Thèse de Paris
Cette gastralgie de la neurasthénie se reconnaît à la coexistence des symptômes propres à la névrose, à savoir : la rachialgie, la céphalée, la dépression cérébrale, l’insomnie, l’asthénie neuro-musculaire.….
B. Affections spinales. — Les crises de gastralgie sont fréquentes dans certaines affections de la moelle : dans la sclérose en plaques, où elles précèdent souvent l’affaiblissement des membres inférieurs (Liouville) ; de même dans la paralysie cervicale du mal de Pott, où l’on voit des vomissements incoercibles, des douleurs gastralgiques évoluer sous forme de crises, coïncidant avec des phénomènes vertébraux, de la paralysie musculaire, des troubles oculo-pupillaires, de la toux, de la dyspnée, des altérations du rythme du cœur.
Mais c’est dans l’ataxie locomotrice que la gastralgie acquiert certainement son maximum d'intensité, de gravité, de fréquence.
Crises gastriques du tabes. — Ces crises surviennent dans deux conditions différentes. Très souvent, elles surprennent un sujet indemne encore de symptômes tabétiques ou chez lequel les signes de la lésion médullaire sont si effacés qu’on n’y songe pas; elles constituent pendant un temps plus ou moins long le seul phénomène nerveux appréciable et simulent alors à s’y méprendre les paroxysmes douloureux symptomatiques d’une affection gastrique (ulcère simple). D’autres fois, ces crises de gastralgie accompagnent les douleurs fulgurantes ou les crises rectales, vésicales et se produisent à un moment où le tabes est certain et avéré. Mais, de toute façon, elles ne viennent presque jamais à une période avancée de la maladie, et font partie de la phase dite préataxique.
Chez la femme, la gastralgie du tabes est souvent provoquée par l'approche de l’époque menstruelle et il n’est pas rare de voir chaque nouvelle époque s'accompagner d’une crise plus ou moins violente.
Coexistent-elles avec les douleurs fulgurantes; on observe quelquefois alors qu’à chaque paroxysme douloureux des membres inférieurs correspond une crise gastrique. Ces deux phénomènes alternent souvent (Vulpian) et disparaissent ensemble presque toujours avec l'apparition de l’incoordination motrice.
Le début de la crise gastrique est le plus souvent brusque, inopiné. Mais c’est progressivement que les douleurs et les vomissements arrivent à leur acmé, atteignant peut-être dans le tabes leur plus grande intensité. Communément, le malade compare sa douleur à une plaie vive, à un fer rouge brûlant l’estomac, à une morsure, à une déchirure intérieure; et l’on comprend à quel état lamentable sont réduits les patients, quand à cette gastralgie pénible s’ajoutent des douleurs fulgurantes et d’autres crises viscérales paroxystiques.
Les malheureux, dont la face exprime la plus vive angoisse, poussent des gémissements lamentables, s’agitent en tous sens, cherchant dans une autre posture une amélioration à leur mal. Peu à peu la douleur cède, l’accalmie survient, puis un nouvel accès se produit; chaque crise se trouvant ainsi faite d’accès subintrants.
Des vomissements alimentaires ou bilieux accompagnent cette crise douloureuse. Parfois l'effort pour vomir reste stérile, et la douleur est à son comble.
Récemment, l'analyse chimique a été appliquée aux vomissements des tabétiques.
Sahli ! le premier, en 1885, chez un tabétique présentant des crises gastriques à intervalles plus ou moins rapprochés, remarqua l'acidité extrême des matières vomies et vit que, même lorsque le malade n'avait pas ingéré d'aliments depuis douze heures, les vomissementis contenaient une quantité exagérée d’acide chlorhydrique. L'année suivante (1886), Rosenthal, examinant le liquide rendu pendant une crise gastrique, a trouvé dans les premiers jours 0,30 pour 100 d'acide chlorhydrique, et dans les derniers jours de celle-ci seulement 0,10 pour 100; or on sait (Ch. Richet) que la moyenne de la quantité d’acide chlorhydrique dans le suc gastrique normal est de 0,174 pour 100. Les chiffres obtenus par Rosenthal indiquent donc nettement une hyperacidité du liquide rejeté. M. A. Robin ? est arrivé aux conclusions suivantes: sur sept ataxiques avec crises gastriques, six fois il a trouvé l’hyperchlorhydrie, une seule fois le suc gastrique était normal.
M. Soupault * a noté l’hypersécrétion intermittente. Récemment un élève de Erb, Hoffmann ‘, a repris cette étude; chez un de ses malades il à constaté également une hypersécrétion du suc gastrique avec hyperacidité temporaire; la teneur en acide chlorhydrique variait plus ou moins, atteignait souvent le double du chiffre ordinaire et ne tombait que rarement au-dessous de la normale, et cela seulement quand, les vomissements ayant été abondants, il existait une dilution assez prononcée de cet acide. D'autre part, Hoffmann n’a pas pu arriver à la démonstration du fait signalé par Rosenthal, de la diminulion ou de l’augmentation de la quantité d’acide chlorhydrique conjointement avec l'intensité de la crise. Il existe d’ailleurs à cet égard une cause d'erreur qui consiste en ce que plus les vomissements sont violents, plus la soif est vive, et par conséquent plus la
{. HERMANN SAHLI, Crises gastriques dans le tabes (mars 1885).