‹ Manuel de médecineChapitre 6 sur 199 · APHTES 39 APHTES · texte numérisé non relu

APHTES 39 APHTES

Historique. Définition. — Les anciens comprenaient sous le nom d’aphtes toutes les lésions de la muqueuse buccale pouvant aboutir à l’ulcération, voire à la gangrène; aussi, nombreuses et diverses étaient les affections de la bouche comprises sous cette dénomination, puisqu'elle englobait les maladies les plus disparates comme les stomatites, le muguet, la diphtérie, le noma, etc.

Au commencement du siècle, on dissocia ce groupe nosologique, mais en Angleterre,Willan et Bateman confondaient encore sous le nom d’aphtes les aphtes vrais et le muguet. Il faut arriver à Guersant, Billard, Barthez et Rilliet, Valleix, pour voir réserver cette dénomination à cette affection bien connue qui consiste en une éruption vésiculeuse, parfois ulcéreuse, siégeant sur la muqueuse buccale.

La description clinique de la stomatite aphteuse donnée par ces derniers auteurs, et reproduite dans tous les traités de médecine contemporains, n’a pas été modifiée depuis lors et doit être transcrite aujourd’hui telle qu’elle était enseignée il y a quarante ans.

Pour sisimple qu’elle paraisse aux médecins et si nette qu’elle soit pour le public, la conception des aphtes n’en a pas moins été complètement transformée parles recherches qui ont été faites depuis une dizaine d'années, et actuellement une malencontreuse homonymie nous oblige à grouper sous une même appellation deux entités morbides distinctes que leurétiologie surtoutne permetguère deconfondre.

On doit en effet décrire sous la dénomination commune d’aphtes ou stomatites aphteuses : 1° les aphtes proprement dits, cette affection exclusivement buccale que tout le monde connaît et qui ne reconnaît que des origines banales, telles que l’irritation provoquée par l’abus du tabac, l’ingestion de salaisons, de noix, etc.; 2° une maladie infectieuse caractérisée par une éruption aphteuse, en général primitivement buccale, qui peut se généraliser et qui n’est en réalité que la manifestation humaine d’une maladie depuis longtemps connue chez les bovidés, les ovidés et chez le pore, sous le nom de fièvre aphteuse.

L'étude étiologique des aphtes doit donc être double et envisager tour à tour les aphtes banaux et les aphtes infectieux.

4° Les causes les plus communes mais aussi les plus diverses peuvent provoquer une éruption d’aphtes sur la muqueuse buccale. On les observe souvent à la suite de l'abus du tabac, de l’ingestion

d’alimentsirritants, de salaisons, de noix, etc. Uneirritation purement mécanique due à la présence de dents cariées ou brisées, l’éruption des premières dents ou celle de la dent de sagesse peuvent les proyoquer. On peut également les voir survenir au moment des époques menstruelles ou pendant la grossesse. Dans certains cas enfin, on aurait noté l'influence prédisposante de l’hérédité.

Il s’agit toujours, dans ces divers cas, d’éruptions aphteuses discrètes, rarement confluentes, siégeant sur la muqueuse buccale exclusivement et ne s’accompagnant pas de phénomènes généraux. Ces aphtes ne sont pas contagieux.

2% L’étiologie de la stomatite aphteuse infectieuse est bien différente. Elle procède, nous l'avons dit, de la fièvre aphteuse des animaux.

La fièvre aphteuse, décrite également en France par les vétérinaires sous le nom de cocotte, en Allemagne sous la dénomination de Maulund Klauenseuche,en Angleterre sous le synonyme de foot and mouth disease (maladie de la bouche et du sabot), est une maladie parasitaire, inoculable, contagieuse, qui s’observe épidémiquement chez les ovidés, les bovidés et le porc, et qui peut se communiquer à l’homme soit par contact direct, soit, et plus souvent, par ingestion.

Depuis longtemps on avait soupçonné la possibilité de transmission de la fièvre aphteuse des animaux à l’homme, mais la démonstration rigoureuse de ce fait est relativement récente.

Dès 1763, Sayar admit comme probable l’origine bovine de la stomatite aphteuse et sa transmission par le lait; mais il faut croire que ses recherches furent oubliées, puisqu'on doit arriver en 1834 pour trouver dans les auteurs allemands et suisses les premières observations incontestables de transmission de la fièvre aphteuse à l’homme.

De nos jours, ces relations se sont multipliées; toutes, et entre autres celles de Bircher (1872), Delest (1881), Demme (1883), Esser (1883), mettent en évidence la possibilité de cette transmission, mais aussi sa faible fréquence, et signalent le lait, puis, mais moins souvent, le fromage, le beurre, comme les agents habituels de la contagion. Ces relations dénoncent aussi un autre mode de contamination fréquemment observé chez les valets ou les filles de ferme occupés à traire les vaches atteintes de cocotte et présentant des ulcérations aphteuses sur les trayons; chez eux, la contagion se fait par les mains et la première manifestation de l'infection est l’apparition de vésicules aphteuses qui se développent sur leurs mains excoriées; mais ultérieurement, chez ces sujets, peut s’observer la stomatite aphteuse, qui provient de ce qu’ils se sont inoculés eux-mêmes en portant à leur bouche leurs doigts atteints de vésicules aphteuses. Le mode inverse de contagion s’observe d’ailleurs avec une égale

fréquence : les malades atteints de stomalite aphteuse voient se développer sur leurs doigts des vésicules aphteuses qui proviennent de ce qu'ils ont porté leurs doigts à leur bouche, ou bien encore qu’ils ont touché des linges, des mouchoirs souillés par leur salive.

Dans un article sur l’origine bovine de la stomatite aphteuse, David ‘, après avoir examiné et critiqué les observations publiées depuis quelques années, se déclare franchement partisan de cette étiologie, et M. Proust? n'hésite pas à admettre que la stomatite aphteuse de l’homme n’est que la fièvre aphteuse ou cocotte des bovidés, transmise le plus souvent à l’homme par l’ingestion de lait d'animaux malades.

Plusieurs faits confirmatifs ont été récemment apportés à la Société de médecine interne de Berlin par MM. Boas, Kæbner, Lewin, Litten et Skamper ?. R

Tout ce qui précède nous explique la fréquence relative de la stomatite aphteuse chez le nourrisson ou chez les adultes vivant exclusivement ou particulièrement de lait, et la coexistence, fréquemment notée par les divers auteurs que nous venons de citer, d’épidémie de stomatite aphteuse et d’épizootie de fièvre aphteuse.

À ce que nous venons de dire, il convient d'ajouter une remarque: c’est qu’il est peu probable que l'infection du lait des vaches atteintes de cocotte se fasse par le sang: il semble aujourd’hui presque certain que le lait n’est infecté que quand il existe des vésicules sur les trayons de la vache ou des chèvres laitières; le fait est d’ailleurs presque constant, les animaux s’inoculant eux-mêmes en léchant leurs mamelles, ou, lorsqu'ils se couchent, par le contact des trayons avec la litière souillée par la suppuration du sabot.

La pathogénie des aphtes communs est complètement inconnue.

Quant à la nature de la stomatite aphteuse d’origine animale, on sait seulement qu’elle est infectieuse, contagieuse, inoculable, épidémique; mais les notions s'arrêtent là, puisqu'on ne connait pas encore l’organisme pathogène de la cocotte.

On peut rappeler les premières recherches de Klein #, qui dans le liquide des vésicules et à la surface des ulcérations trouva et isola un coccus se montrant souvent en diplocoques, en petits amas, en chaînettes, se colorant par la méthode de Gram, fort semblable, en

Page 1