RÉSECTION PARTIELLE DE L'ESTOMAC
Mais c'est par ses résultats que nous pouvons juger Topéralion. Sur les 30 opérés, 24 sont morts de l'opération même, ce qui nous donne une mortalité effroyable de 80 p. 100, quatre sur cinq. La mort est survenue une fois sans que la malade se soit réveillée du chloroforme, celle-là du moins ne s'est pas vu mourir (Fort) ; après 3 heures (Richter), i heures (Berns), 5 heures (Weinlechner), 6 heures (Bardenhauer, Kitajewski, Kohler), 7 heures (Caselli), 10 heures (Lucke), 14 heures (Southam), \Ç> heures (Gussenbauer), dans la journée même (Rydigier, Billroth, Nicolaysen, Jurié, Krônleiii, Langenbeck), le lendemain (Bardenhauer), le troisième jour (Billroth), le cinquième (Péan), le septième (Hahn), le huitième (Billroth, Bardenhauer, Lauenstein).
Ce serait encore quelque chose, si, en parallèle avec cette mortalité opératoire, dans des cas oij il s'agit d'une maladie fatalement mortelle, nous pouvions opposer six cas de guérison; mais il nous faut éliminer les deux observations de Rydigier et de Van Kleef; dans la première il s'agit d'une malade de 30 ans, dans la seconde, d'une femme de 37 ans ayant toutes deux un ulcère simple de l'estomac. Elles ont eu le bonheur de ne pas être tuées par l'opération et survivaient encore l'une après sept mois, l'autre après deux mois ; peut-être vivent-elles encore ; mais est -il acceptable que pour une maladie non mortelle, que des soins médicaux bien dirigés peuvent guérir, on fasse, en connaissance de cause, une opération qui expose à 80 chances de mort sur 100!
Il reste donc 4 malades guéries, toutes les 4 sont des femmes; Tune, la première opérée de Billroth, mourut de récidive après quatre mois: ce n'est certes pas un résultat qui compense les dangers opératoires. Il reste donc 3 malades guéries, l'une opérée par Wôlfler était âgée de 52 ans, avait un cancer du pylore et vivait encore un an après. Mais les deux autres, Tune opérée par Gzerny avait un cancer colloïde et vivait encore sept mois après; l'autre opérée par Billroth avait un cancer glandulaire et vivait encore cinq mois après; or, la première avait 28 ans, la seconde 36 ans, ce qui n'est pas Tàge du cancer ; de plus, ni l'une ni l'autre n'avaient jamais eu ni de vomissements de sang, ni selles sanglantes, ni mœlena. Quel a été leur sort ultérieur? je l'ignore; et dans ces conditions j'élève des doutes sur la nature même de la tumeur réséquée.
Je ne reviens pas sur l'appréciation générale que j'ai donnée dans l'introduction de ce volume, je regarde la résection de l'estomac cancéreux comme une détestable opération que je repousse énergiquement.
MALGAIGNE ET LE FORT. — 9^ édit. II. — 22
ARTICLE VII
ENTÉROSTOMIE
Surmay (de Ham) qui l'a imaginée donne ce nom à une opération consistant à établir une fistule sur la dernière partie du duodénum dans les cas de cancer pylorique empêchant le passage des aliments.
Celte opération a été faite une fois par son auteur, elle a été suivie de mort. Je n'en comprends guère l'utilité. Presque aussi dangereuse que la résection stomacale, elle ne laisse aucune chance de guérison permanente. La gastrostomie pour cancer de l'œsophage, laisse du moins les aliments soumis à l'action de l'estomac ; or comme la vie paraît déjà peu compatible avec l'absence complète et durable de l'action de la salive, il est fort à craindre que des aliments non soujnis de plus à l'action du suc gastrique puissent suffire à entretenir une vie misérable et nécessairement fort limitée, puisque le cancer stomacal subsiste. Ici encore les risques opératoires sont hors de toute proportion avec les avantages que le malade pourrait retirer de l'opération.
ARTICLE VIII