‹ Manuel de médecineChapitre 7 sur 199 · Voir Semaine médicale, 1893, n°° 36 et · texte numérisé non relu

Voir Semaine médicale, 1893, n°° 36 et

4. KLEIN, On the etiology of foot and mouth disease (analysé in Centelbiait für Bakteriologie, 1888, p. 410).

somme, aux streptocoques de la suppuration. L’inoculation des cultures aux veaux, moutons, porcs et cobayes demeura d’ailleurs sans résultat; il en fut de même des essais d’inoculation par ingestion faits chez le mouton. On ne doit donc attacher aucune importance à ces premières recherches.

Il en est de même encore des recherches de E. Frænkel‘ qui trouva dans les pustules les staphylococcus pyogenes citreus et flavus, et qui vit, à tort, dans ces organismes pyogènes banaux, les agents microbiens de la fièvre aphteuse.

Siegel? observa, en 1889, dans un village des environs de Berlin, une épidémie humaine de stomatite aphteuse coexistant avec une épizootie de fièvre aphteuse chez des bovidés; il trouva dans les divers organes de sept enfants qui avaient succombé un microbe ovoide qu'il cultiva et dont l’inoculation, négative pour les animaux de laboratoire, provoqua chez le veau et le porc les signes habituels de la fièvre aphteuse.

Peu de temps après, Schottelius #, critiquant les recherches de Siegel, prétendit avoir trouvé dans l’exsudat limpide des vésicules aphteuses chez les bovidés, un microbe qu’il cultiva, un streptocyte, très analogue au streptocoque de la suppuration, et dont il inocula, sans résultat, les cultures aux animaux réceptifs pour la fièvre aphteuse.

Enfin, tout récemment, Behla‘, observant en 1892, à Luckau, une épizootie de fièvre Sons régnant sur les bovidés et une épidémie concomitante de stomatite aphteuse chez les habitants qui . buvaient du lait cru, trouva dans le sang des bovidés, seulement pendant la formation de la vésicule aphteuse et dans la Iymphe de ces vésicules, des amibes analogues aux hématozoaires de la malaria et se présentant sous la forme d'organismes arrondis, entourés d’une auréole claire de protoplasma, séparés ou diversement unis, et munis de flagella. Naturellement il ne les cultiva pas, mais de leur présence constante dans le sang des animaux malades il en conclut à leur action pathogène dans la détermination de la fièvre aphteuse.

On voit en résumé que, si l’origine bovine de la stomatite aphteuse est actuellement hors de contestation, si tous les hygiénistes s’ac-

1. E. FRÆNKEL, Ucber die Anatomie und Ætiologie der Sonnenrs aphtosa (Centralblalt für klinische Medicin, 1888, ne 8).

2. SIEGEL, Die Mundseuche des Menschen (Stomatitis ide a deren Identität mit der Maul- und Klauenseuche der Hausthiere und beider Krankheïten gemeinsamer Erreger (Deutsche med. Wochensch., 1891, n° 49).

3. SCHOTTELIUS, Ueber einen bakteriologischen Befund bei Maul- und Klauenseuche (Centralbl. für Bakterial., 1899, p. 75).

4. R. BEuLA, Der Erreger der Klauen- und Maulseuche nebst Bemerkungen über die akuten Exantheme beim Menschen (Centralbl. für Bakteriol., 1893, p. 50 et 87).

cordent à voir dans l'usage du lait cru le mode habituel de sa propagation, l'accord est loin d’être fait entre les bactériologistes sur la nature de son agent pathogène que de nouvelles recherches ne tarderont sans doute pas à mettre en évidence d’une façon indiscutable.

Anatomie pathologique. — Qu'il s'agisse des aphtes communs ou de la stomatite aphteuse infectieuse, les lésions histologiques sont presque identiques. Aussi peut-on en donner une description unique.

Ces lésions frappent l’épithélium et le corps muqueux de Malpighi: entre les cellules tuméfiées se fait une exsudation séro-fibrineuse qui constitue la vésicule. À ce niveau, les papilles dermiques sont turgescentes, et l’on y constate une légère accumulation de leucocytes. Les glandes mucipares sont indemnes (Damaschino), contrairement à l'opinion de Van Swieten qui les croyait lésées primitivement.

Le liquide séreux, limpide, qui formait la vésicule, ne tarde pas à se troubler, l’épithélium qui la recouvre se nécrose, et les cellules épithéliales nécrosées, les leucocytes et la fibrine tapissent d’un détritus jaune grisätre pultacé le fond de l’ulcération ainsi formée.

Parfois, mais seulement dans les cas de stomatite aphteuse infectieuse, on trouve chez l’enfant des ulcérations sur la muqueuse de l’æsophage, de l’estomac et de l'intestin.

Symptômes. — Il existe entre les aphtes communs et la stomatite aphteuse infectieuse d’assez grosses différences cliniques pour que nous décrivions séparément deux formes symptomatiques des aphtes.

I. — Les APHTES communs, de beaucoup les plus fréquents, constituent toujours une éruption localisée à la muqueuse buccale, éruption habituellement discrète, rarement confluente, ne s’accompagnant pas de phénomènes généraux.

Il s’agit simplement de vésicules petites, arrondies, transparentes, siégeant de préférence sur le frein ou les bords de la langue, parfois sur la face interne des lèvres, surtout de la lèvre inférieure, plus rarement sur la face interne des joues et des gencives. Ces vésicules sont toujours peu nombreuses, souvent il n’y en a qu’une seule. Au bout d’un à deux jours, la vésicule devient opaque, puis blanchâtre ; elle est dure à sa base; puis elle s’affaisse, crève et laisse persister une ulcération petite, régulièrement arrondie, dont le fond est grisâtre, recouvert d’un enduit pultacé, et dont la périphérie est entourée d’un cercle rougeâtre.

A ce moment, les troubles fonctionnels sont plus ou moins marqués, suivant le nombre et la localisation des vésicules aphteuses : le malade éprouve une sensation de cuisson, une douleur vive au contact, bien localisée au niveau des lésions ; la mastication, la déglu-

tition même peuvent être gênées, entravées, et la nutrition s’en ressentir.

Mais ces phénomènes sont passagers : au bout de quatre ou cinq jours la cicatrisation se fait, et la guérison est complète et définitive. C’est là ce que Guersant nommait les aphtes éphémères, pour les opposer aux aphtes stationnaires, confluents, qui ne sont habituellement que la manifestation locale de la fièvre aphteuse et que nous décrirons plus loin.

Pendant l’évolution des aphtes, les phénomènes généraux sont nuls, et les aphtes confluents avec symptômes généraux, décrits par Ketelaer, rentrent dans le domaine de la stomatite aphteuse.

IT. — La STOMATITE APHTEUSE INFECTIEUSE a des allures différentes. Aprèsune période d’incubation qui dure dehuità dixjours, apparaissent des troubles généraux prémonitoires : malaise, frisson, inappétence, etc., et bientôt des troubles fonctionnels qui consistent en une sensation pénible de sécheresse de la bouche qui fait promptement place à une sensation douloureuse limitée de cuisson, de piqûre, en même temps que la sécrétion salivaire s’accroit sans pourtant jamais devenir aussi abondante qu’elle l’est dans les stomatites aiguës mercurielle ou ulcéreuse. La diarrhée est fréquente chez l'enfant.

Au boutde trois à huit jours de prodromes généraux et fonctionnels se montre l’éruption caractéristique qui souvent même survient d’emblée, sans aucun de ces symptômes prémonitoires. Chez l'adulte, en effet, il est de règle que ces symptômes généraux et fonctionnels accompagnent l’éruption aphteuse, mais ne la précèdent pas.

L’éruption apparaît sous forme de petites taches rouges, disséminées, qui se montrent principalement à la face interne des lèvres, dans les sillons gingivo-labiaux supérieur et inférieur, à la pointe, sur les bords et au frein de la langue, à la voûte palatine. Chez l’enfant au biberon, on voit fréquemment ces macules se ranger en deux lignes symétriques, de chaque côté du raphé médian du palais. Quelquefois on les voit également apparaître à la jonction des piliers antérieurs de la luette; il est plus rare de les voir siéger sur les gencives, les amygdales et le pharynx.

Bientôt la tache rouge s'élève, devient papuleuse, et au centre de la papule apparaît une vésicule sous forme d’un point blanc arrondi, transparent, que la macule entoure d’une auréole rouge, régulière, peu étendue.

Cette évolution de l’exanthème est tellement rapide que vingtquatre ou quarante-huit heures après son apparition, le liquide de la vésicule louchit et que cette pustule se rompt dès le deuxième ou troisième jour, laissant à sa place une ulcération régulièrement arrondie, dont les bords sont rouges, indurés, taillés à pic. Le fond

des ulcérations est tapissé par un exsudat pultacé qui présente l’aspect d’une membrane jaune grisâtre, adhérente, au-dessous de laquelle la muqueuse est rouge, saignante.

Le diamètre des ulcérations est variable ; quelques-unes ne sont guère plus volumineuses que la tête d’une épingle; d’autres atteignent les dimensions d’une grosse lentille.

En général l’éruption est discrète, et le nombre des ulcérations ne dépasse guère huit ou dix; quelquefois, l’éruption est confluente, plusieurs vésicules se rapprochent les unes des autres, les ulcérations se touchent, se confondent, et il en résulte des ulcérations plus ou moins étendues, à bords godronnés.

La réparation est rapide; les bords de l’ulcération s’affaissent, pâlissent, le fond se comble, la cicatrisation se fait, et en une ou deux semaines, la tache rouge, dernier vestige de l’ulcération, disparait à son tour. Dès la fin de la deuxième ou de la troisième semaine, toute trace de lésion de la muqueuse a complètement disparu.

Les troubles fonctionnels et les phénomènes généraux qui accompagnent l’évolution des aphtes sont les mêmes qu’au début, mais ils vont s’accentuant jusqu'au moment où l’ulcération se cicatrise. La salivation, plus marquée au début, n’est jamais extrêmement abondante. La douleur est intense pendant la période d’ulcération et gêne ou même rend complètement impossible la mastication et, chez les nourrissons, la succion. [l n’y a d’engorgement des ganglions souset rétro-maxillaires que si les lésions sont très étendues et mal soignées.

Quant aux phénomènes généraux tels que la fièvre, l’inappétence, la diarrhée chez les nourrissons, ils ne durent que les premiers jours et ne deviennent plus tenaces que s’il survient des poussées successives d’aphtes.

Dans les formes cohérente ou confluente, les ulcérations recouvrent la langue, les lèvres, l’isthme et les parois du pharynx; on peut alors voir survenir des phénomènes ataxiques ou adynamiques, accompagnés de fièvre intense, de diarrhée, de vomissements; et ces cas, heureusement fort rares, peuvent se terminer par la mort.

On observe parfois des formes prolongées dues à des éruptions successives, subintrantes, et dont la durée peut être d’un mois et plus. Il s’agit là d’inoculations répétées par l’usage de lait provenant de vacheries où règne une épizootie de fièvre aphteuse. La durée de ces formes prolongées n’est limitée que par la cessation de l'usage du lait contaminé.

Dans toutes ces formes de stomatite aphteuse, principalement chez l’enfant, on peut observer l'apparition d’aphtes sur le tégument externe; l’éruption aphteuse cutanée est toujours fort discrète et

n’est constituée que par quelques rares vésicules disséminées à la face, sur le tronc et sur les membres.

Chez l'adulte, en l'absence même de toute éruption buccale, on peut voir apparaître, aux mains ou aux doigts, des vésicules aphteuses qui sont dues à des inoculations que se font les mères ou les nourrices en touchant les linges contaminés par la salive ou en soignant la bouche des nourrissons atteints de stomatite aphteuse. Ces éruptions sont bénignes et ne s’accompagnent pas de phénomènes géné- TAUX.

Le pronostic des aphtes communs et de la stomatite aphteuse elle-même est presque toujours bénin, et l’issue fatale est extrêmement rare. Pourtant, on doit toujours considérer les formes confluentes comme graves pour les nourrissons; et en général les formes même légères acquièrent dans le jeune âge un certain degré de gravité qu’elles doivent plus encore au trouble qu’elles apportent dans les fonctions digestives et à la gêne ou à l'impossibilité de la succion qu’à l'infection. Chez l’adulte, les aphtes simples, comme la stomatite aphteuse, constituent toujours une lésion bénigne.

Le diagnostic est facile : aucune des autres lésions de la muqueuse buccale ne peut être confondue avec la stomatite aphteuse : l’évolution de l’éruption et des phénomènes généraux qui l’accompagnent ne permettra, à aucune phase de la maladie, de la confondre soit avec le muguet, soit avec les diverses stomatites aiguës ou la stomatite ulcéro-membraneuse, soit avec la diphtérie buccale.

Quant au diagnostic entre les aphtes simples et la stomatite aphteuse spécifique, on ne peut actuellement l’établir que sur les données étiologiques.

L'étude clinique de la stomatite aphteuse infectieuse est trop superficiellement ébauchée pour que le diagnostic puisse résulter du seul examen des lésions.

L'apparition habituelle d’éruptions aphteuses, même assez confluentes, chez certaines femmes au moment des époques menstruelles, ou bien à la suite de l’ingestion de certains aliments, dictera presque toujours le diagnostic d’aphtes simples non spécifiques.

I s’agira plutôt d’aphtes infectieux si on les voit survenir épidémiquement dans une région où la fièvre aphteuse règne sur les vaches laitières, si la maladie frappe de préférence les nourrissons ou les sujets vivant exclusivement ou principalement de lait. Il ne faut pas oublier que l’absence de phénomènes généraux ou le nombre restreint des vésicules aphteuses ne sont pas rares dans la stomatite aphteuse spécifique, et que d’autre part il existe des éruptions aphteuses simples, confluentes, s’accompagnant de troubles généraux apyrétiques, par suite de la gêne qu’elles apportent à la nutrition.

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On ne peut donc chercher dans la présence ou l’absence des phénomènes généraux, pas plus que dans la discrétion ou la confluence de l’éruption, un élément certain de diagnostic. La présence d’un exanthème cutané n’existe que dans la stomatite aphteuse infectieuse ; mais le fait est peu fréquent, et l’éruption se borne toujours à quelques rares vésicules.

C’est en somme, on le voit, beaucoup plus sur les conditions étio- logiques de l’affection que sur les manifestations cliniques, locales ou générales, que reposera le diagnostic des aphtes simples d’avec les aphtes infectieux.

Traitement. — La prophylaxie de la stomatite aphteuse infectieuse consiste à suspendre l’usage du lait cru, du beurre et du fromage. On devra prendre à d’autres origines le lait destiné à l’alimentation, ou bien soumettre à l’ébullition le lait suspect, encore qu’il ne soit pas absolument certain que l’ébullition suffise à détruire le germe. de la fièvre aphteuse. ;

Le traitement des aphtes simples ou Haies consistera en: lavages antiseptiques après les repas, en gargarismes avec une solution aqueuse de salicylate de soude à la dose de 2 pour 100. On pourra recourir, si la dysphagie empêche la nutrition des malades, à l'emploi de badigeonnages cocaïinés. ‘

E. Moswy.

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SYNONYMIE. — La stomatite ulcéro-membraneuse a été éludiée et décrite successivement sous divers noms qu'il est utile de connaître : on l’a désignée tour à tour sous les noms de stomatite gañgréneuse (Taupin), diphtéritique (Bretonneau), ulcéro-membraneuse (Rilliet et Barthez), ulcéreuse spécifique (Bergeron), pseudo-membraneuse, couenneuse, et aussi sous les noms de chancre aquatique et de stomacace.

Symptômes. — La stomatite ulcéro-membraneuse s'annonce soit par des symptômes généraux, soit par des symptômes locaux. Les symptômes généraux marquent rarement le début de la maladie; parfois pourtant on a pu voir survenir, trois ou quatre jours avant les * phénomènes locaux, des symptômes généraux prodromiques, tels ques e malaise, ne perte de I appétit, fièvre légere.

C’est en réalité presque toujours par les signes locaux de l’inflammation de la muqueuse buccale que débute l'affection : souvent alors les malades éprouvent dans les mouvements de déglutition une douleur qu'ils localisent assez exactement à l'angle de la mâchoire et qui est due à l’ulcération de la muqueuse de la face interne des joues, au niveau des dernières grosses molaires.

Ces troubles fonctionnels provoquant l’examen minutieux de la bouche, on trouve les lésions initiales dont on peut dès lors suivre le développement, et que nous allons étudier.

Signes locaux.—Les lésions de la muqueuse buccale débutent en général par la muqueuse gingivale au niveau des dernières grosses molaires. D'un seul côté, et presque toujours du côté gauche, on voit apparaître sur le bord libre de la gencive inférieure, autour des dernières grosses molaires, un liséré grisâtre qui s'accompagne d’une exsudation de sérosité louche ou sanguinolente, en même temps que les dents correspondantes se recouvrent d’une couche exagérée de tartre; bientôt se forme une uwlcération qui ne circonscrit pas la dent sur toute sa périphérie, mais entoure en croissant sa face externe; sur la voûte palatine, la muqueuse buccale est presque toujours respectée au début des lésions. Autour de l’ulcération initiale, la muqueuse est rouge, tuméfiée.

Cette ulcération, suivant Caffort (qui étudia une épidémie de stomatite ulcéreuse dans les hôpitaux militaires de Narbonne), débuterait par une vésico-pustule qui apparaîtraît sous la forme d’une plaque jaune, éphémère; celle-ci bientôt disparaîtrait, laissant à sa place l’ulcération caractéristique. Bergeron précisa la description de Caffort, et montra qu’il ne s’agissait pas d’une vésicule, à proprement parler, mais d’un soulèvement de l’épithélium par une infiltration purulente sous-éphithéliale; l’épithélium se détache, le pus s’écoule et alors apparaît l’ulcération.

L’ulcération d’abord circonserite, superficielle,s’étend et se creuse: le fond est constitué par une matière pulpeuse, sorte de bouillie plàtreuse, jaunâtre ou grisâtre, peu adhérente ; au-dessous, la muqueuse apparaît anfractueuse, granuleuse, saignante. Les bords sont irréguliers, festonnés, déchiquetés, œdématiés. Autour de l’ulcération, dans une zone d’étendue variable, la muqueuse est tuméfiée, œdématiée, mais non indurée.

Ces ulcérations primitives du bord libre de la gencive au niveau des dernières grosses molaires inférieures ne tardent pas à s’étendre à une plus ou moins grande portion de la muqueuse buccale, tout en restant généralement localisées à un seul côté qui, presque toujours, est le côté gauche (Bergeron).

Sur la muqueuse de la face interne des joues se trouvent habituel-

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lement des ulcérations qui affectent une forme allongée et ont une étendue variable : leur siège correspond exactement au point de contact des deux arcades dentaires; au-dessus et au-dessous, sur la muqueuse boursouflée, les dents marquent fortement leur empreinte.

Sur la lèvre inférieure la présence des ulcérations est fréquente ; elles s’y montrent avec la même forme qu’à la face interne des joues.

La langue est presque constamment tuméfiée, æœdématiée sur ses bords où les dents marquent leur empreinte, comme sur la face interne des joues. Il n’est pas rare de voir les lésions se limiter aux bords de la langue et d’un seul côté. Ces formes atténuées, localisées de la stomatite ulcéro-membraneuse sont actuellement les plus fréquentes, et les ulcérations des bords de la langue constituent souvent les seules lésions dans les cas de stomatite ulcéreuse que nous observons dans les hôpitaux.

A la voûte palatine enfin, il n’est pas rare de voir des ulcérations qui se continuent avec celles des bords postérieurs de la gencive.

Les ulcérations sontbeaucoup plus rares aux amygdales etau voile du palais ; leurs bords y sont boursouflés, plus œdématiés ; elles y présentent souvent l’aspect de membranes jaunâtres, parsemées de taches ecchymotiques, adhérentes en leur centre, libres et flottantes à leur périphérie, baignant dans un liquide sanieux formé de pus et de sang.

L’isthme du pharynx est souvent rouge, mais on n’y à jamais noté la présence d’ulcérations.

La description que nous venons de faire montre qu’en résumé les sièges de prédilection des ulcérations sont, par ordre décroissant de fréquence : les gencives, les bords de la langue, puis les joues, les replis inter-maxillaires, la voûte et le voile du palais, les amygdales, la face postérieure des lèvres. Nous avons suffisamment insisté sur le siège unilatéral des lésions pour n’y pas revenir.

Ces ulcérations s’accompagnent de froubles fonctionnels plus ou moins marqués, parmi lesquels la fétidité de l’haleine est l’un des plus frappants : cette fétidité repoussante de l’haleine est plus accentuée dans la stomatite ulcéreuse que dans aucune des autres formes de l’inflammation de la muqueuse buccale, même dans la stomatite mercurielle,

La salivation, sans être aussi accentuée que dans la stomatite hy= drargyrique, est exagérée : une salive abondante, épaisse, filante, sanieuse, sanguinolente s'écoule par les commissures labiales, et son contact continuel détermine fréquemment sur la peau des joues, du côté où le malade se couche, un érythème qui persiste autant que la Stomatite elle-même.

Les ganglions sous- et rétro-maxillaires sont presque toujours

engorgés, mais cette tuméfaction est en général légère; parfois pourtant elle peut devenir plus intense, s'accompagner de gonflement de toute la région sous-maxillaire, et même, quoique fort rarement, devenir l’origine d’un adéno-phlegmon. La stomatite ulcéreuse s'accompagne de douleurs quelquefois très vives, spontanées, mais principalement exagérées par la pression, ou par les mouvements de mastication et même de déglutition.

Les phénomènes généraux sont d'habitude peu marqués dans la stomatite ulcéreuse; quelquefois chez l'enfant, la température s’élève à 38 degrés ou 39,5 pendant quelques jours ; on peut également observer de la céphalalgie, de la prostration, du malaise, de la courbature, de l’anorexie, des nausées, de la diarrhée. La composition chimique des urines n’est pas modifiée ; il n’y a pas d’albuminurie.

Marche. Durée. — L’incubation de la stomatite ulcéreuse serait d'environ deux à trois jours (Moussu); au bout de trois ou quatre jours de prodromes, les premières ulcérations apparaissent, s'étendent, se creusent, envahissant une étendue plus ou moins considérable de la muqueuse buccale, mais se limitant presque tou-

jours à l’un des côtés, plus habituellement le côté gauche. Pendant que les ulcérations gagnent en étendue et en profondeur, les troubles fonctionnels et les symptômes généraux se manifestent et s’accentuent.

Cette période aiguë ou d’acmé de la stomatite ulcéreuse dure en moyenne une semaine, si l’on institue le traitement approprié dès que la maladie est constatée. On voit alors les ulcérations se déterger, leur fond se couvre de bourgeons rosés, et la cicatrisation se fait: ce sont les ulcérations des lèvres, de la langue, des joues, du palais et du pharynx qui se cicatrisent et guérissent les premières ; celles des gencives disparaissent les dernières. En même temps que les ulcérations guérissent, les troubles fonctionnels et les symptômes généraux disparaissent : seule, l’adénopathie maxillaire persiste souvent après la disparition des lésions. Au bout desdeux semaines, la guérison complète est généralement obtenue ; mais, si l’on n'intervient pas, l'affection peut persister des semaines, ou même des mois; plus souvent la stomatite guérit d'elle-même, mais le malade est exposé à des rechutes incessantes, à des poussées successives qui peuvent se perpétuer pendant des mois entiers.

D’autres fois enfin, la lésion devient chronique : les ulcérations persistent, les dents s’ébranlent, tombent, le bord alvéolaire se nécrose ; On à pu même dans ce cas, mais fort rarement, observer le noma.

Anatomie pathologique. — Les lésions initiales consistent dans une infiltration diffuse du derme par du pus et par de la fibrine.

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La compression exercée par cet exsudat détermine l’arrêt de la circulation dans les capillaires; de là résulte la nécrose d’une zone plus ou moins étendue du derme muqueux, l'élimination des parties nécrosées, et la formation d’une ulcération qui,en se creusant, envahit les couches profondes du chorion muqueux.Au fond de l’ulcère l'examen histologique révèle la présence de filaments constitués par des fibres élastiques et conjonctives, des vaisseaux disséqués par le pus, souvent épaissis, oblitérés ; on peut reconnaître dans le détritus en partie nécrosé qui recouvre l’ulcère, la structure des glandules de la muqueuse buccale.

Étiologie. Pathogénie. — La stomatite ulcéreuse est surtout fréquente chez les enfants de quatre à huit ans ; elle était jadis endémique dans les hôpitaux et les asilesd’enfants ; souvent aussi, on en observait des épidémies dans les écoles, les casernes, les lycées. De nos jours, la vulgarisation des notions de propreté personnelle, l’amélioration des conditions hygiéniques des écoles, des casernes, des hôpitaux ont fait presque entièrement disparaître cette affection dont on ne constate plus guère que des cas isolés ; encore ces cas sont-ils atténués, et l’étendue des lésions fort restreinte.

Les premières observations de stomatite ulcéro-membraneuse sont dues à des médecins militaires qui en relatent des épidémies, sans toutefois en préciser la nature: Larrey, en 1793-94, l’observa dans l’armée d'Italie, et quelques années plus tard, en 1807, après la bataille d’Eylau ; Desgenettes en recueillit des observations dans nos armées, en 14795; Montgarin, en 1810, l’étudia dans l’armée d’occupation d'Espagne; Caffort en décrivit une épidémie qu’il observa dans les hôpitaux militaires de Narbonne.

En 1818, Bretonneau en observa une épidémie transportee de Bourbon-Vendée à Tours par la légion de Vendée ; il affirma le caractère épidémique et contagieux de cette affection, mais crut qu’il s’agissait d’une lésion diphtéritique.

En 1838-39, Taupin sépara nettement la stomatite ulcéreuse de la diphtérie, et en fit une affection spéciale, de nature gangréneuse.

En 1859, M. Bergeron relata une épidémie qui avait sévi sur la garnison de Paris en 1855-56, et décrivit la stomatite ulcéreuse comme une maladie infectieuse, spécifique, contagieuse et inoculable : il pratiqua avec succès sur lui-même l’inoculation de la stomatite ulcéreuse, et communiqua par contagion cette maladie à une personne de sa famille. Le mémoire de M. Bergeron fixa définitivement les idées sur la nature de la stomatite ulcéreuse, et tous les mémoires importants parus depuis lors sur cette maladie n’ont fait que confirmer sa description clinique awssi bien que ses CARE tions pathogéniques.

Quelques voix s’élevèrent contre la contagion : Maget‘, Perrier qui pourtant croyait à la spécificité, et M. Laveran ?. Catelanÿ, qui, en 1877, signala pour la première fois l’existence de la stomatite ulcéreuse dans les équipages de la flotte, voulut voir dans cette affection une névrite par irritation des filets de la cinquième paire, par suite de l’évolution de la dent de sagesse, mais ne put s'empêcher d'admettre dans certain cas l’importation et la contagion.

Actuellement, l'accord est fait; Léonard, E. Chauffard, Feuvrier, Colin et nombre de médecins militaires qui ont observé des épidémies de stomatite ulcéreuse confirment sa nature épidémique, contagieuse, spécifique, établie par M. Bergeron. Seul, le mode de contagion est discuté et M. Bergeron se déclare partisan de la propagation non par contact direct, mais par infection miasmatique : aussi fait-il observer que les épidémies s’observent surtout au printemps, en temps chaud et humide, chez les malheureux exposés à l'encombrement, à la malpropreté.

L'action prédisposante de l’encombrement, de la misère, de la mauvaise alimentation est indéniable ; comme aussi celle de la dentition (Taupin), de l’éruption de grosses molaires (Blache et Guersant), de l’évolution de la dent de sagesse (Catelan, Maget), et surtout enfin de la malpropreté et du mauvais entretien de la bouche.

Toutes ces causes prédisposantes, favorisant la pullulation des microbes de la bouche et exaltant leur virulence, leur permettent de créer les lésions de la stomatite ulcéreuse, qu'ils peuvent déterminer par contagion chez des sujets placés dans les mêmes conditions de réceptivité.

Les recherches bactériologiques n’ont pas fait défaut : on a tour à tour incriminé les spirilles (Bergeron, Netter), les bacilles (Frühwald#), les coccus qui sont les hôtes de la bouche; mais on ne saurait actuellement considérer aucun de ces microbes comme l’agent pathogène de la stomatite ulcéreuse. Peut-être plusieurs d’entre eux peuvent-ils intervenir.

M. Galippe considère les stomatites aiguës vulgaires, de même que les stomatites toxiques en général et la stomatite mercurielle en particulier, comme des variétés ou des formes atténuées de la stomatite ulcéreuse de Bergeron, et leur assigne pour cause commune les micro-organismes pathogènes (staphylocoques, streptocoques, spirilles) de la salive.

Pronostic. — La guérison de la stomatite ulcéreuse est la règle;

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