Arch. de physiol
la couche sous-muqueuse. La séreuse et la sous-muqueuse apparaissent comme deux bandes épaisses de tissu fibreux blanc et dur ; de l’une à l’autre vont des tractus fibreux de même couleur qui traversent la couche musculaire, y forment des mailles blanches dans lesquelles les faisceaux musculaires apparaissent sous l’aspect d’une substance brune, gélatineuse. La muqueuse est pâle, grisâtre, tantôt lisse, tantôt mamelonnée et parcourue par de grandes saillies qui ne se déplissent pas : on y voit quelquefois des ulcérations.
Le plus souvent l’affection n’intéresse pas tout l’estomac, mais seulement le pylore et la région pylorique et quelquefois Île tiers ou la moitié de l'organe; la partie saine est alors souvent dilatée. Mais même lorsqu'elle est généralisée, les lésions sont d'autant plus marquées qu’elles siègent dans un point plus voisin du pylore.
Dans certains cas, les lésions ne sont pas limitées à l'estomac, mais s'étendent au péritoine et même à l'intestin. On a vu soit tout l'intestin, soit surtout le gros intestin présenter les mêmes altérations que l’estomac quoique à un moindre degré; toutes les tuniques, surtout la sous-muqueuse, étaient le siège d’un épaississement fibreux très marqué. Le péritoine est atteint d’une inflammation chronique caractérisée par un épanchement séro-fibrineux, un épaississement de la séreuse avec dépôt de fausses membranes, et même formation de végétations conjonctives; cette péritonite est quelquefois généralisée, mais plus souvent localisée à la région sus-ombilicale, autour de l’estomac, au niveau de l’épiploon gastro-hépatique et de l’arrière-cavité des épiploons. Cet épaississement de l’épiploon gastro-hépatique a pu amener dans un cas l’oblitération du canal cholédoque et le rétrécissement de la veine porte, dans un autre la compression des voies biliaires suivie de cirrhose biliaire. Les ganglions lymphatiques enfin peuvent être atteints de sclérose.
Le microscope montre que toutes ces lésions sont dues à l’hyperplasie et à la sclérose du tissu conjonctif, se développant autour des vaisseaux et intéressant le péritoine, la musculaire, la couche sousmuqueuse surtout, et enfin la muqueuse. Cette dernière tunique présente les altérations ordinaires de la gastrite muqueuse arrivée à la période de sclérose, les glandes ont en grande partie disparu, et celles qui restent sont ratatinées, étouffées, ou ont subi par places la transformation kystique : les lésions de sclérose sont d’ailleurs plus prononcées dans la profondeur qu’à la superficie !.
1. Les lésions interstitielles de la muqueuse n’ont pas toujours le temps d’aboutir à la sclérose, ainsi que le prouve le cas inédit suivant, observé par M. Achard à Bicêtre, chez un vieillard de soixante-quinze ans.
Pendant plusieurs mois, le malade avait éprouvé des douleurs abdominales parfois très vives, de la constipation, quelques vomissements, de la difficulté à digérer; le
Quant à la nature intime de cette affection, dont l’étiologie n’est pas connue, elle est encore discutée. On ne sait s’il s’agit d’une gastrite, de lésions secondaires à la péritonite chronique, ou d’un cancer conjonctif (Garret) !. Brinton la nommait « linitis plastique » ou « cirrhose de l'estomac ».
Symptômes. — I. GASTRITE MUQUEUSE. — Le début est lent et insidieux. Pendant un temps quelquefois très long, plusieurs mois ou plusieurs années, le malade est un simple dyspeptique ; plus exactement, il n’a pas une dyspepsie continue, il a des alternatives de bonne santé et de phases dyspeptiques. Ces dernières surviennent soit spontanément, soit à la suite d’un repas trop copieux, d’un écart de régime, d’une fatigue, et sont quelquefois assez intenses pour revêtir tous les caractères de la gastrite aiguë; d’autres fois, c’est simplement de l’inappétence, de la difficulté des digestions sans vraie douleur, un état nauséeux sans vomissements. Ces phases dyspeptiques durent quelques jours seulement, et sous l'influence du repos et d’un traitement approprié tout rentre dans l’ordre. Plus tard, elles durent des semaines et dans les intervalles qui les séparent la santé ne revient pas complètement. Il reste toujours quelque gêne au moment où se fait la digestion; l'appétit reste bon toutefois et, à part les symptômes subjectifs ressentis par le malade, la santé paraît assez bonne.
A la période d'état, le gastritique n’a pas un bon moment dans la journée. Il se lève fatigué, courbaturé, la bouche pâteuse, l’haleine fétide, la langue blanche, la gorge sèche comme embarrassée par des glaires. À peine est-il descendu de son lit qu’il a des nausées avec un état vertigineux pénible : il ressent une gêne à l'épigastre ; la nausée devient plus forte et le malade, après quelques renvois acides, vomit, en bavant, quelques gorgées de « pituite », mélange de salive, de mucosités pharyngées, de mucus gastrique et quelquefois de matières visqueuses, résultat des fermentations anomales de substances hydrocarbonées qui stagnaient dans l'estomac.
ventre était ballonné; il s’était formé un peu d’ascite; le malade avait maigri et perdait peu à peu ses forces. Il succomba dans le coma. On trouva à l’autopsie, outre un peu d’ascite, des adhérences péritonéales fixant la grosse tubérosité de l'estomac et presque toute sa face postérieure. L’estomac était petit, ses parois étaient très épaissies (1 centimètre) et sa surface muqueuse offrait près du pylore des travées lisses, dures, irrégulièrement entre-croisées. Au microscope, la muqueuse était entièrement infiltrée d'éléments cellulaires; c’est à peine si l’on y retrouvait quelques vestiges de culs-de-sac glandulaires; la sous-muqueuse était également le siège d’une semblable infiltration; elle présentait de plus une certaine quantité de sang épanché. L'infiltration était moins abondante dans les tuniques musculeuse et séreuse. Le côlon transverse offrait aussi un certain épaississement de ses parois. Le foie était le siège de sclérose, surtout péri-portale. 1. Thèse de Lyon, 1892.
Le vomissement n’est pas toujours exclusivement pituiteux. De temps en temps les matières vomies contiennent quelques stries sanguines, indices de petites érosions de la muqueuse; plus rarement le vomissement est franchement sanglant; les hématémèses abondantes sont rares'. Quelquefois enfin, lorsque l’estomac est dilaté, on retrouve, au milieu des glaires et des viscosités vomies, des matières alimentaires plus ou moins altérées, ingérées la veille ou les jours précédents.
Le vomissement n’est pas toutefois obligatoire, et l’on voit, exceptionnellement il est vrai, des gastritiques qui n’ont jamais eu de pituites et qui n’ont le matin, au lever, que du pyrosis et un état nauséeux fort pénible, phénomènes qui s’atténuent souvent après l’ingestion d’une petite quantité d'alcool ou après une cigarette.
Qu'il y ait eu ou non vomissement, cet état pénible qui suit le lever s'améliore peu à peu, mais pendant toute la matinée le malade conserve la bouche pâteuse, l’haleine fétide, un léger état nauséeux avec pesanteur à l’épigastre, pandiculations et bâillements répétés, et arrive à l’heure du déjeuner sans avoir le moindre appétit.
L’appétit, conservé à la période dyspeptique pendant les intervalles de bonne santé du moins, est devenu capricieux, puis a diminué et fini par disparaître ou par ne plus exister que pour les mets épicés ; c’est tout à fait exceptionnellement, et d’ailleurs passagèrement, qu'on observe de la boulimie. Par contre, la soif est souvent vive et difficile à calmer.
La digestion est pénible et d'autant plus, ordinairement, que le repas a été plus copieux; le malade a une sensation de pesanteur à l’épigastre, de plénitude, de ballonnement ; il a la face congestionnée ou plutôt plaquée de taches rouges; il a une somnolence difficile à vaincre, une inaptitude complète au travail, de l'oppression, des palpitations, des bâillements, une soif vive, des nausées, des éructations gazeuses, tantôt inodores, tantôt acides, aigres, brülantes. Cet état, qui commence souvent quelques instants après le repas, atteint son maximum deux ou trois heures plus tard, mais, fait assez particulier, il existe très rarement des douleurs vives; de même, les vomissements ne sont pas fréquents ; ce sont toujours des vomissements alimentaires contenant, outre les aliments mal digérés, des matières visqueuses, et ils sont rarement assez complets pour amener un grand soulagement.
En réalité, cêt état pénible ne prend fin qu'après l’évacuation du contenu stomacal dans l'intestin, évacuation qui détermine souvent
1. MM. LÉPINE et BRET (Arch. de méd. expérim., 1893, p. 254) ont observé un cas d’hématémèse mortelle.
quelques coliques, l'expulsion par l’anus de gaz inodores ou fétides, et rarement de la diarrhée : c’est la constipation qui est l’état habituel des gastritiques. Mais l'évacuation de l’estomac qui se fait ordinairement trois ou quatre heures après le repas peut être beaucoup plus retardée, et alors la phase dyspeptique qui suit le déjeuner n’est pas encore terminée à l’heure du diner.
A ce dernier repas, le même ordre de symptômes se reproduit pour se prolonger assez avant dans la nuit : le sommeil d’ailleurs est pénible, bourrelé de rêves et de cauchemars.
Le vertige stomacal, la migraine, les troubles cardio-pulmonaires, si fréquents dans les dyspepsies, se rencontrent assez rarement dans la gastrite et trouveront leur description ailleurs. L’état général est quelquefois très bien conservé pendant un temps assez long, ce qui s'explique par la suppléance de l'intestin aux fonctions gastriques diminuées ou disparues. Il finit cependant par s’altérer, le malade maigrit, a le teint terreux, le pouls faible, une très grande sensibilité au froid, une inaptitude complète à tout travail physique ou intellectuel, une résistance de moins en moins grande à la fatigue, indices d’une nutrition insuffisante menant à l’inanition progressive.
Ces malades ont la langue recouverte d’un enduit saburral épais, l’haleine fétide, la gorge rouge granuleuse. L’estomac est sensible à la pression, surtout dans la période digestive, mais rarement très douloureux; sa molilité n’est pas toujours diminuée dans les premiers temps du moins, plus tard il devient atone et, dans les gastrites anciennes, l’atonie a ordinairement fait place à la dilatation, ainsi que le montre le lavage le matin à jeun.
Quand on sonde le matin à jeun un malade atteint de gastrite chronique récente, ou de moyenne gravité, on retire 60 à 100 centimètres cubes d’un liquide visqueux, aqueux, quelquefois teinté par la bile, alcalin, neutre ou très faiblement acide, contenant une grande quantité de mucine, et dans lequel l'examen microscopique révèle l'existence de cellules épithéliales, de leucocytes, de levures, de sarcines, etc.
Dans les cas plus graves s’accompagnant de dilatation de l’estomac, la sonde ramène, outre des résidus alimentaires, un liquide plus abondant encore et plus riche en mucine.
L'examen du suc gastrique après repas d’épreuve fournit des résultats intéressants. L’acidité totale est quelquefois nulle, elle est presque toujours diminuée, quelquefois elle reste élevée à cause de la grande quantité d'acides organiques. L’acide chlorhvdrique est toujours diminué, dans les cas graves il a même complètement disparu : c’est l’acide chlorhydrique libre qui diminue et disparaît le premier, l’acide chlorhydrique combiné ensuite. La pepsine et le