RÉSECTION PARTIELLE DE L'ESTOMAC
Il y a sept ans, mon regretté collègue Sarazin m'adressa un malade atteint de rétrécissement cicatriciel sur lequel toutes les tentatives de dilatation avaient échoué et qui, depuis cinq jours, n'avait pu avaler même une goutte d'eau. J'employai mon procédé, je dilatai assez l'œsophage peur que le malade pût avaler du bouillon mélangé de jaunes d'œuf ; je continuai le traitement et je dilatai complètement l'œsophage rétréci à sa partie moyenne.
Le malade, ouvrier de la campagne, retourna chez lui muni de bougies. 11 continua plusieurs mois à se sonder, sept ans se sont écoulés et la guérison s'est absolument maintenue.
jy. — Resection partielle de l'es<omac.
J'écrivais dans ma dernière édition (1877) : a Lorsqu'on voulait, il y a une vingtaine d'années, se jouer de la crédulité et de la naïveté d'un jeune camarade d'études, on lui racontait que lel chirurgien, connu pour ses excentricités opératoires, avait extirpé un pylore cancéreux. Dans un recueil des plus sérieux, « les archives de Langenbeck », un chirurgien allemand, Gussenbauer, étudie sérieusement les procédés applicables à la résection partielle de l'estomac cancéreux. Jusqu'à présent il n'a pratiqué la résection que sur des chiens; mais la marche que suit depuis quelque temps la chirurgie d'outre-Rhin autorise à prévoir que l'expérience ne tardera pas à être faite sur des Allemands. »
Ce n'est pas sur un Alleniand, c'est sur un Français et par un opérateur français, Péan, que l'opération fut faite pour la première fois le 9 avril 1879. Depuis, les opérations se sont très multipliées, elles sont assez nombreuses pour que, même en nous bornant à celles que Hahn a ressemblées dans son travail, nous puissions nous faire une opinion sur la valeur de celte opération. Voyons d'abord comment on l'a pratiquée.
Billroth a fait l'incision sur la tumeur même, Rydigier conseille de la faire sur la ligne blanche. On lui donne une étendue de JO à 15 centimètres et on la pratique avec les précautions indiquées pour toutes les laparotomies. Lorsque l'on est arrivé sur l'estomac, il faut le dégager et l'isoler dans la partie qui est malade. On détache ensuite l'épiploon gastro-colique dans toute l'étendue qui devra être réséquée et on le sectionne entre deux ligaturfes pour éviter l'hémorrhagie.
On ne peut faire la section de l'estomac sans s'exposer à voir son contenu s'épancher dans l'abdomen. Rydigier ferme l'estomac
et le duodénum au moyen de deux pinces, Billrolh se contente de la surveillance d'un aide expérimenté armé d'épongés.
Le calibre de l'estomac étant bien supérieur à celui du duodénum avec lequel il devra être abouché, aussitôt l'estomac sectionné on ferme avec des points de suture, nécessairement nombreux, la partie de la section stomacale qui restera isolée et l'on ne conserve que celle qui devra répondre au duodénum. Dans ses deux premières opérations, Billroth avait rattaché le duodénum à la partie voisine de la petite courbure ; mais sa seconde malade ayant éprouvé des vomissements qu'elle n'avait pas avant l'opération, Billroth crut, non sans raison, que le cul-de-sac qui se formait ainsi au niveau de la grande courbure s'opposait au passage facile des aliments dans le duodénum et il a reporté l'alDOuchement du duodénum vers la grande courbure en suturant au contraire les parties de l'estomac répondant à la petite courbure. Les fils de la suture ne sont coupés qu'à la fin de l'opération et servent à retenir l'estomac.
Cela fait, il faut isoler la partie qui répond au duodénum; on sectionne l'intestin et on le relie à l'estomac par les sutures employées pour la réunion bout à bout de l'intestin divisé. 11 ne reste plus qu'à fermer l'abdomen avec les précautions usitées dans les laparotomies.
Bésultats et appréciation. — Le travail de Hahn contient toutes les observations publiées jusqu'en 1883, comprenant la période d'engouement pour la résection stomacale. Trente malades avaient été opérés et dans deux autres cas, Czerny et Lauenstein, constatant la trop grande étendue du cancer, s'arrêtèrent. Czerny referma le ventre, Lauenstein établit une fistule gastro-intestinale, son malade mourut.
Pour que l'opération puisse être faite avec quelque chance de succès pour ceux qui l'acceptent, il faudrait que l'on pût être certain de son diagnostic, au moins quant aux limites du cancer et à l'absence d'adhérences avec les parties voisines; caries observations ont montré que la résection d'une partie du pancréas était une contre-indication formelle. Or rien ne permet d'établir un pareil diagnostic. Ainsi dans l'observation de Lucke (1881) la tumeur était complètement mobile; on trouva à l'opération qu'elle adhérait au pancréas. Dans celle de Kronlein (1881) la tumeur qui paraissait très mobile et de la grosseur d'un œuf de pigeon, avait le volume du poing, pour l'isoler i! fallait désinsérer le grand épiploon sur une longueur de 10 centimètres, et l'on constata à l'autopsie l'envahissement du foie.