‹ Manuel de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 276 sur 307 · GROSSESSE EXTRA-UTÉRINE · texte numérisé non relu

GROSSESSE EXTRA-UTÉRINE

ment 17 guérisons dont 11 après intervention chirurgicale. La mortalité atteint ici 88 p. 100 et il faut tenir compte du résultat heureux des M opérations, car sans elles la mortalité eût été probablement de 96 p. 100.

La gravité de la grossesse extra-utérine devait, on le conçoit, engager les chirurgiens et les accoucheurs à intervenir, soit pour arrêter la marche de la grossesse, soit pour extraire le fœtus ou l'enfant arrivé à terme. Scanzoni a conseillé la ponction du kyste fœtal. Martin la fit au travers des parois de l'abdomen; Braxton Hicks, Simpson, Greenlach par le vagin. Seule l'opérée de Greenlach survécut. Joulin propose de tuer le fœtus en injectant dans l'œuf de la morphine ; Friedreich et Kœberlé réussirent parce moyen ; Rennert réussit également par la morphine unie à l'acide phénique. Burci et Bacchetti dans deux cas tuèrent le fœtus en introduisant deux aiguilles à acupuncture qu'ils mirent en rapport avec une batterie galvanique. La mère guérit. Ce procédé fut employé avec succès dans ces dix dernières années par Lovring, Landes, Garrigues, Rockwell, Munde, Bozeman et Gaillard Thomas.

11 était naturel qu'on songeât à extraire le fœtus par une opération chirurgicale, tantôt dans les premiers mois de la grossesse pour prévenir la rupture du kyste, tantôt à une époque plus avancée avec l'espoir de sauver l'enfant. L'opération s'est faite le plus souvent par la laparotomie, quelquefois par la kolpotomie, c'est-à-dire par l'incision vaginale.

1° Elytrotomie. — Il est des cas dans lesquels le développement du kyste fœtal se fait de telle sorte que l'utérus vide est repoussé en haut derrière le pubis, tandis que le kyste proémine fortement dans le vagin dont il soulève la paroi postérieure. Bandl a extrait par une incision vaginale un fœtus pesant 2,325 grammes, malheureusement la femme succomba le deuxième jour. Campbell a réuni 9 cas dans lesquels on fit cette opération. Dans 3 de ces cas la mère et l'enfant moururent, dans 3 autres cas la mère et l'enfant survécurent; dans 2 cas la mère guérit, mais l'enfant mourut, dans un cas l'enfant fut sauvé mais la mère succomba.

2° Laparotomie. — On a beaucoup discuté pour savoir si en cas de rupture du kyste il fallait faire la laparotomie, extraire le fœtus et arrêter l'hémorrhagie. L'opinion de la plupart des gynécologistes se range du côté de l'intervention. C'est en effet la pratique la plus rationnelle ; attendre ou plutôt s'abstenir, c'est se résoudre à laisser mourir la malade; sans doute le succès de

l'intervention est fort douteux, mais c'est le seul moyen de sauver la mère. La laparotomie dans les grossesses abdominales peut être faite pendant la vie ou après la mort du fœtus. Si le diagnostic a été bien établi, il ne faut pas trop attendre et faire l'opération à la fin du huitième mois. Le danger est surtout du côté du placenta qui peut occasionner des hémorrhagies, et le sang s'infiltrant dans l'abdomen peut être l'origine d'une péritonite septique. Il faut donc se garder de vouloir enlever de suite le placenta, attendre que les vaisseaux maternels se soient oblitérés et que le placenta ait commencé à se détacher spontanément. Les résultats ont été fort différents suivant que l'enfant était vivant ou mort au moment de l'intervention. Keller a réuni

11 observations de laparotomies faites à terme. Sur 11 mères, 4 opérées par Schreger, Muller, Ring, Gardien guérirent. Sur

12 enfants (dans le cas de Sale il y avait deux jumeaux) 8 furent sauvés.

Les statistiques rassemblées par Litzmann et Werlhont donné de moins bons résultats, car sur 17 femmes opérées, 2 seulement guérirent. L'opération faite après la mort de l'enfant a donné de meilleurs résultats, ce qu'il est facile de comprendre puisque le placenta a perdu sa vitalité. Litzmann sur 10 cas opérés moins de six semaines après la mort du fœtus constate 2 guérisons et 8 morts, tandis que sur 23 cas opérés de six semaines à un an après la mort du fœtus il y eut 17 guérisons et 6 morts. Werth sur 25 autres cas compte 17 guérisons et 8 morts. En réunissant ces deux statistiques qui se complètent, nous comptons, sur 58 cas 36 guérisons et 22 morts, c'est une mortalité de 37 p. 100. Ces résultats qui s'amélioreront certainement encore ne laissent pas de doute sur l'utilité de la laparotomie dans la grossesse extrautérine. Faut-il en la pratiquant se borner à ouvrir la poche, faut-il au contraire en tenter l'extirpation? c'est une question actuellement discutée mais sur laquelle nous manquons encore d'éléments suffisants d'appréciation.

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