‹ Manuel de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 251 sur 307 · VII. — Des pessaircs · texte numérisé non relu

VII. — Des pessaircs

On a multiplié la forme des pessaires sans raison comme sans mesure; cela devait être, lorsqu'on ignorait même les conditions des déplacements qu'on voulait maintenir. Les premiers pessaires avaient la forme d'une sphère ou d'un œuf, comme il ne s'agissait

FiG. 742.

Pessaire ordinaire ou en gimbletle.

FiG. 743.

Pessaire de Siins

que de remplir la cavité du vagin; telles sont encore les ampoules de caoutchouc vulcanisé. Les pessaires en gimblettes, ronds ou elliptiques, mais aplatis et percés d'un trou au centre, ne remplissent pas d'autre office, si ce n'est que leur aplatissement supprime toute compression fâcheuse sur le rectum et la vessie.

A se régler seulement sur la nature de la maladie, pour contenir une cystocèle ou une rectocèle vaginale, il faut refouler spécialement en avant ou en arrière la partie inférieure du vagin ; de là les pessaires en sablier et les pessaires en entonnoir; ces deux sortes d'instruments sont fabriqués en caoutchouc, afin de pénétrer dans le vagin sous un moindre volume, et de s'élargir à l'intérieur. L'utérus est bien mieux soutenu encore i^diV les pessaires

en bilboquet ou par les hystéropliores de Becquerel, de Roser, de Scanzoni, de Lazarewicz, etc., mais ceux-ci ont besoin d'être supportés à l'extérieur soit par une ceinture périnéale, soit par une plaque appliquée à la partie inférieure de l'abdomen et supportant la tige du pessaire.

FiG. 744.

Hystérophore de Becquerel.

Certains pessaires sont introduits fermés dans le vagin, et une fois en place, leurs valves s'écartent autant que cela paraît nécessaire et par divers mécanismes : celui de Schilling au moyen d'une vis, celui de Zwanck par le rapprochement de deux tiges écartées

FiG. 745.

Pessaire de Schilling.

au moment de l'introduction, celui de Eulenburg par l'élasticité du cercle de caoutchouc qui entoure sa base. D'autres, comme celui de Pertusio (de Turin), s'écartent d'eux-mêmes par le jeu du ressort qui réunit les deux branches.

Enfin, pour les cas d'antéversion ou de rétroversion, on peut

DES PESSAIRES.

élever davantage la portion de la circonférence du pessaire qui devra soutenir la matrice déviée. Le pessaire de Siras fabriqué en plomb mélangé d'étain peut se plier à la forme que désire le

FiG. 746.

Pessaire de Zwanck.

chirurgien dans le but d'appuyer dans l'un ou l'autre cul-de-sac vaginal.

Nous ne saurions décrire ici les pessaires de Mayer, Hodge,

FiG. 747.

Pessaire de Pertusio.

Schultze, Thomas, Graily Hewitt pour lesquels nous devons renvoyer aux traités spéciaux. Je me borne à signaler le pessaire à ressort de Gueralde imité par Dumont-Paliier, parce qu'il rend

MALGAIGNE ET LE FORT. — 9^ édit. II. — 40

de sérieux services. Il est constitué par un ressort à boudin, enveloppé d'un anneau de caoutchouc. Il peut être facilement introduit, parce que par la pression des doigts il s'allonge en s'aplatissant; une fois abandonné dans le vagin il reprend sa forme annulaire.

Procédé d'application. —L^LÎemme placée sur le dos, les cuisses arcétées et modérément fléchies, le pessaire enduit de cérat est

FiG. 748.

Pessaire de Eulenburg.

présenté à la vulve dans le sens le plus favorable à son introduction, et poussé de bas en haut et d'avant en arrière dans le vagin, en suivant d'ailleurs les règles données pour l'introduction du spéculum. Ainsi, pour introduire les pessaires de caoutchouc, soit en sablier, soit en entonnoir, on rapproche les deux moitiés de leur circonférence supérieure, de manière à l'aplatir latéralement et à lui donner la forme d'une ellipse. On porte dans le vagin une extrémité de cette ellipse, que l'on enfonce en haut et en arrière dans la concavité du sacrum, afin que l'autre extrémité puisse passer sous l'arcade du pubis. L'orifice vaginal franchi, le pessaire reprend sa forme; il suffit de le pousser avec le doigt à la hauteur qu'on veut lai faire occuper.

Le pessaire en bilboquet doit être tenu presque en travers, afin d'offrir sa circonférence presque de champ à la vulve; une fois dans le vagin, on le redresse de manière à ramener sa queue sur la ligne médiane.

Le pessaire en gimblette est de même présenté de champ ; la

DU CYSTOCÈLE ET DU RECTOCÈLE VAGINAL. 711

portion de sa circonférence qui pénètre la première doit chercher d'abord à déprimer avec une certaine force la fourchette, le périnée et même le rectum, jusqu'à ce que l'autre portion soit assez abaissée pour glisser sous l'arcade pubienne ; l'introduction s'achève alors d'elle-même, et il ne reste qu'adonner à l'instrument sa dispo^tion définitive, à peu près en travers du vagin, une face en avant, l'autre en arrière, le haut de la circonférence en arrière du col utérin. On peut se dispenser de décrire le mode d'introduction des autres.

Pour les extraire, il suffit d'accrocher avec le doigt indicateur le bord supérieur des pessaires de caoutchouc, et de les attirer doucement à travers la vulve. Le pessaire en bilboquet doit sortir obliquement; pour le pessaire en gimblette, on accroche le doigt dans son orifice central, on le tourne de champ, et on le ramène ainsi au dehors.

Les pessaires sont souvent d'une efficacité remarquable, mais ils l'achètent par bien des inconvénients. Pour les maintenir dans un état convenable de propreté, il faut les retirer tous les soirs, les remettre tous les matins ; sinon ils sont baignés dans un mucus vaginal sujet à devenir purulent, et qui, à la longue, acquiert une fétidité insupportable. L'action délétère de ce liquide s'exerce sur le pessaire même ; le caoutchouc est ramolli et réduit en putrilage; les pessaires dits de gomme élastique perdent leur vernis, leur enveloppe, et s'incrustent dans les parties molles; l'ivoire même ne résiste pas.

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