‹ Manuel de médecineChapitre 84 sur 199 · BouverET (Rev. de méd · texte numérisé non relu

BouverET (Rev. de méd

MÉRYCISME OU RUMINATION !. — Chez quelques sujets, les aliments remontent après les repas sans nausées et sans efforts de l’estomac dans la bouche où ils sont soumis à une nouvelle mastication, puis de nouveau déglutis : c’est ce qui constitue le mérycisme ou rumination.

Quelques personnes ont la faculté de provoquer la rumination à volonté. Plus souvent cet acte est involontaire. Certains individus ne ruminent qu’accidentellement à la suite d’un effort violent, d’une émotion, d’une colère. Chez d’autres au contraire, l’acte du mérycisme se produit après chaque repas. Souvent il est précoce et commence cinq ou dix minutes après la fin du repas; quelquefois il est retardé d’une ou plusieurs heures. Il est ordinairement précédé d’une sensation de pesanteur et de plénitude épigastrique qui devient pénible si le malade veut empêcher le reflux des aliments.

La rumination dure un temps plus ou moins long et la quantité d'aliments ruminés est fort variable. Le plus ordinairement, elle dure une heure et demie à deux heures et le nombre de bouchées est d'ordinaire de douze à quinze. Les aliments le plus mal mâchés reviennent ordinairement les premiers. Il est rare que les liquides refluent dans la bouche. Plus rare encore est la rumination élective. Les aliments n’ont pas d'ordinaire une saveur désagréable. Les malades retrouvent même souvent un certain plaisir à cette seconde mastication.

Les fonctions digestives ne sont ordinairement pas troublées et l’on n’observe aucun autre phénomène dyspeptique. Quelquefois cependant il y a des troubles de l’appétit (anorexie, boulimie, polyphagie). On peut observer aussi des troubles dyspeptiques variés sur lesquels nous ne pouvons insister. Aux phénomènes dyspeptiques S’ajoutent souvent des phénomènes névropathiques. Dans plusieurs observations récentes ? l'examen du chimisme stomacal a été fait. Les résultats variables de ces analyses prouvent qu'il n’y à pas de rapport entre le mérycisme et les troubles de la sécrétion.

Le mérycisme est plus fréquent chez l’homme que chez la femme. Aucun âge n’y est plus spécialement prédisposé. L’affection est souvent héréditaire. Les malades sont fort souvent des névropathes; souvent le mérycisme se rencontre chez les aliénés atteints de polyphagie. L’imitation paraît jouer aussi un certain rôle, surtout chez les hysté-

riques et les neurasthéniques. |

1. Pour plus de détails, consulter le très intéressant mémoire de BoURNEVILLE et SÉGLAS: Mérycisme (Arch. de neurol., 1883).— Voir aussi TuRMEL (Thèse de Paris,1894).

2. Voir : JURGENSEN (Berliner klinische Wochenschrift, 1888).— Boas (ibid., 1888). — ALT (ibid., 1885). — Decker (München. med. Wochenschrift, 1892). — Noeckr (Neurologisches Centralblatt, 1893).

On ne sait sous quelle influence se produit la rumination. Elle a été considérée comme une névrose réflexe et le point de départ du réflexe a été attribué à une perversion de la sensibilté propre de la muqueuse gastrique. Î[l est assez curieux cependant de constater avec Jürgensen ! et M. Debove? l'impossibilité où sont les mérycoles de ruminer les aliments introduits par la sonde.

La maladie n’a aucune gravité dans la majorité des cas. Cependant quelques patients, au lieu de déglutir à nouveau les aliments ruminés, les rejettent. Cette habitude peut entrainer une véritable inanition.

Le traitement consiste à régler le régime. Il faut donner des aliments liquides ou finement divisés, et en tout cas il faut recommander aux malades de mâcher complètement les aliments avant de les déglutir. De plus, le malade doit déglutir immédiatement et éviter avec soin de mâcher de nouveau les aliments qui ont reflué dans la bouche. On a employé sans grand succès les anesthésiques de l’estomac, la glace, l’électrisation du cardia, etc. On peut à la rigueur employer pendant quelque temps l'alimentation par la sonde.

Indépendamment des affections que nous venons de passer en revue, on à l'habitude de décrire encore parmi les névroses de la motilité des états gastriques dont les symptômes sont des plus obscurs. Nous n’en dirons que quelques mots.

a. — Küssmaul* a décrit sous le nom d’agitation péristaltique de l'estomac un état caractérisé par l’incessante répétition des mouvements péristaltiques de l’estomac, qu’on voit se dessiner sur la paroi abdominale. Ces contractions se produisent soit spontanément, soit sous l'influence d’excitations de la paroi abdominale.

b. — La gastroplégie est la paralysie de la tunique musculaire de l'estomac survenue à la suite de traumatismes sur le dos ou l’épivastre, à la suite de laparotomie, ou sans cause. Les symptômes sont ceux de la dilatation grave de l'estomac, mais ils apparaissent d’ordinaire subitement.

c. — L’incontinence du pylore a été signalée par Ebstein “. Elle se reconnaît à ce que, en introduisant dans l’estomac un mélange effervescent, la distension de l’organe ne se produit pas, tandis qu’il se produit une tympanite de l'intestin.

Elle s’accuse encore cliniquement par ce fait que la sonde introduite peu de temps après l’ingestion des aliments n’en ramêne qu’une quantité minime.

JURGENSEN (Berliner klinische Wochenschrifl, 1888). DEBOvE et RÉ“OND, Traité des muladies de l'estomac. KussuAuL (Vollimann’s Sammlung, 1881).

EsTEin (Volkmann’s Sammlung, 1879).

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