Société de biologie
2, Sociélé médicale des hôpitaux, 1892.
duit une exagération de la sécrétion du mueus, un véritable catarrhe muqueux qui est facile à constater dans les liquides extraits de lestomac.
À un degré plus avancé encore, notamment quand il s’est produit des érosions et des ulcérations superficielles, on peut constater une sensibilité assez vive à la pression du creux épigastrique, surtout le long de la grande courbure, des douleurs suivant immédiatement l'ingestion alimentaire, de l'intolérance gastrique se manifestant par des vomissements fréquents, de légères hématémèses. Enfin, lorsque les altérations de la muqueuse sont profondes, que les glandes sont dégénérées ou détruites, aux symptômes précédents s'ajoute une sensation constante de pesanteur, du ballonnement, des flatulences, etc. Arrivée à ce point, la gastrite s'accompagne toujours d’atonie musculaire et bientôt de dilatation. L’exploration permet de constater de la stase à jeun, et l’état de la sécrétion chlorhydro-peptique est tout à fait insuffisant. Il est à noter que la pepsine et le labzymogène diminuent en même temps que l'acide chlorhydrique, signe diagnostique important. Dans les cas de ce genre, le diagnostic est facile à faire avec l’hyperchlorhydrie et l’hypersécrétion, plus délicat avec la dyspepsie nerveuse grave. La marche de l’affection, les commémoratifs et les symptômes neurasthéniques devront alors être recherchés avec soin.
L'ulcère de l'estomac peut affecter plusieurs formes : la forme douloureuse est toujours confondue avec l’hypersécrétion simple. I] faut se rappeler qu'en l'absence de l’hématémèse ou du mélæna, il n’est pas possible de faire le diagnostic certain de l’ulcère. Celui-ci peut aussi revêtir le tableau de la dyspepsie asthénique (ulcère dyspeptique de Lebert) : la douleur intense, les crises gastralgiques, l’hémorrhagie manquent. Mais il existe un signe important : on constate l’hyperchlorhydrie dans les liquides gastriques vomis ou retirés par la sonde.
Le cancer, dont les variétés cliniques sont si nombreuses, peut simuler toutes les formes de dyspepsie. S'il existe une tumeur, le diagnostic sera facile; cependant il faudra se garder de confondre une tumeur gastrique avec une tumeur extra-gastrique. Si la tumeur n’est pas nette, l’anorexie, le dégoût de la viande, les hématémèses abondantes et répétées couleur de suie ou marc de café, l’hypochlorhydrie ou l’anachlorhydrie sont des signes de grande valeur, mais non pas tout à fait pathognomoniques. En général, c’est sur la marche de la maladie que s’appuiera avant tout le diagnostic. Le cancer est une affection de la deuxième partie de la vie. Sa marche est rapide et progressive, sans amélioration durable. L’amaigrissement et l’anémie surviennent vite et font de rapides
progrès. Enfin, la durée de la maladie ne dépasse pas dix-huit mois à deux ans.
Les sténoses pyloriques S’accompagnent souvent d’un syndrome analogue à celui de l’hyperchlorhydrie, qu’il existe ou non de la dilatation. Il faut en rechercher les causes diverses par la palpation du pylore et par les commémoratifs. Une des causes les plus curieuses etles moins souvent soupçonnées consiste dans les coudures brusques du duodénum produites par la dislocation verticale de l'estomac (voir au chapitre de la Dilatation).
Les douleurs dépendant de la dyspepsie seront facilement distinguées de la gastralgie qui n’est pas influencée par les repas, et des viscéralqies dont le siège et les irradiations spéciales permettront de reconnaître l’origine. Cependant le diagnostic est parfois très embarrassant entre l’hyperchlorhydrie et certaines crises de colique hépatique fruste dont la douleur siège au niveau du pylore, et dont l'apparition est jusqu’à un certain point subordonnée au passage des aliments dans le duodénum.
Dans bien des maladies, on observera des éfats gastriques simulant plus ou moins la dyspepsie. Souvent il sera facile de les rattacher aux maladies dont ils-dépendent. Mais quelquefois ils se montreront comme signes précurseurs de ces maladies : tel le syndrome gastrique initial de la tuberculose, telle la dyspepsie flatulente qui précède l’anémie, la méningite tuberculeuse, ete., etc. Ils seront alors facilement méconnus. On conçoit cependant toute l'importance du diagnostic dans ces cas.
La dyspepsie étant reconnue, il est indispensable de compléter le diagnostic en recherchant la cause qui lui à donné naissance. Cette recherche est de la plus haute importance, car, dans bien des cas, le pronostic et le traitement en dépendent.
Traitement. — Il varie nécessairement suivant le type dyspeptique que l’on observe. De plus, il y a lieu de tenir compte des indications fournies par chaque cas particulier.
Dans le traitement de la dyspepsie asthénique, on instituera d’abord la médication des symptômes locaux : douleur, atonie gasirique, insuffisance de la sécrétion. Mais on ne devra pas oublier que cette forme dyspeptique n’est souvent que la manifestation locale d’un état général de neurasthénie, et qu’il est indispensable de relever les forces du malade si l’on veut obtenir une amélioration sérieuse et durable. :
Pour exciter le muscle gastrique, on peut prescrire les amers qui passent encore pour réveiller l'appétit et exciter la sécrétion. Les plus employés sont la gentiane, le quassia amara ou son alcaloïde la quassine, le colombo, le condurango, la rhubarbe, la noix
vomique ou son alcaloïde la strychnine. Celui-ci, qui, expérimentalement, s’est montré le plus efficace, peut se donner sous forme de gouttes de Baumé, d'extrait ou de poudre de noix vomique. On peut aussi employer le seigle ergoté, dont l’action sur les fibres lisses est bien connue. On a aussi conseillé l’ipéca à petites doses.
Les alcalins, en petite quantité et pris avant le repas, excitent ba sécrétion gastrique. C’est un fait aujourd’hui bien connu. Le bicarbonate de soude sera préféré, soit sous forme d’eau de Vichy ou de Vals (un grand verre pris une demi-heure avant le repas, soit en paquets d'environ 90 centigrammes). — Penzoldt a vanté le chlorhydrate d’orexine (environ 30 centigrammes sous forme de pilules prises avant chaque repas); Klemperer recommande la créosote (dix à quinze gouttes de solution alcoolique au quinzième), et Bourge vante l'alcool de menthe. — Dans les cas graves, lorsque la sécrétion gastrique est très diminuée ou nulle, on peut prescrire lacide chlorhydrique, qui paraît, au contraire, inutile dans les cas légers. On le donne sous forme de solution à 3 ou 5 d’acide pour 1000, dont le malade prend environ deux ou trois petits verres à madère à la fin du repas. Les ferments digestifs sont inutiles. On sait, en effet, qu’ils ne disparaissent que dans les cas de gastrite atrophique.
La douleur est souvent assez légère pour ne pas réclamer une médication spéciale. Dans quelques cas cependant elle domine la scène. Alors on sera autorisé à donner les médicaments nervins, l’opium, la belladone, la cocaïne, l’extrait de cannabis indica, l’eau chloroformée, le menthol. Les mêmes médicaments seront employés contre les vomissements, qui sont souvent le résultat de l’excès de la douleur.
Il n’y a pas lieu, le plus souvent, de prescrire un régime sévère. On doit surtout tenir compte de l’expérience acquise par le malade lui-même et lui donner les mets qu’il digère le mieux. Mais il faut à tout prix que l’alimentation soit suffisante. Si l’anorexie y met obstacle, il est bon de pratiquer l'alimentation artificielle et la suralimentation à l’aide des poudres alimentaires introduites par la sonde.
Enfin, quelques auteurs recommandent l'emploi des agents physiques, de l’électrisation de l’estomac (faradisation ou galvanisation), du massage de l'estomac, qui, dit-on, serait très efficace contre l’élément douleur. Le cathétérisme, dans les cas légers, est plus nuisible qu’utile; il est, au contraire, formellement indiqué dans les cas graves, compliqués de rétention et d’ectasie gastrique,
Le traitement hygiénique doit, dans tous les cas, être conseillé avec insistance. Les malades devront prendre de l’exercice, exercice modéré et n’allant jamais jusqu’à la fatigue. Il est bon d’écarter autant que possible de leur esprit les sujets de préoccupation. les sou-
cis et les chagrins. Il peut même être utile, dans certains cas, de les changer de milieu. Le séjour à la campagne, à la montagne ou aux bords de la mer donne souvent des résultats qu’on demande en vain aux seuls médicaments. Enfin, les frictions générales, les massages, les douches tièdes, la pratique du tub, dans quelques cas l’électrisation statique seront des adjuvants très utiles du traitement.
Le traitement de l’hyperchlorhydrie est relativement assez simple. Les crises gastralgiques constituent au moins au début toute la maladie. Or on admet qu’elles sont sous l'influence d’un excès de sécrétion du suc gastrique. L’indication capitale est donc de supprimer la douleur en saturant l’acidité gastrique par les alcalins. Le bicarbonate de soude paraît devoir être préféré à tous les autres. On peut lui substituer ou lui associer la magnésie calcinée, le phosphate ammoniaco-magnésien, la craie préparée. En tout cas, ces substances seront données 4 doses élevées. Il importe d’insister sur leur mode d'administration. La dose que l’on aura choisie sera divisée en trois ou quatre paquets. Le premier sera donné environ trois heures après le repas, précisément au moment où débute la crise douloureuse; les autres seront pris successivement à une demi-heure d’intervalle.
Quelques auteurs conseillent d'associer aux alcalins proprement dits le sulfate de soude, le phosphate de soude, le sous-nitrate de bismuth qui agiraient favorablement contre l’irritation de la muqueuse, amenée par l’hyperacidité gastrique.
Peut-on remplacer les alcalins par les eaux minérales? Nous ne le croyons pas, et, si les cures thermales (Vichy, Vals, Carlsbad) peuvent être ici de quelque secours, c’est à la condition expresse de n'être considérées que comme des adjuvants de la médication alcaline intensive.
Le plus souvent cette médication donne très rapidement des résultats. Les douleurs disparaissent comme par enchantement. Mais quelquefois les malades sont incomplètement soulagés. On peut alors associer aux alcalins les nervins proprement dits, bromures, opium, belladone, cocaïne.
Dans les cas d’hyperchlorhydrie simple, ce traitement suffit le plus souvent à amener une amélioration notable. Lorsque la maladie est passée à la phase d’hypersécrétion permanente, on peut chercher à diminuer la sécrétion par l'emploi du nitrate d'argent (Reichmann) ou de l’atropine (Bouveret) ou de la morphine. Malheureusement, ces moyens donnent des résultats sujets à caution. Au contraire, le cathétérisme de l’estomac agit assez heureusement en soulageant les douleurs et en diminuant l’irritation gastrique. On évacue d’abord les produits de la sécrétion et les liquides de stase, puis on lave l’esto-
mac, soit avec une solution d’eau tiède pure ou alcaline, soit avec des solutions médicamenteuses, telles que le borate de soude, le nitrate d'argent, le permanganate de potasse, l’acide salicylique, acide lactique. Le cathétérisme sera fait une seule fois par jour, le matin à jeun, et sera pratiqué autant que possible par le médecin.
Le régime a, dans l’hyperchlorhydrie, une tout autre importance que dans la dyspepsie asthénique. Dans l’hyperchlorhydrie simple, il suffit d'éviter l’irritation gastrique en interdisant absolument les boissons alcooliques et les substances excitantes, telles que café, condiments, épices, sauces, substances grasses. La meilleure boisson est l’eau pure ou le thé très léger, ou encore le lait coupé d’un ou deux tiers d’eau. La quantité en importe peu. Chez les malades atteints d’hypersécrétion continue, le régime doit être plus sévère. On donnera de préférence les aliments azotés, la viande fraîche, les laitages, les œufs sous différentes formes. Les féculents seront réduits au strict nécessaire et mangés sous forme de purée. On les remplacera avantageusement par des fruits très mûrs ou des fruits cuits, des confitures. Les matières grasses seront absolument interdites. Le nombre et l'heure des repas seront bien réglés; ceux-ci seront faits lentement, de façon que les aliments soient bien mächés et ne remplissent pas trop vite l’estomac.
Telle est la règle de conduite à adopter dans la plupart des cas. Toujours il faudra repousser l’alimentation rectale temporaire préconisée par quelques auteurs. Exceptionnellement et toujours pour un temps assez court, il sera indiqué d’avoir recours au régime lacté exclusif (4 litres de lait contiennent à peu près la quantité de principes nutritifs nécessaires à la ration d’entretien). Enfin, dans les cas où pour une raison quelconque l’amaigrissement, la neurasthénie, l’anémie sont le fait de la maladie ou d’un régime trop déprimant, la suralimentation par les poudres alimentaires donnera d’heureux résultats.
Nous savons que les hyperchlorhydriques sont des névropathes. Il faut leur éviter les préoccupations, les excès de travail, le surmenage sous quelque forme que ce soit. Les congés, les vacances, le séjour à la campagne amènent un grand apaisement. Le séjour à la montagne doit être bien préféré au séjour au bord de la mer, ordinairement mal toléré. On pourra ajouter à ce traitement hygiénique les pratiques de l’hydrothérapie.
Tout ce que nous venons de dire se rapporte au traitement de la maladie type. S'il survient des crises aiguës, des paroxysmes douloureux, il n’existe guère d’autre traitement que la piqûre de morphine.
Il va sans dire que dans le traitement de la dyspepsie, quelle qu’elle soit, le médecin devra se préoccuper de savoir si la maladie
n’est pas provoquée ou entretenue par l’état de souffrance d’un organe. Nous avons vu la fréquence des dyspepsies réflexes. Il importe de s’en souvenir, car, si l’on néglige d’instituer le traitement de l'affection causale, les troubles gastriques qui en sont la conséquence seront souvent insuffisamment amendés,
M. SOUPAULT.
Sous cette fdénomination, on doit comprendre les troubles de la sensibilité, de la motricité et de la sécrétion de l’estomac, qui, indépendants de toute altération primitive de l’organe lui-même, relèvent d’une modification dynamique de l’activité des nerfs ou des centres nerveux.
On peut classer les névroses de l’estomac en plusieurs groupes :
Un premier groupe est constitué parles dyspepsies que nousavons décrites au chapitre précédent. Puis viennent les névroses de la sensibilité, les névroses de la motilité, les névroses de la sécrétion. Ces groupements sontpeut-être un peu artificiels, car souvent les névroses simples se fusionnent pour constituer des névroses mixtes.
A. TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ SPÉCIALE. — Certains malades ont une exagération de la sensation de faim. On les dit atteints de BouLI- MIE. La faim qu’ils ressentent est impérieuse. S'ils ne la satisfont pas tout desuite, ils éprouvent à l'estomac une sensation de vide, decrampe qui s'accompagne d’un malaise général, d’un anéantissement extrême avec vertiges, céphalée, tremblements, sueurs froides, tendance à la syncope. Tous ces phénomènes disparaissent quand ils ont mangé plus ou moins, souvent même modérément. Mais bientôtils ressentent de nouveaux malaises; la durée du sentiment de satiété est très
courte chez eux. Aussi vivent-ils dans une anxiété perpétuelle, craignant d'être pris au dépourvu, et portant toujours sur eux des ali- | ments, de façon à pouvoir satisfaire tout de suite leur impérieux © besoin de manger.
La boulimie peut se montrer sous forme d'accès aigus et passagers durant à peine deux ou trois jours et ne se reproduisant qu’à longs intervalles. Plus souvent elle estchronique, avec des rémissions et des exacerbations de plus ou moins longue durée : elle peut alterner avec | d’autres névroses, même avec l’anorexie nerveuse.
La boulimie peut être d’origine centrale, résultant peut-être de l'excitation d’un centre spécial, centre de la faim : telle est la boulimie qu’on observe dans les névroses, dans les lésions encéphaliques, dans les maladies mentales, dans les maladies générales, le diabète, les hémorrhagies graves, la grossesse, etc. — Elle peut être aussi d’origine périphérique, comme dans les hyperchlorhydries, l'helminthiase,
Le traitement dépend de la maladie causale. Localement on peut employer les anesthésiants de la muqueuse gastrique, laudanum, morphine, cocaïne, bromure de potassium.
Il ne faut pas confondre la boulimie avec la POLYPHAGIE OU ACORIE, qui est la perte du sentiment de satiété: les malades qui en sont atteints n’ont pas une faim exagérée, mais ils n’ont jamais assez mangé.
Cette névrose serait due à une anesthésie des nerfs de l’estomac : elle s’observerait d’ailleurs dans les mêmes conditions que la boulimie avec laquelle elle peut alterner. Le traitement consiste à surveiller les malades afin de les empêcher de trop manger.
L’ANOREXxIE est la perte de l’appétit. On note souvent au cours de diverses gastropathies une diminution plus ou moins prononcée de l’appétit. Les malades ont un invincible dégoût des aliments, dégoût qu'ils ne peuvent surmonter malgré tous leurs efforts, et sans provoquer de nausées et parfois de vomissements. Mais l’ANOREXIE NERVEUSE, décrite pour la première fois par Lasègue ‘,a une allure toute spéciale. Elle consiste dans le refus systématique de l'alimentation, aussi M. Sollier? a-t-il proposé de remplacer le terme anorexie par le mot plus explicite de sitieirgie (de oïros, aliment, et etpyo, je refuse).
La malade, car c’est plus souvent d’une femme qu’il s’agit, réduit progressivement son alimentation. Au début, elle supprime les mets qu’elle prétend mal digérer; puis peu à peu elle arrive à prendre des quantités véritablement insignifiantes d'aliments. Cette diète peut durer des mois entiers, pendant lesquels l’anorexique, avec une
1. LASÈGUE, Études médicales, Paris, 1884, t. II. 2. SOLLIER, Anorexie hystérique (Rev. de méd., août 1891).
insouciance que Lasègue a bien mise en lumière, refuse de céder aux inquiétudes de son entourage et aux remontrances pleines de menaces de son médecin. Les raisons que les malades invoquent pour expliquer leur refus de manger sont de différentes natures: la plupart ont une véritable sitophobie, soit que l'aliment leur paraisse immense, monstrueux, beaucoup trop gros pour être avalé ; soit par la crainte quelquefois justifiée, mais le plus souvent imaginaire, de réveiller des sensations pénibles : hyperesthésie du pharynx, spasme de l’œsophage, gastralgie, vomissements, diarrhée, etc.; d’autres ont de l’anorexie par causes morales; elles refusent de manger par coquetterie, par désir de s’amineir la taille, par besoin de se rendre intéressantes, par idée de suicide, ou seulement pour le simple plaisir de contrarier leur famille. Dans quelques cas on à pu invoquer une exaltation pathologique du sentiment religieux, le désir de vivre d’une vie immatérielle.
Quoi qu’il en soit, la santé générale ne paraît pas beaucoup s’altérer au début. Elle peut se maintenir satisfaisante pendant des mois et des années. Mais il arrive une époque où les symptômes d’inanition apparaissent : amaigrissement, perte des forces, pâleur, abattement. La peau est sèche, rugueuse, les extrémités sont cyanosées. L’estomac et l'intestin sont rétractés, le pouls est faible et lent; la respiration superficielle. La température centrale s’abaisse : des ædèmes cachectiques apparaissent; enfin, si elles ne reviennent pas à temps de leur funeste détermination, les malades meurent tantôt de tuberculose, tantôt d’une maladie intercurrente, tantôt enfin d’inanition.
L’anorexie nerveuse se rencontre souvent chez les aliénés ; mais elle se montre aussi avec une certaine fréquence chez les hystériques et plus spécialement dans le sexe féminin. Tantôt on trouve en même temps chez les malades des stigmates hystériques, tantôt au contraire l’anorexie paraît primitive. C’est ce qui arrive le plus souvent chez les jeunes filles de quinze à vingt ans. Dans ces cas d’hystérie monosymptomatique, la maladie est plus grave, plus tenace.
Heureusement, un traitement bien dirigé modifie assez rapidement cet état morbide. Isoler la malade aussi rigoureusement que possible est la première indication à remplir. Lorsque l’anorexique est séparée de tous ceux qui l’entourent habituellement, l'influence du médecin est beaucoup plus grande. Celui-ci usera d’abord de persuasion; mais, s’il ne réussit pas, il devra recourir à la menace de la douche, à l’alimentation par la sonde, à la suggestion. Bref, ce qui importe avant tout, c’est de ne pas céder. En général, lorsque le traitement est sérieusement institué, les résultats ne se font pas attendre : l’appétit renaît; les forces reviennent progressivement;
l’état mental s’améliore. Assez rapidement, la guérison survient. Mais elle ne peut être considérée comme définitive que lorsque, depuis plusieurs semaines, l'alimentation se fait régulièrement et sans contrainte.
B. TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ GÉNÉRALE. — On les groupe habituellement sous le nom de gastralgies. :
La gastralgie se rencontre plus ou moins accentuée dans toutes les affections de l'estomac. Elle fera l’objet d’un chapitre spécial (p. 405). Mais nous devons insister ici plus particulièrement sur les cas de gastralgie essentielle, de gastralgie indépendante de toute altération organique de l'estomac.
Elle se présente sous différents aspects :
1° L’HYPERESTHÉSIE DE LA MUQUEUSE GASTRIQUE se Caractérise de la façon suivante : à jeun, les malades ne souffrent pas de l’estomac, mais le contact des aliments sur la muqueuse gastrique y provoque des sensations pénibles, tantôt une simple pesanteur, tantôt une douleur véritable qui varie de nature et d’intensité, selon les sujets. Tantôt la douleur est le seul symptôme que l’on observe, tantôt.elle s’accompagne d’autres phénomènes et particulièrement de vomissements. En tout cas, elle est indépendante des troubles de la sécrétion gastrique. Ilexiste presque toujours de la sensibilité à la pression.
On observe l’hyperesthésie gastrique dans l’hystérie, la neurasthénie, la chloro-anémie, à la suite des maladies graves.
Elle est quelquefois difficile à distinguer d’un ulcère de l'estomac. Cependant, dans cette dernière affection, la douleur s’accroit progressivement pour atteindre son maximum trois ou quatre heures après le repas ; la sensibilité à la pression est localisée en un point assez limité ; enfin, l'examen du suc gastrique révèle l’hyperchlorhydrie.
Le traitement consiste dans le régime lacté mitigé. Les narcotiques ont peu d’action. Rosenheim a obtenu de bons résultats en administrant à ses malades une solution de nitrate d'argent à 0,20 pour 100 (une cuiller à bouche dans un verre d’eau, matin et soir). I] va sans dire qu’on devra aussi traiter la maladie causale.
2° La GASTRALGIE proprement dite est la névralgie des nerfs de l’estomac. Elle procède par accès plus ou moins longs et fréquents. L'accès est spontané et indépendant de l’ingestion des aliments. Tantôt il éclate brusquement, tantôt il s’annonce par des signes prodromiques, éructations, nausées, pyrosis, salivation. Tantôt la douleur est localisée à la région épigastrique, tantôt elle irradie en différentes directions. Elle varie de nature et d'intensité. Dans les
accès violents, le malade a la face pâle et les traits contractés, il pousse des cris, cherche par toutes les positions possibles à diminuer l'intensité de son mal, et comprime avec force la région douloureuse. Souvent cette violente douleur s'accompagne de vertige et de défaillances. Les vomissements sont inconstants. L'accès dure quelques minutes à un quart d'heure, une heure; il peut reparaître plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. Parfois, on observe des accès subintrants. La crise gastralgique peut être constituée par un seul accès; elle peut être longue, les accès se répétant pendant plusieurs jours de suite et constituant une véritable crise gastrique.
La gastralgie s’observe dans les névroses, l’hystérie, la neurasthénie, le goître exophtalmique, etc. Elle est fréquente, spécialement sous forme de crises gastriques, dans certaines affections organiques du système nerveux et, en particulier, le tabes. Elle reconnaît encore pour cause la chlorose, la goutte, l’impaludisme, les intoxications provoquées par le tabac, la cocaïne, etc., etc.
Le diagnostic de la gastralgie est, en général, facile. On ne la confondra pas avec les névralgies superficielles de la peau ou du plan musculaire de la région épigastrique : l’épigastralgie et la névralgie des nerfs intercostaux sont accompagnées de points douloureux à la pression. Les coliques hépatiques seront reconnues au siège de la douleur dans l’hypochondre droit et à ses irradiations dans l’épaule droite ; le foie est hypertrophié ; il y a souvent du subictère des conjonctives. Théoriquement, il y a lieu de distinguer la gastralgie simple de la gastralqie due à l'hypersécrétion intermittente du suc gastrique, dont nous ferons l’histoire dans un prochain chapitre (p. 404). Au diagnostic de la maladie devra toujours s’ajouter le diagnostic de l'affection causale.
On a proposé un grand nombre de médications internes ou externes pour le traitement de l’accès gastralgique. Il n’y en a qu’une efficace : c’est la piqûre de morphine. Dans l'intervalle des accès, on doit prescrire un traitement variant nécessairement avec l’affection causale.
Il. NÉVROSES DE LA MOTILITÉ
Les névroses de la motilité sont nombreuses. Les unes, fréquentes, faciles à apprécier cliniquement, se présentant souvent à l'observation du médecin, seront décrites en détail; tels le vomis-
sement, l’éructation nerveuse, le mérycisme. Au contraire, nous ne dirons que quelques mots des névroses plus rares qui ont besoin d’être recherchées et qui intéressent à un moindre degré le médecin, tant à cause de leur symptomatologie obscure, qu’à cause de la bénignité de leur pronostic.
VOMISSEMENTS NERVEUX. — On trouvera dans un chapitre spécial de ce livre tout ce qui concerne la pathologie du vomissement. Aussi ne décrirai-je ici que le vomissement nerveux proprement dit, qu’on pourrait appeler vomissement nerveux essentiel, parce qu'il est indépendant, du moins dans l’état actuel de nos connaissances, de toute lésion organique de l’estomac ou du système nerveux, et de toute intoxication alimentaire ou médicamenteuse.
Nous en étudierons deux variétés :
1° Le vomissement périodique ! procède par accès plus ou moins longs et fréquents, dans l'intervalle desquels l’estomac est sain, les digestions parfaites. Les émotions morales, le surmenage physique et moral, quelquefois un traumatisme peuvent provoquer un accès, qui d’autres fois éclate sans cause.
Le début de l’accès est ordinairement brusque, plus rarement annoncé par des nausées. Le vomissement est le symptôme prédominant; ilest accompagné d’une douleur épigastrique ordinairement légère, mais parfois intense et irradiant en différentes directions. Il y a aussi de l’anorexie et une soif vive. Les vomissements surviennent spontanément, se renouvelant plus ou moins fréquemment dans la journée. Ils se font avec des efforts violents, souvent. accompagnés de crampes des parois abdominales. Les matières rendues sont composées de mucosités claires et filantes, légèrement teintées de bile et neutres au tournesol. Les derniers efforts sont suivis du rejet d’une certaine quantité de bile pure. L’intolérance gastrique est absolue. Toute tentative d'alimentation provoque une crise de vomissements qui rejette d’abord les substances ingérées, puis du mucus et de la bile. L'analyse des liquides rendus y montre l’absence d’acide chlorhydrique, ce qui distingue le vomissement nerveux de la crise d’hypersécrétion.
Après le vomissement, le malade est brisé, abattu, incapable de tout effort. IL peut même y avoir des lipothymies, des syncopes. Pendant toute la durée de l'accès, le ventre est rétracté, la constipation absolue, les urines très rares; on observe quelquefois même de l’anurie complète.
La durée de l’accès est variable, elle peut durer quelques heures