‹ Manuel de médecineChapitre 88 sur 199 · P. MARIE, Lecons sur les maladies de la moelle · texte numérisé non relu

P. MARIE, Lecons sur les maladies de la moelle

quantité de boisson ingérée est considérable. plus aussi le suc gastrique est dilué, donc moins il est acide.

Il faut mentionner enfin que, dans quelques cas, en outre de l'acide chlorhydrique, on a rencontré des quantités variables, mais peu abondantes, d’acide lactique.

Les phénomènes cliniques peuvent être encore plus complexes, car la crise gastrique s’accompagne fréquemment de troubles intestinaux. En dehors du ballonnement du ventre, du météorisme et des borborygmes, on observe quelquefois une diarrhée continue, muqueuse, bilieuse ou séreuse. Alors les traits se tirent, les yeux s’excavent, les extrémités se refroidissent, le pouls est petit et précipité, des crampes douloureuses envahissent les membres inférieurs.

Enfin, on trouve quelquefois certains symptômes qui viennent rendre encore plus complexe cette scène douloureuse. Tantôt c’est un resserrement de la pupille avec augmentation de la calorification et congestion intense des conjonctives (Duchenne de Boulogne), tantôt c’est une éruption de roséole à la racine des cuisses ou sur le thorax (Vulpian).

En moyenne la durée de ces crises est d’un à trois jours; il est rare qu’elle persiste plus longtemps. Presque toujours les crises disparaissent brusquement comme elles sont venues; elles peuvent cesser d'exister à une période avancée de l’ataxie.

Lorsque des troubles intestinaux s'ajoutent aux douleurs gastriques, la physionomie clinique du paroxysme simule la période algide du choléra et l'intensité de ces symptômes peut PRIME la mort au milieu des signes du collapsus.

Ces crises gastriques du tabes peuvent affecter différentes formes cliniques que Charcot a bien séparées. L’anomalie du tableau morbide peut résulter de l'absence de quelques symptômes, ou tenir au con- traire à l’exagération de tel ou tel phénomène qui masque les autres par sa prédominance même.

Très souvent la douleur est le phénomène capital; elle est cruellement intense. Ou bien les vomissements sont ininterrompus et s’accompagnent de refroidissement des extrémités, de collapsus. On croit alors à un empoisonnement, à une crise de colique hépatique ou néphrétique.

Ilse peut au contraire que les vomissements manquent totalement ; la crise est seulement alors constituée par une série de douleurs épigastriques et scapulaires, très vives, mais l’estomac se contracte à vide, ce qui exagère encore l'intensité des phénomènes douloureux.

Par contre, la douleur manque parfois pendant toute la durée de la crise (Vulpian, Fournier), laquelle n’est plus composée alors que par une série de vomissements alimentaires ou muqueux, accom-

pagnés de vertige, de crampes, d’algidité. Ces vomissements se reproduisent pendant longtemps et, s'ils existent sans être accompagnés d'aucune manifestation ataxique, on ne sait à quelle cause les rattacher.

Charcot a signalé encore, à titre rare, des cas où les crises sont rapprochées à ce point qu'elles se répètent tous les jours en même temps que leur durée s’abrège.

Il est moins rare de voir la crise se prolonger et atteindre une durée de quinze à vingt jours, pendant laquelle les accès évoluent par phases où les douleurs s’exaspèrent et diminuent tour à tour.

Parfois aussi douleurs et vomissements sont peu marqués, il ya production énorme de gaz dans le tube digestif, le ballonnement est considérable, les éructations spasmodiques et convulsives sont incessantes et coïncident avec les douleurs fulgurantes des membres inférieurs. C’est la forme flatulente de Fournier.

D’après quelques auteurs, la crise gastralgique du tabes serait d’origine centrale et due à l'excitation de cette partie du noyau sensitif du pneumogastrique d’où procèdent les nerfs sensitifs de l'estomac. Il est à remarquer, en effet, que souvent ces accès s’accompagnent de troubles fonctionnels d’origine bulbo-protubérantielle : dilatation de la pupille, dyspnée, spasme laryngé, ralentissement du pouls...

Quoi qu'il en soit, le diagnostic est assez facile et il s’impose si, chez un malade présentant des douleurs fulgurantes, le signe d’Argyll Robertson, les paralysies oculaires, les signes de Westphal, de Romberg, etc., on voit survenir des douleurs gastriques intenses à maximum épigastrique, irradiant dans l’abdomen et le dos, accompagnées de vomissements incessants, alimentaires, muqueux ou bilieux, se manifestant sous forme de crises.

Par contre, le diagnostic est difficile quand les signes du tabes manquent ou sont effacés, quand le paroxysme gastrique est d’allure anomale; la différenciation en doit être faite alors avec toute la série des manifestations gastralgiques.

A côté et à la suite des crises gastralgiques du tabes, il convient de faire mention de ce que des auteurs ont nommé les crises gastriques essentielles (Leyden*, Debove*). Ce sont des douleurs gastriques qui reviennent à intervalles plus ou moins éloignés et qui, pour ces mêmes auteurs, ne ressortissent pas à une lésion de la moelle. Pour Charcot, au contraire, il s’agit là de manifestations

1. Cités par BouvERET, Trailé des maladies de l’eslomac, p. 669.

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