IMPERFORATION ET ABSENCE DU VAGIN
transversale à la partie inférieure des grandes lèvres, à l'endroit où aurait dû se trouver le vagin. Assez souvent l'opération ne peut être menée à bonne fin. De Haen arriva dans la vessie. Macfarlane fut obligé de s'arrêter pendant l'opération et il survint une péritonite; sa malade mourut comme celle de Haen. D'autres fois, après avoir pénétré à une certaine profondeur, on fit une ponction de l'utérus distendu, soit sur le col, soit sur le corps de l'organe. De Bal ne put dilater l'ouverture qu'il avait pratiquée. Willaume (de Metz) vit l'ouverture faite par lui sur les côtés de l'utérus se rétrécir et devenir trop étroite. Warbeck réussit complètement sans rétrécissement ultérieur. La malade, il est vrai, était mariée. Le rétrécissement ultérieur peut aller jusqu'à une véritable oblitération qui fait perdre tout le bénéfice de l'opération, ce qui est arrivé aux malades de Maisonneuve, de Guérin, de Piachaud (de Genève;. Au contraire, dans un cas où il craignait ■de voir le résultat obtenu disparaître, Richet fut étonné de trouver quelques années après un vagin très dilaté; il est vrai que la malade, sachant qu'elle n'avait pas d'utérus et ne pouvait être mère, s'était faite fille publique.
B.Par décollement. — La traction opérée sur les lèvres delà vulve congénitalement réunies ayant réussi à Amussat, ce chirurgien eut l'idée ingénieuse d'essayer le même moyen dans un cas d'absence de vagin.
Procédé d' Amussat. — Une jeune fille de quinze ans et demi avait le vagin oblitéré au moins dans les deux tiers de son étendue; au-dessus, les règles accumulées formaient une tumeur fluctuante. La malade ayant été préparée par un bain, un lavement et un cataplasme sur la vulve, le chirurgien, armé d'une grosse sonde droite, en appuya l'extrémité au-dessous de l'urèthre, là où l'orifice du vagin aurait dû se trouver, et poussa dans la direction du vagin, de manière à refouler la muqueuse et à produire un léger enfoncement. Il répéta cette manœuvre avec le petit doigt, après avoir mis au préalable un autre doigt dans le rectum pour servir de conducteur; la pression fut douloureuse, mais déjà efficace, et l'impression du petit doigt resta. Pour mieux atteindre son but, ilatlira alors le périnée en arrière en le pinçant avec un doigt dans l'anus et le pouce dans la vulve, tandis que d'autre part il cherchait à attirer en haut l'urèthre pour l'écarter du rectum et laisser plus d'espace entre eux. Il resta un trou sans déchirure ni effusion de sang. Pour conserver cette dilatation, on plaça dans ce petit enfoncement en forme de doigt de gant une
éponge préparée. Trois jours après, on répéta l'introduction et l'impulsion du doigt; on introduisit deux doigts pour opérer une distention plus forte: il y eut en effet un véritable éraillement dans la muqueuse avec effusion de sang. On remit l'éponge préparée. Après cinq autres tentavives ainsi faites à un ou deux jours d'intervalle, on avait créé un conduit artificiel de près de 6 centimètres de longueur; alors, au fond de ce conduit, on dirigea sur l'indicateur un trocart qu'on plongea dans la tumeur ; puis on remplaça le trocart par le bistouri garni de linge dans les cinq sixièmes de sa lame : il n'y avait plus qu'une épaisseur de 12 à 13 millimètres à traverser. 11 sortit de 350 à 380 grammes d'un sang gluant et noirâtre. On introduisit dans ce vagin nouveau une grosse canule de gomme élastique; et l'on arriva aune cure complète, qui durait encore après plusieurs années.
Malgaigne eut à faire une opération analogue sur une femme qui avait eu le vagin oblitéré à la suite d'un accouchement. Il commença par diviser la cicatrice extérieure, qui arrivait presque au niveau de la vulve; puis, après la première incision, il déchira les parties avec l'indicateur poussé en avant et élargissant la voie de droite à gauche jusqu'à ce qu'enfin il tomba dans une petite cavité où il reconnut le col utérin. 11 fallut maintenir le vagin dilaté pendant plus d'une année avec des tentes de gentiane ; mais enfin il persista et se prêta parfaitement aux relations conjugales. La femme n'était pas devenue enceinte quand il la vit pour la dernière fois.
Zeiss (de Dresde) sur une petite fille de trois ans détruisit la soudure avec les doigts et un seul coup de ciseaux.
Bernutz, après avoir par la pression des deux index obtenu un irifundibulum, y plaça une éponge préparée, et finit par arriver sur le col; mais le vagin se rétrécit graduellement et il resta quelque temps une fistule, seul vestige du vagin créé. Un an plus tard l'écoulement menstruel se supprima par cette voie et se fit de nouveau par l'anus, ainsi que cela avait lieu avant tout traitement.
C. Par décollement uni à Vincision. — C'est le procédé le plus souvent employé. Flescher, chirurgien anglais, y eut recours plus de vingt ans avant Amussat. 11 fit d'abord une incision de deux centimètres et demi de profondeur et continua par décollement en s'aidant de temps en temps du bistouri. Le résultat fut complet et la malade eut ultérieurement deux enfants. Watson
IMPERFORATION ET ARSENCE DU VAGIN.
réussit par un moyen analogue. Patry procéda par l'incision, le décollement et finit par une ponction.
J'ai eu vers 1878 l'occasion de pratiquer cette opération. Une jeune fille, reçue à l'hôpital de Dunkerque pour une rétention menstruelle due à l'absence de vagin, présentant les symptômes d'une péritonite commençante. Elle me fut envoyée d'urgence à l'hôpital Beaujon. Dans ces conditions, il n'y avait pas de temps à perdre. Je fis une incision d'un centimètre de profondeur au
FiG. 738.
Bougies et dilatateur électrolitiques employés pour la cre'ation d'un vagin artificiel.