que prend le malade à l’intérieur jusqu’à 10 ou 15 grammes par jour.

Dans les glossites scléreuses, les lotions après chaque repas, les puivérisations et bains de bouche émollients feront tous les frais du traitement local; les cautérisations seraient tout à fait déplacées.

Enfin, pour remédier aux pertes de substance, aux perforations, ou au contraire aux adhérences vicieuses consécutives aux ulcérations tertiaires, il faudra avoir recours, suivant le cas, ou à des appareils prothétiques ou à une intervention chirurgicale.

J. DARIER.

On appelle paralysie du voile du palais l’ensemble des troubles de la respiration, de la phonation et de la déglutition produits par la paralysie des muscles de cet organe, quels que soient la cause et le siège de la lésion.

Le voile du palais n’est pas une simple charpente musculaire ; revêtu d’une muqueuse, il est, à ce titre, doué d’une vive sensibilité et celle-ci peut, elle aussi, être frappée de paralysie.

Tantôt et le plus souvent les deux éléments, moteur et sensilif, sont atteints en même temps; tantôt il existe une paralysie isolée de la motilité ou de la sensibilité. On sait que l’anesthésie de la muqueuse palatine est un des symptômes les plus fréquents de l’hystérie.

La paralysie du voile du palais est simple, c’est-à-dire dégagée de tout autre symptôme morbide apparent; ou bien elle est compliquée, c'est-à-dire accompagnée d’autres phénomènes paralytiques à localisation variable.

Elle est encore unilatérale, comme dans l’hémiplégie cérébrale, ou bilatérale. Son étendue est en rapport avec le siège et la nature de la lésion qui la détermine.

Étiologie. — De toutes les paralysies motrices la paralysie du voile consécutive aux angines est la plus fréquente et c’est elle que nous aurons surtout en vue dans la description générale. Mais elle passa longtemps inaperçue.

En 1810, Sédillot publia dans le Journal général de médecine une observation complète sous le titre de paralysie des organes de la déglutition. Cette observation fut complètement oubliée. En 1851, Trousseau et Lasègue! firent paraître dans l’Union médicale une courte et instructive notice sur le nasonnement et la paralysie du voile du palais. À part une observation de Bérard rapportée sans aucun détail dans son traité de physiologie, il faut arriver à la thèse de Maingault (1854) pour avoir une description d'ensemble de la paralysie du voile consécutive aux angines.

Depuis lors de nombreux travaux, dont l’exposé a été fait dans un autre article (p. 111 et 120), ont été publiés sur la paralysie diphtérique et sa pathogénie. Il suffit de rappeler ici qu’elle est toujours le résultat d’une névrite légère ou profonde provoquée par la toxine du bacille de Læffler. La preuve clinique que la paralysie dérive bien d’une cause générale et non de l’inflammation de la gorge, c’est que le voile palatin peut être atteint aussi bien à la suite d’une diphtérie cutanée que d’une angine couenneuse.

L’angine herpétique et l’angine érythémateuse sont, elles aussi, capables de provoquer, quoique plus rarement, une paralysie du voile.

Si la paralysie staphylienne se reproduit le plus souvent à la suite des angines, elle ne se rencontre pas moins dans des circonstances fort différentes.

Page 1