‹ Manuel de médecineChapitre 79 sur 199 · LE GENDRE (Thèse de Paris · texte numérisé non relu

LE GENDRE (Thèse de Paris

10 Bull. de l’Académie de médecine, 1888.

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s’attachent les noms de MM. Mathieu et Rémond, Hayem et Winter!, elc., etc. Aujourd’hui l'analyse du suc gastrique est devenue un élément important de l’étude des gastropathies, trop important peut-être, car il a détourné toute l’attention à son profit et au détriment de l’élément clinique. D'ailleurs, les altérations sécrétoires ont une signification différente selon les auteurs. Pour M. Hayem?°, elles ont une importance de tout premier ordre, car elles indiquent toujours et sans aucun doute une gastrite et sont la raison première de tous les autres troubles liés aux gastropathies. Au contraire, MM. Charcot, Debove, Mathieu et Rémond, Bouveret et Devic, Soupault* admettent qu’elles peuvent aussi apparaître sous l'influence d’un trouble purement dynamique des fonctions gastriques, et qu’elles ne constituent ainsi qu’un des symptômes de la dyspepsie, et non la dyspepsie tout entière. Tel est aujourd’hui l’état de la science sur cette question.

Définition. — On désigne sous le nom de dyspepsie la difficulté habituelle de la digestion. Cet état morbide n’a pas d’existence individuelle, c’est un syndrome, survenant, soit pendant l’évolution d'une maladie organique de l’estomac, soit comme manifestation d’un trouble purement dynamique de ses différentes fonctions. Dans le premier cas, il s’agit de dyspepsie organopathique, dans le deuxième de dyspepsie fonctionnelle. C'est de celle-ci uniquement que nous nous occuperons dans ce chapitre. De plus, nous pensons ne pouvoir admettre sous ce nom que les troubles fonctionnels de l'estomac s’accompagnant de manifestations extérieures et de sensations appréciables pour le malade. Nous croyons cette manière de voir conforme à l’idée que la plupart des médecins se font de la dyspepsie. Sans doute elle est avant tout clinique et ne tient pas compte des troubles sécrétoires ou moteurs existant à l’état latent; mais, si nous reconnaissons l'intérêt que ceux-ci présentent en pathologie générale, il faut avouer qu’en clinique ils sont d’une médiocre importance, car nous n’avons aucun point de repère pour en soupçonner l'existence et ils restent ainsi forcément ignorés dans la plupart des cas.

Étiologie. — Les troubles fonctionnels de l'estomac doivent être considérés comme étant la manifestation locale d’un état général plus ou moins défectueux. Ils se montrent souvent dans le cours ou dans la convalescence des pyrexies infectieuses, dans les mala-

1. MATHIEU et RÉMOND (Gazette des hôpitaux, 1891). — HAYEM et WINTER, Le chimisme slomacal, Paris, 1839.

2. Hayem (Société médicale des hôpitaux, 1891, 1892 et 1893; — Gazelte hebdomadaire, 1892; — Bulletin médical, 1894, etc., etc.).

3. DEBOVE (Société médic. des hôpit., 1891). — MATHIEU et RÉMOND (2bid., 1892). — SOUPAULT (Thèse de Paris, 1893). !

dies des divers organes de l’économie, dans nombre de maladies générales chroniques, bref dans toutes les affections capables d’ébranler profondément l'organisme. Dans ces différents cas leur pathogénie est variable et bien souvent difficile à préciser. De plus les symptômes par lesquels ils se manifestent sont mal déterminés et difficiles à grouper dans une description d'ensemble. Nous ne nous en occuperons pas ici, Car ils trouvent tout naturellement leur place dans les chapitres qui traitent des affections dont ils dépendent.

Si l’on met à part les troubles gastriques dont il vient d’être question, la dyspepsie apparaît comme étant sous l'influence d’un état général de névropathie plus ou moins manifeste. Les dyspeptiques sont souvent des neurasthéniques, des hystériques, des névropathes plus ou moins qualifiés. Ou bien ils rentrent dans la catégorie des arthritiques, des neuro-arthritiques, des herpétiques, proches parents des précédents. La dyspepsie se rencontre encore dans les diverses formes d’aliénation mentale. Enfin, certaines lésions organiques du système nerveux, parmi lesquelles il faut citer surtout la paralysie générale et l’ataxie, provoquent des troubles gastriques par des mécanismes différents.

L'influence de l’état général sur la création de la dyspepsie est souvent aidée par des causes accessoires qu'on peut diviser en prédisposantes et déterminantes.

On peut induire de ce qui vient d’être dit que la dyspepsie fonctionnelle se rencontre de préférence à l’âge adulte. Pourtant on la trouve aussi dans l’adolescence et dans la vieillesse. Le sexe féminin y paraît plus disposé en raison de son caractère plus impressionnable et surtout des phénomènes nerveux engendrés si souvent par les fonctions sexuelles. L’hérédité est facile à retrouver dans nombre de cas, soit sous forme d’hérédité dyspeptique, soit sous forme d’hérédité nerveuse. L'influence des climats, des saisons, des altitudes est difficile à établir.

Les causes déterminantes, qu’on pourrait appeler agents provocateurs de la dyspepsie, sont des plus variées. On à de tout temps incriminé l'influence d’une alimentation mal réglée : irrégularité des heures de repas, insuffisance de la mastication, excès de table, repas trop copieux, ou au contraire jeûnes, abstinence, diète, disettes. Il faut aussi faire entrer en ligne de compte la qualité de l'alimentation. Beaucoup d'auteurs ont étudié la valeur des aliments et ont établi l'échelle de leur digestibilité. Nous ne croyons pas possible de formuler des lois à ce sujet, car on rencontre chez chaque individu des susceptibilités, des idiosyncrasies qui rendent illusoires toutes les tentatives de ce genre. On peut au contraire affirmer l’influence nocive de l'alcool sous ses différentes formes ; il agit non seulement

en créant des lésions de la muqueuse gastrique, mais encore en provoquant une véritable intoxication. Le tabac agit sans doute par ce dernier mécanisme. Disons enfin l'influence si souvent invoquée de l'abus des médicaments, notamment des purgatifs.

| Toutes les causes qui contribuent à troubler l'équilibre du système nerveux provoquent la dyspepsie ; tels le surmenage physique et moral, les excès de travail intellectuel, les chagrins, les préoccupations de toutes sortes, les émotions. Les troubles dont les différents organes sont le siège retentissent souvent par voie réflexe sur les fonctions de l’estomac, particulièrement chez les individus prédisposés. Parmi ces dyspepsies qu’on pourrait appeler sympathiques, il n’en est peut-être pas de plus fréquentes que celles qui se rattachent aux maladies utérines. On sait l'influence de la puberté et de la ménopause, et aussi celle de la dysménorrhée, des métrites, des inflammations péri-utérines, de la grossesse. Les troubles digestifs sont aussi parmi les complications les plus communes de la néphroptose, de l’entéroptose. Enfin, on connaît les symptômes gastriques d’origine intestinale, hépatique, cardiaque, etc., etc.

Nous devons signaler en terminant certaines causes moins connues de dyspepsie. Ce sont les intoxications diverses. Nous avons dénoncé plus haut l'influence de l'alcool et du tabac. On peut aussi noter l’action néfaste du plomb, de l’arsenie, de la morphine. Enfin certaines maladies infectieuses, la fièvre typhoïde et surtout la grippe, déterminent souvent des troubles gastriques d’une intensité et d’une ténacité désespérantes.

Symptômes. — Les troubles qui se montrent à l’occasion du travail de la digestion peuvent affecter divers groupements qui constituent des types cliniques offrant une certaine fixité, c’est-à-dire se reproduisant avec les mêmes allures, après chaque repas, chez un même malade. On peut y faire rentrer la majorité des cas que l’on observe. Mais on rencontre aussi des variétés cliniques où les symptômes et les troubles fonctionnels sont si mobiles et varient tellement d’un jour à l’autre qu’ils échappent à toute classification et à toute description. Nous allons successivement envisager ces différents cas.

A.— Un premier type de dyspepsie répond à la dyspepsie nerveuse de Leube, à l’atonie gastro-intestinale neurasthénique de Bouveret!, à la dyspepsie nervo-motrice de Mathieu’ ; je l’ai désignée souslenom de dyspepsie asthénique. En effet, elle répond assez exactement à l'insuffisance des fonctions de l’estomac. Elle se présente d’ailleurs

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