‹ Manuel de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 128 sur 307 · CORPS ÉTRANGERS DANS L'OESOPHAGE · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DANS L'OESOPHAGE

ciels et les rétrécissements cancéreux. C'est surtout pour les premiers qu'on a proposé la scarification, c'est-à-dire l'œsophagotomie interne. Je la repousse comme dangereuse si elle est profonde; comme inutile si elle reste superficielle, et elle n'exempte pas d'ailleurs de la dilatation. Les argumen's que je pourrais présenter sont de même nature que ceux qui s'appliquent à l'uréthrotomie internent aux diverses espèces de dila«1ition. Les succès obtenus par Jouin et par moi par la dilatation progressive ne me permettent pas l'hésitation, c'est à cette méthode qu'il faut avoir recours.

Lorsque la brûlure est récente et qu'on a lieu de craindre un rétrécissement ultérieur, on pourrait comme le conseille Gersuny, avoir recours à la dilatation permanente par la sonde à demeure.

Dans les rétrécissements cancéreux de nombreuses observations semblent prouver la supériorité de la dilatation permanente ; elles prouvent, du moins, que la sonde à demeure peut être conservée longtemps sans inconvénients. Boyerl'a laissée 150 jours, Krishaber 156 et 167 jours, Durharn i- mois; Croft 108 et 149 jours, Leyden et Ken vers 6 mois, Kirmisson 55 jours et 3 mois. Ces résultats sont encourageants ; certes, la sonde ne peut empêcher le cancer de continuer sa marche; mais elle permet, ce qui est précieux, d'alimenter le malade et, en soutenant ses forces, de prolonger sa vie.

lU. — Corps étransers dans» l'œsopba^e.

Le plus ordinairement ces corps étrangers s'arrêtent à l'orifice supérieur de l'œsophage, ou du moins dans sa portion cervicale. Tantôt, quoique mous et sans angles, ils sont retenus en ce point ou ailleurs par un spasme subit de l'oesophage, occasionné le plus souvent par une émotion subite : tels sont une bouchée de pain, un morceau de viande, un noyau de fruit, etc. ; tantôt, comme les esquilles d'os, ils s'accrochent eux-mêmes aux parois du conduit par des angles saillants ; enfin, quand ils sont restés dans cette.position durant quelque temps, l'inflammation s'ajoute à ces autres causes de rétention, et constitue l'obstacle le plus difficile à surmonter.

Il y a trois méthodes pour en débarrasser le malade: la propulsion dans l'estomac, l'extraction par la bouche et l'œsophagotomie. Je ne parlerai ici que des deux premières, réservant l'autre pour en traiter à part.

|o Propulsion dans Vestomac. — On a recommandé de faire avaler au malade de l'eau, de l'huile, des bouchées d'aliments, ou de pousser dans l'œsophage une lige de poireau huilée, une bougie ou une sonde. Le meilleur instrument est une sonde ordinaire ou une tige de baleine, munie à son extrémité d'une éponge ou d'un petit tampon de linge destiné à presser de haut en bas sur le corps étranger.

2° Extraction par la bouche. — Si le corps étranger est arrêté dans le pharynx même, on peut quelquefois l'extraire à l'aide du doigt. S'il est profondément engagé, on peut essayer de faire vomir le malade soit en lui faisant avaler une dose suffisante d'émélique, soit en lui portant deux doigts dans la gorge. Ce moyen échoue fréquemment ; alors on a recours à des instruments de diverses formes qu'on peut ramener à trois classes.

Les uns saisissent le corps étranger par sa partie supérieure et le ramènent par une sorte de traction: telles sont les pinces ordinaires, les pinces courbes à polype, les pinces de Hunter, les pinces à branches multiples et de diverses formes, etc.

Les autres sont destinés à passer au-dessous de lui et agissent en le repoussant de bas en haut. Tantôt ce sont des crochets métalliques, soit qu'ils constituent un crochet simple à une seule branche (Rivière), un crochet terminé par un bouton (Stedraan), le panier de Grsefe, un crochet à anse fabriqué avec un double fil d'argent recuit, tourné en spirale pour la tige, recourbé vers son anse commel'élévateurpalpébralde PeOier (J.-L. Petit); tantôt ce sont des anses complètes, anse de ficelle (Maréchal), anneaux métalliques fixés en bouquet et d'une manière mobile à une tige quelconque (J.-L. Petit). Enfin Baudens avait proposé une sorte de petit parapluie qui, enfoncé tout ployé dans l'œsophage, se déployait lorsqu'il était arrivé au-dessous du corps étranger.

Les instruments de la troisième classe ramènent également le corps étranger en le poussant de bas en haut; mais ils différent des précédents en ce qu'ils n'agissent pas spécialement sur lui, mais qu'ils balayent l'œsophage de bas en haut, comme par une sorte de ramonage, et en entraînant tout ce qui se trouve audessus d'eux. On s'est servi pour cela de brins de filasse, de morceaux de linge ébarbé; mais un moyen bien supérieur est une éponge, qu'on porte au delà du corps étranger au moyen d'une tige de baleine, d'une sonde, ou plus simplement d'un fil double très fort, quand la déglutition s'opère sans difficulté. On a con-

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seillé, pour que l'éponge garde un trt^'s petit volume durant l'introduction et ne se gonfle qu'au delà du corps étranger, de la recouvrir d'une enveloppe; il est plus simple de la serrera l'aide d'un fil, et de hcàter le. temps de son introduction. Si elle se gonfle trop avant qu'on ait réussi, on en est quitte pour l'exprimer avant de recommencer.

Enfin il faut ranger à part de ces trois ordres d'instruments, un moyen très ingénieux dont s'est servi Leroy-Anthony pour extraire un hameçon engagé dans l'œsophage, et tenu encore à la ligne qui pendait en dehors. Il coupa le fil de la ligne à un ou deux pieds delà bouche, fit glisser dessus une balle de fusil qu'il avait percée d'un canal central et qui descendit ainsi jusque sur l'hameçon. Il fit ensuite passer par le même fil une tige de roseau qu'il porta sur la balle; en pressant légèrement sur le roseau, l'hameçon se détacha, et l'on ramena au dehors tout ensemble, le roseau, la balle et l'hameçon.

Baud (de Louvain) a vu un procédé analogue, mais beaucoup plus simple, appliqué par un chirurgien de village: celui-ci se contenta de choisir la balle d'un diamètre double de celui du crochet; et l'ayant graissée et fait couler le long de la ligne, le seul poids de la balle suffit pour décrocher le crochet dont la pointe se fixa dans le plomb, et le tout fut retiré avec facilité.

Appréciation. — Le seul exposé de ces moyens montre qu'il est impossible d'en faire un choix exclusif. Quand le spasme de l'œsophage est la seule cause de l'accident, il est aisé de pousser le corps étranger dans l'estomac ou de le retirer par la bouche. Quand le corps étranger est ancré par ses angles dans les tissus, le hasard seul, pour ainsi dire, couronne de succès les efforts du chirurgien. On peut donc user de tous les moyens indiqués, en commençant par les plus simples et ceux qu'on trouve sous la main, sans croire d'ailleurs que plus d'efficacité soit attaché aux autres. Quand l'inflammation est survenue, il est rare qu'on réussisse, toutes les tentatives accroissant à la fois la phlogose et la contraction des tissus. L'œsophage finit par s'ulcérer, se perforer; l'unique ressource est alors l'œsophagotomie.

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