M. COURTOIS-SUFFIT
Historique. — Sous le nom commun de dysphagie, les anciens auteurs englobaient les rétrécissements et les autres lésions de l’æœsophage. Malgré les recherches et les quelques observations com-
plètes de Hofman, Boeerhave, Van Swieten, puis de Paletta, Home, Flechter, la question était encore bien peu élucidée au commencement du siècle, au moment où Mondière publia ses premiers tra- Vaux.
Dans plusieurs mémoires, parus dans les Archives de médecine, Mondière établit d'emblée l’histoire de ces rétrécissements. Il commence par étudier l’æsophagite et ses causes; il passe ensuite à ses conséquences, parmi lesquelles, si l’inflammation a été violente, le rétrécissement est une des plus redoutables. Il recherche et signale un grand nombre d'observations, se rapportant à des rétrécissements cicatriciels, à des squirrhes de l’œsophage ; puis, sous le nom d’æsophagisme, il isole le spasme de l’œsophage, qui, sans lésion appréciable au niveau de l’obstacle, peut cependant arriver à fermer complètement le conduit œsophagien {.
Après les travaux de Mondière vinrent des recherches nombreuses sur cette question. Gendron, Follin, Béhier qui, dans ses cliniques, rassembla cent soixante et une observations, ajoutèrent des faits nouveaux, accumulant ainsi des documents classés où il est encore utile de puiser actuellement; Lebert (1851) signala la coïncidence fréquente de la tuberculose pulmonaire et du rétrécissement œæsophagien, question vivement discutée et envisagée différemment par Rokitansky d’un côté, Lebert et Broca de l’autre; Peter en fit l’objet d’une de ses cliniques ; Duponchelle (1884), Marchand (1880), Bertius (1885), et bien d’autres que l’on ne peut signaler ici, s'occupèrent à différents titres de la question des rétrécissements de l’æœsophage. |
Définition. — Sous le nom de rétrécissement de l’œsophage, on doit entendre : toute diminution de calibre de ce conduit produite par une altération organique de ses parois.
Cette définition permet d'éliminer d'emblée du champ de cette étude toute une série d’affections, qui simulent le rétrécissement, ont avec lui nombre de symptômes communs : la dysphagie en particulier, mais qui doivent être distingués de la sténose œæsophagienne vraie, par ce fait que, quelle que soit leur nature, la paroi du canaln’est pas altérée. Dans le chapitre consacré au diagnostic différentiel, on trouvera les signes qui permettent de les distinguer.
Dans ces faux rétrécissements, il convient de ranger les obstructions de l’æœsophage par corps étrangers, les spasmes (voir l’OEsophagisme), et surtout les compressions extérieures dont les causes sont multiples : ganglions lymphatiques hypertrophiés, corps thyroïde
1. BARRAL, Des diverses variétés du rélrécissement de l'œsophage (Thèse de Paris, 1886).
tuméfié, tumeurs du médiastin, parmi lesquelles sont surtout fréquents les anévrysmes de l’aorte.
Restent donc : les rétrécissements néoplasiques, congénitaux, et cicatriciels ou simples.
L'histoire du RÉTRÉCISSEMENT NÉOPLASIQUE est faite au chapitre du Cancer de l’œsophage.
Les RÉTRÉCISSEMENTS CONGÉNITAUX Sont peu importants, car leur intérêt clinique peut être considéré comme nul. Accompagnant généralement les dilatations congénitales, ils ont pour siège de prédilection la partie supérieure de l’œsophage. Leur caractère anatomique est de n’offrir que la diminution du calibre, sans altérations des parois de l’œsophage. Cette lésion trouble la déglutition et provoque la mort par inanition.
Nous limiterons l'étude des rétrécissements œsophagiens aux RÉTRÉCISSEMENTS SIMPLES OU CICATRICIELS, nOuS réservant, dans un chapitre de diagnostic très détaillé, d'exposer les signes qui permettent de connaître la nature vraie des différentes sténoses œsophagiennnes.
Étiologie. — A. — Le rétrécissement peut être consécutif aux traumatismes de l'æœsophage.
Les plaies, les ulcérations que provoquent les corps étrangers longtemps fixés dans l’œsophage, les brûlures produites par l’ingestion de liquides bouillants ou caustiques : acide nitrique, acide sulfurique, solution de carbonate de soude, doivent être rangées dans cette première catégorie.
Au niveau des pertes de substance ou des ulcérations qui résultent de ces traumatismes, une rétraction cicatricielle s'opère, qui peut devenir l’origine première de la dimininution de calibre du conduit. À cette rétraction s’ajoute l’infiltration, entre les membranes de l’æsophage, de produits inflammatoires qui épaississent d’abord les parois et subissent plus tard, eux aussi, une rétraction inodulaire. Sous cette double influence se crée un rétrécissement plus ou moins accentué. C’est un mécanisme analogue qui produit les rétrécissements de l’urèthre.
B. — Le rétrécissement peut succéder aussi aux différentes altérations inflammatoires et ulcéreuses qui ont l’æœsophage pour siège.
Parmi celles-ci, l’œsophagite simple aiguë ou l’æœsophagite phlegmoneuse (voir l’OEsophagite), les ulcérations qui se produisent au cours de certaines maladies infectieuses occupent une place importante.
On a cité souvent ces faits où le rétrécissement se manifesta à la suite d’une variole confluente, pendant laquelle le pharynx avait été vivement attaqué par l’éruption. « Il ne répugne pas, dit Béhier, d’admettre que des ulcérations déterminées par la variole aient pu don-
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ner lieu à de tels accidents. Cependant il faut bien remarquer que les varioles n’ont pas été rares depuis le moment où ces faits ont été publiés et les exemples de semblables rétrécissements ne se sont pas communément reproduits. »
Le rétrécissement dans la fuberculose est souvent méconnu ; surtout si les lésions pulmonaires accompagnent les lésions œsophagiennes, ce qui est la règle. Presque toujours la sténose est associée à des manifestations diverses siégeant, soit dans le tube digestif, soit dans les organes respiratoires, et masquée par ces lésions. Ce rétrécissement surviendrait entre trente-cinq et quarante-cinq ans, et siégerait presque toujours à l'extrémité inférieure de l’œsophage.
Béhier n’admettait pas la tuberculose primitive de l’æsophage; il pensait même que si les lésions se propageaient par contiguité, de l'appareil respiratoire à l’æœsophage, il devait y avoir non rétrécissement, mais perforation des parois. Rokitansky en niait l’existence, Follin, Chrétien en mentionnent six observations.
Le rétrécissement produit par la syphilis fut nié pendant longtemps; il est révoqué en doute dans les ouvrages classiques de Béhier, Nélaton, Follin. Quelques faits cependant semblent plaider en sa faveur. Tels sont ceux où les symptômes du rétrécissement disparurent rapidement à la suite d’un traitement par les frictions mercurielles. West! admet cette variété de rétrécissements œsophagiens ; il cite l’observation d’une femme de vingt et un ans, atteinte de syphilis ct chez laquelle, après des manifestations secondaires et tertiaires, on constata de la dysphagie accompagnant les autres signes de la sténose. Ces symptômes disparurent avec le traitement, Biermer cite une observation analogue?
On a cité des cas de rétrécissement consécutifs à des polypes de l’æœsophage, et d’autres succédant à des éruptions diphtéritiques qui