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ou s’il est évacué spontanément par le vomissement, on trouve qu’il est formé, pour la plus grande partie, par du mucus. Ewald a fait un certain nombre d’examens et a constaté que l’acide chlorhydrique manquait presque complètement, et de même de la pepsine, parce que, si l’on ajoute de l’acide chlorhydrique au liquide stomacal, il est incapable néanmoins de digérer l’albumine. Boas a vu un cas cependant où les sécrétions étaient très abondantes et d’acidité normale : il est possible donc qu'il y ait plusieurs sortes de gastrite aiguë. En tout cas, Ewald a trouvé le contenu ordinairement alcalin ou neutre, quelquefois légèrement acide; mais alors il s'agissait d’une acidité organique, due soit à l’acide lactique, soit à des acides gras.

Symptômes. — Dans la forme légère, les symptômes sont peu marqués et persistent au plus deux ou trois jours : l’appétit est diminué, la digestion est lente, s'accompagne d’un peu de tension à l’épigastre, mais sans douleur, de renvois gazeux qui ne soulagent guère le malade; la langue estétalée, légèrement saburrale, l’haleine fétide ; le malade a un goût fade ou amer dans la bouche, un peu de lourdeur de tête et de prostration musculaire.

La forme intense est souvent précédée, pendant un jour ou deux, de prodromes qui ne sont autres que les symptômes de la forme légère. Puis le malaise augmente, la langue est large, très saburrale et garde l’empreinte des dents, la bouche est mauvaise, pâteuse, l’haleine très fétide, le matin surtout ; l’inappétence est complète, la soif est vive et le malade recherche surtoutles boissons acidulées, qui diminuent pendant quelques instants l’état nauséeux. Les nausées sont souvent suivies de vomissements, tantôt alimentaires, à goût aigre, tantôt muqueux, tantôt bilieux, mais ordinairement peu abondants ; souvent ce sont de simples régurgitations acides ou putrides ; les éructations gazeuses, en tout cas, ne manquent jamais et ont une odeur repoussante. La région épigastrique est le siège d’une sensation de gêne, de pesanteur, de tension, mais non de douleurs vives ; elle est sensible à la pression. Au début, il y a de la constipation, sans coliques ni douleur à la pression sur l'intestin ; puis, cette constipation fait place à une diarrhée abondante, précédée de borborygmes et d’évacuations gazeuses très fétides.

Dès le début, le malade a la tête lourde, ou même une céphalalgie frontale assez forte; les traits sont altérés, les yeux battus; il existe en permanence un état vertigineux très pénible, qui détermine des éblouissements et quelquefois même des lipothymies; l’inaptitude au travail est complète; le sommeil est agité, s’accompagne de cauchemars. La peau est sèche; l’urine, peu abondante, laisse déposer une grande quantité d’urates; mais il n’y a pas de

fièvre, le malade a plutôt une sensation de froid que de vrais frissons ; le pouls n’est pas accéléré, il est large et mou.

Cet état dure une huitaine de jours, puis la guérison se fait, soit brusquement par une crise avec sueurs et urine abondante, soit lentement, laissant le malade exposé aux rechutes.

L’indigestion n’est qu’une sorte de catarrhe suraigu. Elle débute, soitimmédiatement après le repas, soit quelques heures après, souvent dans le milieu de la nuit, vers une heure du matin. Le malade, réveillé par un cauchemar, a d’abord une sensation pénible de pesanteur à l’épigastre, puis rapidement le malaise augmente, une sensation de froid envahit l'abdomen et les extrémités pendant que la face pälit et se couvre de sueurs; en même temps surviennent des nausées, des éructations gazeuses ou alimentaires, puis bientôt des vomissements abondants, alimentaires d’abord, puis muqueux ou bilieux; quelques instants après se produisent des coliques, des borborygmes, et enfin une diarrhée abondante et fétide. Pendant tout ce temps, l'abattement est extrême, le pouls petit, concentré, mais il n’y à pas de fièvre. Cet état dure peu d’ailleurs, et une fois l'estomac et l'intestin vidés, la chaleur reparaît, le malade se rendort. Le lendemain et le jour suivant, il a encore l'estomac distendu, la bouche pâteuse et la tête lourde, puis la guérison survient complète. Quelquefois cependant l’indigestion n’est que le début d’une gastrite aiguë de plus longue durée.

L’indigestion succède, en général, à un repas trop copieux ou mal composé, parfois à une émotion vive qui à troublé le travail de la digestion. Mais, dans certains cas, elle est produite par des viandes avariées {, du poisson peu frais : les symptômes sont beaucoup plus marqués, et la petitesse du pouls, les sueurs froides, la dyspnée, l’angoisse précordiale, la syncope, le collapsus, l’algidité indiquent . plutôt une véritable intoxication qu'une simple indigestion.

Toutes ces formes de catarrhe gastrique sont d’un diagnostic facile et comportent un pronostic bénin.

Traitement. — Contre la forme légère, la diète et les boissons alcalines ou gazeuses constituent un traitement très suffisant.

Dans les cas plus intenses, la première indication est d’évacuer l’estomac par un vomitif (ipéca ou tartre stibié), soit simplement par un purgatif (purgatif salin léger ou calomel); deux ou trois jours après le vomitif, il peut d’ailleurs être quelquefois nécessaire d'administrer un purgatif si la constipation persiste ; s’il existe, au contraire, de la diarrhée, on la combattra par le bismuth ou le co-

4. On a même signalé des symptômes très graves suryenaat après l'ingestion de porc frais (JUHEL-RENOY, Soc. méd. des hôp., 1893).

lombo unis au diascordium. Jusqu'à complet rétablissement, le malade doit être soumis à la diète, au lait et au bouillon d’abord, puis à une alimentation légère : la citronnade, l’orangeade ou les eaux alcalines gazeuses seront les boissons ordinaires.

Dans l’indigestion, les vomissements spontanés ou aidés par l’ingestion d’eau tiède évacuent, en général, suffisamment l’estomac ; en ças contraire, un vomitif sera immédiatement administré. On donnera des infusions chaudes de camomille, de tilleul, de fleurs et de feuilles d’oranger, ou des potions stimulantes à l’eau de menthe, à l’eau de laurier-cerise, à l’éther, à la liqueur ammoniacale anisée. Le lendemain, le malade sera mis à la diète absolue.

GASTRITE PHLEGMONEUSE

La gastrite phlegmoneuse est la suppuration de la couche sousmuqueuse de l’estomac; on la comparait autrefois avec raison au phlegmon du tissu cellulaire sous-cutané.

Étiologie. — C’est une affection rare dont il n’exisle guère qu’une quarantaine d'observations dans la littérature médicale; on la rencontre surtout chez des sujets de vingt à cinquante ans, mais aussi plus tôt ou plus tard; elle est plus fréquente chez l’homme que chez la femme, dans la proportion de 4 pour 1 environ.

Son étiologie! est très obscure: elle survient tantôt sans cause, tantôt sous l’influence d’une cause banale telle que le froid ou une indigestion; d’autres fois elle se produit au cours d’une affection chronique de l’estomac : l’ulcère, le cancer, la gastrite alcoolique surtout; dans certains cas enfin c’est un véritable abcès métastatique qui survient au cours de la pyémie, d’une parotidite suppurée, d’une péritonite ancienne, ou comme complication de la variole, de la scarlatine.

Anatomie pathologique. — Le phlegmon est circonscrit ou diffus ; les deux variétés ont une fréquence à peu près égale.

Dans la forme circonscrite il y a rarement plusieurs abcès, et dans ce cas ils sont ordinairement peu volumineux: ce sont ces petits abcès disséminés que J. North avait nommés aphtes gastriques. Presque toujours l’abcès est unique, il a le volume d’une noix ou d’un œuf, mais quelquefois contient jusqu’à 300 grammes de pus; il siège le plus souvent à la région pylorique; il se développe d’abord dans la couche sous-muqueuse, puis proémine soit vers la surface interne, soit vers la face externe de l’estomac, et peut selon le cas s'ouvrir

1. Voir le tableau dans le Trailé des maladies de l'estomac, de DEBOVE et RÉMOND, p. 200.

dans la cavité gastrique ou dans le péritoine. Le pus qu’il contient est épais, crémeux, verdâtre.

Lorsque le phlegmon est diffus, il peut intéresser une portion seulement de l'estomac ou envahir toute son étendue et même gagner l’œsophage et le duodénum. La paroi de l’estomac est épaissie au point d'atteindre quelquefois un centimètre et demi. Elle est dure, résistante si l’inflammation est récente, flasque lorsque le pus a déjà eu le temps de se former. Dans le premier cas, une coupe montre que la paroi gastrique est infiltrée d’une substance gélatiniforme, séro-purulente ; dans le second, la couche sous-muqueuse est transformée en une nappe de pus. Les autres tuniques de l’estomac sont toujours intéressées, bien qu’à un moindre degré. La muqueuse très congestionnée a une coloration qui varie du rouge sombre au violet noir; elle n’adhère plus que par places à la sous-muqueuse sur laquelle parfois elle est mobile comme sur de la gelée; elle peut être perforée par de nombreux orifices punctiformes qui font communiquer la nappe purulente sous-muqueuse avec la cavité de l’estomac. La musculeuse est traversée par des traînées purulentes qui suivent les Iymphatiques; sa paralysie entraîne la dilatation de l’estomac. La séreuse est rarement intacte; ordinairement elle est recouverte de fausses membranes épaisses; souvent il existe une péritonite généralisée due soit à l'extension de l’inflammation, soit, plus rarement, à l’irruption du pus dans la cavité péritonéale.

La gastrite phlegmoneuse, surtout si elle est diffuse, s'accompagne très souvent non seulement de péritonite, mais de pleurésie purulente unilatérale ou double, de péricardite purulente et d'infection purulente secondaire avec abcès métastatiques, congestion et ædème du poumon, congestion avec ou sans abcès du foie, des reins, de la rate.

Dans les rares observations où l’examen bactériologique a été fait (Ziegler!, Mintz?), on a trouvé le streptocoque pyogène.

Symptômes. — Il est rare que la gastrite phlegmoneuse s'annonce par quelques jours de malaise et d’inappétence. Ordinairement elle débute brusquement par un frisson violent, une fièvre intense, des douleurs épigastriques très vives, et quelquefois des vomissements répétés. La température dépasse 40 degrés, le pouls bat 120, 140 à la minute; la douleur est pongitive, lancinante, a son maximum à l’épigastre et irradie vers le dos ou les épaules; les vomissements sont composés de matières alimentaires d’abord, puis de mucus, de bile et de filets de sang; quelquefois ils ne se montrent pas dès le début, mais seulement après deux ou trois jours.

1. Lehrbuch der allg. und spec. path. Analomie, 1887. 2. Minrz (Deutsch. Archiv für klin. Med., 1892).

Après ce début dramatique il se fait parfois une courte rémission; puis l’évolution reprend son cours. La langue est d’abord blanche, saburrale, puis sèche, fuligineuse. L’estomac est le siège d’une vive douleur augmentée par la pression, mais non par les mouvements; l'abdomen, rétracté au début, est au contraire ballonné, distendu quand la péritonite s’est déclarée : avant cette complication, la palpation de la région épigastrique et de l’hypochondre gauche permet de sentir une tension, une rénitence toute spéciale, quelquefois une véritable tumeur; la rate est grosse et douloureuse à la percussion.

L’anorexie est absolue, la soif vive; les vomissements se reproduisent plusieurs fois par jour, contenant surtout du muceus, quelques stries sanguines, et rarement du pus ou visible à l’œil nu, ou décelable seulement au microscope. La face est grippée, la fièvre intense, le pouls devient petit, rapide, irrégulier; l’urine rare, colorée, albumineuse. L'intelligence au début est conservée, puis survient le délire et le malade tombe dans le collapsus.

La durée de cette affection est généralement courte: les cas où elle n’a été que de deux ou trois jours sont cependant rares, et la mort survient ordinairement du sixième au douzième jour; dans la forme circonscrite la maladie peut durer quelques semaines et même quelques mois avec les allures d’une infection purulente subaiguë. Quelques observations semblent prouver que la guérison puisse exceptionnellement se produire dans les cas de ce genre.

Diagnostic. — La gastrite phlegmoneuse est tellement rare et les symptômes auxquels elle donne lieu si peu caractéristiques, qu'une erreur de diagnostic est presque fatale. Ordinairement on pense à la péritonite aiguë, attribuée généralement soit à la perforation d’un ulcère latent, soit à une lésion de l’intestin ou des annexes de l'utérus; on a cru quelquefois avoir affaire à une gastrite toxique, à un empoisonnement, à une occlusion intestinale aiguë, ou même à un accès de colique hépatique. Dans les cas où la gastrite était circonserite, le diagnostic porté a été tantôt abcès du foie, tantôt péritonite partielle sus-ombilicale.

Traitement.— Le traitement est purement symptomatique : sac de glace sur le ventre; injections sous-cutanées de morphine contre la douleur; ingestion de fragments de glace, de lait glacé, de la potion de Rivière pour calmer les vomissements.

Étiologie. — Presque toutes les intoxications déterminent des lésions gastriques, ou au moins des troubles fonctionnels de l’estomac.

De ces intoxications les unes sont d’origine interne, les autres résultent de l'introduction dans l’érganisme d’un poison minéral ou végétal.

Le nombre des intoxications d’origine interne va tous les jours en augmentant à mesure que l’on connaît mieux la physiologie pathologique des maladies. Dans une première catégorie de faits les poisons sont formés dans le tube digestif même, soit dans l’estomae, soit plus souvent dans l'intestin, et résultent tantôt de la pullulation des microbes, tantôt d’une viciation des phénomènes digestifs. Dans une autre variété de faits les poisons, de nature encore indéterminée pour la plupart, se forment dans les autres organes et ici encore soit sous l'influence des microbes, soit par suite des modifications du fonctionnement des organes malades : c’est à ce groupe de faits qu'appartiennent les lésions du tube digestif observées au cours des pyémies et des septicémies dans lesquelles l’intoxication par les produits microbiens est toujours associée, dans une certaine mesure, à l’infection'; c'est dans ce groupe aussi que doivent réntrer, pour une certaine part, les lésions gastro-intestinales dans les maladies du foie, du cœur, du poumon, des reins. Lors de lésions hépatiques et de lésions rénales d’autres facteurs interviennent : la non-destruction des poisons par le foie dans le premier cas, leur non-élimination par l’urine dans le second. Mais la plupart de ces gastrites toxiques sont encore mal connues; les gastrites au cours des maladies du foie, du cœur, du poumon, des reins le sont mieux cependant. Leur étude appartient au chapitre des Gastrites chroniques.

Quant aux poisons d’origine externe, ils sont extrêmement nombreux, et presque tous, qu'ils soient introduits directement dans le tube digestif, ou dans la circulation sanguine par injections hypodermiques, déterminent des troubles gastro-intestinaux très marqués; mais l’étude de ces désordres relève bien plus de la toxicologie que de la pathologie interne.

Il suffit de signaler ces nombreuses causes de gastrite toxique; car il est classique de ne décrire sous ce nom que les lésions produites dans l’estomac par l’ingestion de substances caustiques ou fortement irritantes.

Ces substances sont avalées soit par mégarde, soit intentionnellement; elles sont quelquefois données dans un but criminel. Celles dont on a le plus souvent à constater les effets sont: l’acide sulfurique, l'acide chlorhydrique, l'acide azotique, l’acide oxalique, l'acide phénique, les alcalis caustiques (tels que l’ammoniaque, l’eau sédative, la potasse, les carbonates de soude et de potasse), le phosphore, le sublimé corrosif, l’arsenie, l’alcool pur, la cantharide, le chlorure de calcium, le sulfate de cuivre, les champignons vénéneux.

Anatomie pathologique. — Les acides forts et les alcalis produisent souvent des lésions dans la bouche et l’æsophage en même temps que dans l’estomac. Ces lésions sont des eschares plus ou moins profondes entourées d’une zone de congestion intense avec suffusions sanguines. L’acide sulfurique produit des eschares d’un gris blanchâtre, dures, sèches, noircissant au bout d’un certain temps et dans lesquelles on trouve les éléments anatomiques peu altérés. Les eschares produites par l’acide chlorhydrique sont à peu près semblables : celles de l'acide azotique sont jaunes. L’acide oxalique et l’acide phénique produisent des eschares plus superficielles, blanchâtres ou grises.

Les eschares dues aux alcalis caustiques sontsouvent plus molles, plus gonflées, moins régulièrement limitées.

Le sublimé produit le gonflement et le ramollissement de la muqueuse buccale qui est recouverte d’un enduit pultacé ; la muqueuse stomacale est aussi fortement congestionnée et ramollie, et présente de nombreuses petites eschares blanches. 4

Le phosphore produit des ecchymoses tout le long du tube digestif et très rapidement une dégénérescence graisseuse aiguë des glandes de l’estomac : les eschares ne sont pas très fréquentes.

Dans l’intoxication arsenicale, même lorsque le poison n’a pasété introduit dans les voies digestives, il existe souvent au niveau de la grande courbure deux ou trois plaques ovalaires, violacées ou noirâtres, ulcérées ou simplement excoriées, quelquefois gangréneuses.

L'alcool, la cantharide, les champignons vénéneux produisent un catarrhe intense.

Les eschares, qu’elles soient superficielles ou profondes, ne tardent pas à se ramollir et à s’éliminer ; quelquefois elles intéressent toute l'épaisseur de la paroï gastrique et leur chute détermine une perforation suivie de péritonite rapidement mortelle. Quand elles sont moins profondes, les ulcérations qu’elles laissent à leur place peuvent se cicatriser, mais souvent ces cicatrices amènent des déformations définitives : sténoses œsophagienne, pylorique, cloisonnemént de l’estomac par des brides fibreuses épaisses.

La plupart des substances que nous venons de passer en revue produisent des lésions des viscères non moins intéressantes que celles de l’estomac, mais l’étude de ces lésions n’entre pas dans notre cadre, elle intéresse surtout le médecin légiste.

Symptômes. — Nous ne pouvons non plus décrire iciles symptômes spéciaux à chaque variété de poison, symptômes qui surviennent quelque temps après ceux de la gastrite et dont la connaissance est indispensable pour faire un diagnostic complet.

A peine la substance caustique est-elle en contact avec l'estomac

qu'il se produit une sensation de chaleur pénétrante et bientôt de brûlure vive, aiguë, atroce, localisée à l’épigastre qui est le siège d’une sensibilité excessive. Cette brûlure s’accompagne d’une soif intense qu'aucune boisson ne peut calmer; puis rapidement apparaissent des nausées suivies de vomissements horriblement douloureux, qui ne soulagent d’ailleurs pas le malade, qui deviennent de plus en plus fréquents à mesure que la douleur augmente: ils sont composés de mucus, de stries sanguinolentes, de matières alimentaires auxquelles est parfois mêlée une partie de la substance toxique. Le ventre est d’abord rétracté, puis se ballonne; il est partout douloureux à la pression, mais surtout au niveau de l’estomac. Souvent une diarrhée abondante, sanguinolente apparaît quelques instants après les vomissements.

En même temps la face est altérée, le pouls devient fréquent, petit, quelquefois irrégulier, la respiration s’accélère, la température s’abaisse aux extrémités. Puis la peau se couvre d’une sueur visqueuse, la sécrétion urinaire se supprime, le malade prend une teinte cyanique, sa respiration s’embarrasse, il tombe dans le collapsus et meurt.

Tous ces phénomènes se déroulent quelquefois dans l’espace de quelques heures. D’autres fois les vomissements se calment, la douleur se généralise à tout l'abdomen qui se météorise rapidement: une péritonite par perforation s’est produite qui emporte le malade en trois ou quatre jours. Il peut arriver enfin, si la quantité de caustique ingéré n’a pas été très grande, que les symptômes s’amendent au bout de quelques jours et que le malade se rétablisse peu à peu : on a vu quelquefois, dans ce cas, des lambeaux de la muqueuse être rejetés dans les vomissements huit ou quinze jours après le début des aceidents. Mais la guérison se fait rarement sans désordres plus ou moins graves et plus tard apparaissent les signes du rétrécissement de l’æsophage ou du pylore avec toutes ses conséquences.

Dans les cas d’empoisonnement aigu par le phosphore, l’arsenic, l’antimoine, le sublimé, les accidents sont, au début, à peu près les mêmes, avec cette différence que la douleur et les vomissements ne suivent pas d’aussi près l’ingestion du poison et n’apparaissent souvent que quelques heures plus tard. La mort peut aussi survenir dans l’espace de douze ou vingt-quatre heures : dans le cas contraire, aux accidents de la gastrite aiguë s'ajoutent bientôt ceux de l’intoxication générale, albuminurie, hémorrhagies diverses, purpura, etc.…., qui varient d’ailleurs avec la nature du poison, et le malade qui a résisté à la gastrite aiguë est souvent emporté par cette intoxication.

Le diagnostic n’est difficile que si l’on manque de renseignements, soit que le malade ayant tenté de se suicider refuse d’en donner,

soit qu'il s’agisse d’un empoisonnement criminel. Mais l’examen de la bouche fait découvrir des lésions, rougeur, gonflement, taches grises, jaunes ou brunes, qui indiquent le passage d’une substance caustique; les matières vomies doivent être examinées avec soin; souvent elles contiennent des quantités appréciables de poison. Plus tard apparaissent les symptômes propres à chaque intoxication, qui permettent de faire le diagnostic certain.

Traitement. — La première préoccupation du médecin doit être d’évacuer le poison, etle meilleur moyen d'atteindre ce but est de faire un lavage de l’estomac avec une grande quantité de liquide. Si l’on ne peut faire le lavage, ou si, les accidents datant déjà de quelques heures, on ne veut pas le faire dans la crainte de déterminer la perforation de l’estomac, il faut administrer l’ipéca ou l’émétique ou faire une injection d’apomorphine.

Une fois l’estomac débarrassé, on essayera de neutraliser la substance caustique qui a pu pénétrer dans l'intestin : unlait dechauxou de magnésie sera aussitôt administré si le malade a ingéré un acide ; s’il s’agit d’un alcali caustique, on donnera au contraire de l’eau acidulée avec du vinaigre, de l’acide citrique ou du jus de citron. Contre l’arsenic on donne le sesquioxyde de fer, la magnésie hydratée; contre le phosphore, la magnésie, l'essence de térébenthine (pas de corps gras qui faciliteraient l'absorption du poison) ; contrelesublimé, le lait, l’eau albumineuse, etc., etc.

En même temps que l’on remplit ces deux indications primordiales, on combattra les phénomènes de collapsus par les injections d’éther, d'huile camphrée, de caféine, les frictions, puis la douleur sera calmée par une injection sous-cutanée de morphine, les vomissements par l’ingestion de petits morceaux de glace. Le premier danger passé, on traitera la gastrite par la diète lactée, jusqu’au complet rétablissement du malade.

JULES RENAULT

Le terme embarras gastrique est pour certains auteurs un terme très compréhensif, qui sert à désigner des états très différents variant depuis la simple gêne de la digestion avec état saburral dé la langue, jusqu’à un complexus symptomatique très voisin de celui de

la fièvre typhoïde. Dans tous ces cas il existe un certain nombre de symptômes gastriques toujours les mêmes ;ce sont l’inappétence, l’état saburral de la langue, la tension douloureuse de l’épigastre, les nausées, les vomissements, etc. Mais dans un premier groupe de faits ces symptômes locaux constituent toute la maladie, et leur retentissement sur l’état général est nul ou à peu près; dans un second groupe au contraire les symptômes gastriques peuvent être placés au second plan, il existe des symptômes généraux, frissons, fièvre, courbature, céphalalgie, etc... qui prennent le pas sur eux. C’est à ces derniers cas seulement que nous donnons, avec les anciens auteurs, le nom d’embarras gastrique; les autres relèvent de la gastrite catarrhale, du catarrhe gastrique simple. Cette distinction fondée sur la clinique n’est pas infirmée par la similitude des lésions stomacales dans ces deux affections : les lésions, rarement observées d’ailleurs, sont celles de la gastrite catarrhale (voir les Gastrites aiguës), mais elles s’observent aussi dans nombre de maladies nettement définies, telles que la fièvre typhoïde, la pneumonie, etc., et vouloir faire de cette gastrite le substratum de l’embarras gastrique serait revenir, dans une certaine mesure, à l'opinion de Broussais, qui faisait jouer à la gastrite un rôle capital dans la plupart des maladies.

Après avoir séparé l’embarras gastrique de la gastrite catarrhale aiguë, affection locale due à une cause locale ou à un trouble cireulatoire, il faut encore la distinguer du syndrome dit éfat gastrique, que l’on rencontre dans un grand nombre de maladies infectieuses : les fièvres éruptives, la fièvre typhoïde, l’érysipèle, la grippe, la tuberculose, la pyémie, les septicémies chirurgicales ou médicales, etc. Anatomiquement cet état gastrique, qu’on appelle quelquefois embarras gastrique secondaire, repose sur les lésions ordinaires de la gastrite catarrhale et de l'embarras gastrique !. Cliniquement il est constitué par les symptômes locaux habituels de ces deux affections : état saburral de la langue, bouche pâteuse, haleine fétide, inappétence, soif vive, légère Lension douloureuse à l’épigastre, état nauséeux, éructations, constipation ; il existe toujours des symptômes généraux, mais tantôt ce sont les symptômes généraux très nets de la maladie causale et «l’état gastrique », bien que prononcé, est considéré comme un syndrome accessoire ; tantôt ce sont des symptômes généraux se rapprochant plus ou moins de ceux de l’embarras gastrique, tels que nous les décrivons, et alors la maladie causale revêt, pendant un certain temps du moins, les allures de l’embarras gastrique : il est du plus haut intérêt au point de vue pronostique de dis-

1. Dans la diphtérie on trouve quelquefois des pseudo-membranes sur la muqueuse atteinte de gastrite catarrhale.

tinguer de l'embarras gastrique vrai les formes de phtisie aiguë ou de septicémie qui le simulent.

Ainsi différencié de la gastrite catarrhale et de l’état gastrique des maladies infectieuses, l'embarras gastrique paraît être une maladie distincte, une entité morbide ayant tous les caractères d’une maladie infectieuse aiguë. Quant à la nature de cette affection, elle reste à déterminer.

M. Kiener !, puis M. Chantemesse ? ont considéré l'embarras gastrique comme une forme atténuée de lafièvre typhoïde : ils se fondent d’une part sur les grandes analogies cliniques que présentent ces deux affections; d'autre part, sur certaines données épidémiologiques, telles que leur coexistence fréquente, et à Paris leur apparition après la distribution d’eau de Seine ; mais il manque à l’appui de cette théorie les preuves anatomiques et bactériologiques. D'ailleurs l’embarras gastrique ne coïncide pas seulement avec la fièvre typhoïde, mais on le rencontre souvent en même temps que le choléra vrai, que le choléra nostras et les diarrhées estivales, les entérites aiguës. La porte d’entrée habituelle de l'infection est donc, selon toute vraisemblance, le tube digestif, mais c’est actuellement tout ce que l’on peut affirmer de l’étiologie de l’embarras gastrique.

Symptômes. — La forme la plus légère de l’embarras gastrique est la fièvre gastrique rémittente. Un individu bien portant est pris, sans cause appréciable, de malaise, de lassitude, de courbature, de céphalalgie, de quelques frissonnements suivis d’une légère élévation de température. L’appétit disparaît, les aliments paraissent sans goût, les digestions sont pénibles et s’accompagent de nausées, même de vomissements; la constipation est de règle. La langue est recouverte d’un enduit saburral épais, blanc ou jaunâtre, étalé sur toute sa face dorsale; la bouche est mauvaise, pâteuse, l’haleine fétide ; le ventre est un peu ballonné, l'estomac est douloureux à la pression. La température s’élève à 38°,5 ou 39 degrés le soir, mais le matin elle descend presque à la normale ; c’est ce qui a valu à cette forme de fièvre gastrique la qualification de rémittente. Tous ces symptômes persistent pendant quatre ou cinq jours, une huitaine au plus, puis disparaissent soit peu à peu, soit brusquement, par une sorte de crise que caractérisent une éruption herpétique, des sueurs profuses ou une diarrhée abondante.

Dans les pays chauds, et sur les bords de la Méditerranée, cette forme d’embarras gastrique évolue avec les mêmes symptômes mais plus prononcés et persistant souvent plus longtemps : on la décrit

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