REICHMANN (Berliner klinische Wochenschrift
3. Sani (Corresp.-Bl. f. schweiz. Aerzte, 1885). — Boas (Deulsche medic. Wochenschrift, 1889). — SouPAULT (Rev. de méd., 1893).
neurasthéniques, chez de simples névropathes (crises gastriques essentielles de Debove et Rémond !).
Jusqu'ici on n’a trouvé aucun médicament capable d'arrêter un accès d’hypersécrétion intermittente. M. G. Lyon? dit avoir réussi dans un cas avec le bicarbonate de soude à haute dose. Je n’ai rien observé de semblable.
Seule l'injection sous-cutanée de morphine soulage un peu les malades sans les calmer tout à fait. Il est aussi fort difficile de prévenir le retour des accès. Cependant on obtient d'assez bons résultats en ordonnant un régime sobre et en conseillant d'éviter les émotions morales vives, le travail excessif, etc. L’hydrothérapie paraît aussi avoir donné de bons résultats.
M. SouPAULT.
On donne le nom de gastralgie (crampes d'estomac, cardialgie) à la névralgie des nerfs de l’estomac.
La crise gastralgique douloureuse est un symptôme morbide parfois essentiel et protopathique, constituant alors à lui seul toute la maladie ; c’est presque toujours un phénomène secondaire, ressortissant aux états pathologiques les plus variés.
Comme toute névralgie, la gastralgie procède par accès distincts, que séparent souvent des périodes d’accalmie complète.
Description du symptôme. — La crise gastralgique. — La douleur est le signe essentiel de la gastralgie, elle peut en être le symptôme unique ; elle a le plus souvent un point d'élection fixe d'où partent des irradiations multiples; suivant son intensité et sa durée, elle s’accompagne ou non de phénomènes généraux de gravité variable.
Le paroxysme douloureux peut survenir d'emblée et atteindre très vite son maximum d’acuité ; le plus souvent il est précédé de prodromes, parmi lesquels il convient surtout de noter : la sensation de
1. DEBOVE (Soc. méd. des hôp., 1889). — RÉMOND (Arch. gén. de méd., 1889). 2. G. Lyon (Thèse de Paris, 1889).
tension épigastrique, les éructations, les nausées, la salivation, le pyrosis; la douleur n'apparaît qu’à la suite de ces différents phénomènes.
Cette douleur occupe surtout l’épigastre et l’hypochondre gauche ; une simple pression en ce point suffit le plus souvent à la rendre plus vive ; mais elle persiste, continue et spontanée, pendant toute la durée de l’accès. De là, elle tend à irradier dans toutes les directions, mais surtout dans le dos, entre les omoplates, sur les côtés du thorax, vers la base de la poitrine; elle peut s'étendre à tout l’abdomen, envahir les hypochondres, gagner la région.lombaire, atteindre parfois jusqu’au cordon spermatique. D’autres fois, elle se prolonge derrière le sternum, s’accompagnant alors de pyrosis.
Les caractères de cette douleur sont extrêmement variés. Elle est pongitive, constrictive, lancinante, térébrante ou angoissante ; les malades accusent tantôt une sensation violente de constriction thoracique, tantôt des brûlures dans l’estomac.
L’accès est-il léger, la douleur est tolérable; elle s'accompagne seulement chez certains malades, chez les hystériques ou les chlorotiques, de sensations insolites de faim et de soif, de boulimie; tous phénomènes anomaux et surajoutés qui sont susceptibles de persister dans l'intervalle des crises.
L'accès est-il plus sévère, la douleur épigastrique devient extrême, les irradiations sont à la fois plus multipliées, plus intenses, plus pénibles ; sur le facies altéré du patient se peint l’anxiété la plus vive; le visage devient d’une pâleur extrême, les traits angoissés se contractent violemment, les extrémités se refroidissent ; tout effort rendant plus aiguë cette douleur déjà si vive, le malade évite de tousser, de respirer fortement, il n’ose même pas parler; il s’assied sur son lit, fléchit le tronc en avant, relâche les muscles abdominaux, cherchant ainsi dans une position meilleure une atténuation à sa souffrance.
Un des caractères les plus importants du vrai paroxysme gastralgique est d’être indépendant de toute alimentation ; l’ingestion des aliments paraît même l’atténuer quelquefois; mais il ne faut pas oublier de dire que ce dernier caractère ne semble appartenir en propre qu’à l’accès gastralgique de l’hyperchlorhydrie et de l’hypersécrétion.
Marche. Durée. — L'accès dure quelques minutes, un quart d'heure; il peut persister pendant plusieurs heures. Dans certaines crises les accès sont subintrants, ils reparaissent plusieurs fois dans les vingt-quatre heures et même plusieurs jours de suite (ceciest surtout fréquent dans les crises gastriques du tabes).
La durée des accès est d’ailleurs en rapport et varie avec les causes
qui les produisent. La gastralgie essentielle, protopathique, purement névrosique, est ordinairement légère ; la gastralgie consécutive soit à une affection de l’estomac, soit à une lésion des centres nerveux, est généralement grave, rebelle, de longue durée.
Presque toujours, les crises cèdent peu à peu, la terminaison en est souvent annoncée, soit par un vomissement, soit par une miction abondante, soit par une sensation extrême de faim, ou par un impérieux besoin de sommeil.
Étiologie. Diagnostic étiologique. — La GASTRALGIE ESSENTIELLE existe à n’en pas douter : le paroxysme douloureux qui la caractérise peut se produire indépendamment de toute affection de l'estomac ou de tout état pathologique antérieur; mais, s’il faut l’admettre et la décrire, il faut mentionner en même temps que son domaine semble chaque jour se rétrécir davantage. Plus la pathologie de l’estomac progresse, plus on connaît les troubles sécrétoires dont cet organe est le siège, mieux on s’aperçoit que beaucoup de ces cas de gastralgie dite essentielle procèdent soit de l’hyperchlorhydrie, soit de l’hypersécrétion.
Il n’en est pas moins vrai que l’excitabilité anomale des nerfs sensitifs de la muqueuse qui constitue cette gastralgie protopathique peut être mise en jeu par de nombreux agents et exister à l’étatisolé.
Ce sont surtout les ingesta ou les médicaments qui provoquent cette variété de gastralgie. Les aliments les plus aptes à la produire sont : les épices, les condiments, le café, alcool, la glace. ; les médicaments qui l’engendrent le plus volontiers sont : les purgatifs drastiques, le copahu, la térébenthine, la quinine, le mercure, les iodures, la digitale, l’acide chlorhydrique, etc. Le tabac est aussi accusé de produire la gastralgie, du moins chez les fumeurs qui n’ont point encore acquis la tolérance.
Dans cette variété, les douleurs sont rarement intolérables ; elles cèdent facilement ; elles s’accompagnent d’une réaction générale légère; il suffit, presque toujours, pour la voir disparaître, de supprimer la cause qui la produit; c’est la variété de gastralgie de beaucoup la moins rebelle.
GASTRALGIE D’ORIGINE GASTRIQUE. — Les affections de l’estomac sont les causes les plus fréquentes des douleurs gastralgiques ; nous ne ferons cependant que signaler leurs principaux caractères, car aux chapitres consacrés aux différentes gastropathies, les douleurs paroxystiques douloureuses sont décrites avec leur phénoménalité clinique spéciale.
Dans l’ulcère simple, la douleur gastrique est un des termes les plus importants de la triade symptomatique classique. Elle y est spécifiée par son siège double à l’épigastre et en un point de la
colonne dorsale, par le rapport certain qui existe entre l’apparition du paroxysme douloureux et l’ingestion des aliments, par son exaspération suivant les différentes positions occupées par le malade; par ses caractères d’acuité extrême, d’où les dénominations de douleur rongeante, brûlante, constrictive, enfin par sa disparition presque constante à la suite des hématémèses.
L'accès gastralgique du cancer de l’estomac diffère dans ses grandes lignes du type précédent. La douleur est moins localisée, moins nettement influencée par lingestion des aliments, elle est moins intense; c’est une sensation douloureuse sourde, lancinante, quelquefois rongeante ou térébrante, dit Brinton; elle persiste plus longtemps et ne disparaît que peu ou pas à la suite des vomissements.
Les cas sont beaucoup plus rares où la gastralgie acquiert spontanément une grande violence, et ils caractérisent alors cette forme clinique particulière, dite du cancer avec douleur.
La cause la plus fréquente de la gastralgie d’origine gastrique est l'excès de sécrétion.
Dans lhyperchlorhydrie, elle affecte des caractères suffisamment précis et significatifs pour qu’on la puisse vite reconnaître. L'accès débute généralement deux ou trois heures après les repas ; si ceux-ci sont bien réglés, les crises ont une certaine périodicité. (« Quelques malades ont trois accès, un après chaque repas, le premier dans la matinée à dix ou onze heures, le deuxième de trois à cinq heures de l’après-midi, le troisième vers le milieu de la nuit. L'accès du matin est généralement très léger, souvent même il fait défaut; celui de l'après-midi est le plus constant et le plus intense; il existe seul chez la plupart des hyperchlorhydriques. La durée de chaque accès varie de quelques minutes à plusieurs heures; il a, à peu près, Ja même durée chez chaque malade » (Bouveret).
Dans l’hypersécrétion continue (maladie de Reichmann), les phénomènes gastralgiques ressemblent beaucoup à ceux de l’hyperchlorhydrie ; ils surviennent ici comme là, à la suite des repas; dans la forme permanente de la maladie de Reichmann cependant, l'accès nocturne est le plus caractéristique et se termine généralement par un vomissement; la forme intermittente procède par crises que séparent des périodes d’accalmie plus ou moins longues. On peut ranger dans ce même groupe étiologique les crises gastralgiques provoquées soit par les adhérences d’une périgastrite, soit par une tumeur de voisinage.
GASTRALGIE DANS LES AFFECTIONS NERVEUSES. — À. Névroses. — La gastralgie est un phénomène commun dans l’hystérie où le moindre trouble moral la fait naître et l’exaspère. Pour Briquet, les jeunes
filles à crises gastralgiques précoces sont fréquemment de véritables hystériques à l’époque de la puberté. Dans cette névrose, la gastralgie s'accompagne communément de troubles du goût, de perversion de la sensibilité spéciale de l’estomac (boulimie, malacia, pica...). Elle conduit souvent par sa persistance, par sa ténacité, aux vomissements fréquents et à l’anorexie nerveuse.
Lorsque la crise gastralgique se manifeste en dehors des stigmates permanents de l’hystérie, on se fonde pour en reconnaître l’origine et la nature sur la fréquence des migraines, sur la coexistence d’autres manifestations de la névrose, telles que point douloureux des vertèbres, paresthésies transitoires, tremblement émotif; ou sur la notion de l’hérédité.
La gastralgie est fréquente dans la neurasthénie.
Pour quelques auteurs (Rosenthal, Soupault!), la gastralgie est plus commune dans ces formes de la névrose où dominent les phénomènes d’excitation, tandis que le syndrome de la dyspepsie nerveuse serait plutôt l’apanage des formes dépressives de la neurasthénie. M. Bouveret s'inscrit en faux contre la rigueur de cette assertion et cite des cas où la gastralgie a coïncidé avec des formes dépressives de la névrose; mais il tombe d’accord sur ce point que les troubles des voies digestives, en général, sont plus communs, plus marqués et plus durables dans les neurasthénies qui succèdent à des passions tristes.
Dans presque tous les cas, les douleurs gastriques et céphaliques évoluent en même temps; il est rare cependant que les phénomènes douloureux de l’estomac soient violents; ils débutent progressivement et disparaissent lentement.
Les vomissements qui les accompagnent sont indépendants de toute alimentation, ils se produisent souvent à jeun; les matières vomies sont bilieuses ou muqueuses.Chimiquement,les vomissements ressortissent souvent à l’hyperchlorhydrie, mais cette règle n’est pas absolue. Souvent la quantité d’acide chlorhydrique libre atteint 2 à 3 pour 1000 (Hayem, Mathieu). Ces vomissements peuvent être alcalins quand ils contiennent une grande quantité de bile.
En général l'accès dure plus longtemps que dans les autres formes de la gastralgie nerveuse et n’est guère influencé par les écarts de régime. Presque toujours, il existe en même temps que la gastralgie d’autres névroses des voies digestives, sialorrhée, diarrhéenerveuse….
Les crises des neurasthéniques peuvent être confondues avec celles des migraineux qui s’accompagnent de céphalalgie et de vomissements paroxystiques,