‹ Manuel de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 71 sur 307 · RÉTABLISSEMENT DU NEZ. I · texte numérisé non relu

RÉTABLISSEMENT DU NEZ. I

Icmcnt le sillon qui les sépare. A travers l'ouverture qui en résulte, je porte un ténolome aigu dans les narines, à la rencontre des os propres du nez, et je sépare les parties molles de ces os, en haut prés du frontal, à droite et à gauche jusqu'au voisinage du sac lacrymal. J'opère une division analogue sur les apophyses montantes, jus(]u'au niveau de la base du i.ez, et je sépare même un peu la lèvre supérieure des os maxillaires sur la ligne médiane. C'est là le premier temps; et toutes ces divisions sont essentiellement sous-cutanées.

Je rapproche alors avec les doigts les téguments ainsi décollés des os, de manière à les faire saillir en avant sur la ligne médiane. Pour les maintenir en cette position, je les traverse, le plus près possible des joues, avec une longue épingle, immédiatement au-dessous des os nasaux. Celte épingle est munie à sa tète d'un petit bouton de liège; je fais passer un bouton semblable à la pointe; en serratjl les boutons l'un contre l'autre, je fais remonter les téguments, et le dos du nez se reforme à mesure que je rapproche les deux boutons, sur lesquels je replie les deux bouts de l'épingle. Une deuxième épingle est passée de même au niveau du bord supérieur des ailes du nez; seulement, à gauche, où j'ai séparé l'aile de la joue, l'épingle traverse la peau de la joue pour attirer toujours les téguments. Enfin on en place une troisième, si cela est nécessaire ; après quoi oniréunit la section de l'aile du nez à l'aide d'épingles à insectes, ou de points de suture entrecoupée.

Si la pointe du nez est bridée et retenue en arrière par la souscloison, je traverse avec une nouvelle épingle, de bas en haut, d'abord la sous-cloison, puis le lobule même du nez; et en rapprochant les deux parties avec deux boutons de liège, j'allonge la pointe du nez et la sous-cloison, et leur donne une forme satisfaisante.

Il ne reste qu'à soutenir le nez relevé jusqu'à la cicatrisation, ce qui s'obtient en portant dans les narines deux bouts de sonde d'assez fort calibre". On peut encore, pour soutenir les épingles, rapprocher les joues à l'aide d'une forte bandt^Iette imbibée de collodion, qui, en passant sur la lèvre supérieure, a l'avantage d'appliquer exactenient cette lèvre contre les os dont le ténotome l'a en partie séparée.

On pourrait peut-être pratiquer le décollement des téguments par les narines sans diviser l'aile gauche, et je me propose de le tenter; mais la cicatrisation qui résulte de cette unique incision extérieure est si bien confondue avec le sillon normal, qu'il est impossible de l'apercevoir, à moins d'un examen très minutieux.

J'ai pratiqué trois fois cette opération, dit Malgaigne, et toujours avec un résultat qu'on pouvait appeler admirable. La peau des joues, ramenée de loin sur les apophyses montantes et les os du nez, y contracte des adhérences qui soutiennent Ja saillie du nez nouveau, et préviennent son aplatissement. Mais je suis bien obligé d'ajouter qu'ici comme partout, il faut se méfier de la rétraction implacable du tissu inodulaire. Je n'avais pas revu mes opérés, lorsque par hasard j'ai eu des nouvelles, au bout de deux ans, d'une dame chez laquelle précisément j'avais le mieux réussi. Pendant six mois le nez s'était maintenu superbe; alors il commença à se rétrécir et à s'affaisser; au bout de deux ans, il avait perdu la majeure partie de sa proéminence. Cependant le bienfait de l'opération, tout amoindri qu'il était, persistait encore; je ne sais ce qui sera arrivé depuis.

VI. — De la restauration du nez tout entier, ou rhinoplastie proprement dite.

Toutes les méthodes d'autoplastie ont été appliquées à cette opération; on pourrait même y en ajouter deux autres encore usitées dans l'Inde, si l'état de notre civilisation européenne ne les rejetait d'une manière absolue, savoir: i° la transplantation d'un nez éU^anger, opération dont quelques faits très rares permettent à peine de concevoir la possibilité; 2" la formation d'îin nez nouveau à Vaide de téguments pris sur une personne étrangère. Duirochet rapporte qu'on emprunte, à cet effet, un lambeau de la fesse d'un esclave. D'autres détails sur ces opérations insolites seraient superflus ici ; il suffit de les avoir mentionnées.

J'en dirai presque autant de la méthode de Celse, que Larrey dit cependant avoir employée avec succès, et qui consisterait à disséquer et ramener en avant la peau des joues pour former les côtés et le dos du nez nouveau, en taillant la cloison aux dépens de la lèvre supérieure. La joue ne saurait fournir assez de peau pour réparer une perte de substance un peu considérable ; ou bien il faudrait y tailler un lambeau par la méthode indienne.

Pour reparer un nez complètement détruit, il n'y a aujourd'hui que deux méthodes : la méthode italienne et la méthode indienne.

1° Méthode italienne. — Imaginée par Ant. Branca, décrite par Tagliacozzi, elle consistait à tailler sur la peau du bras un

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