RESTAURATION DU NEZ
Tout cela est puéril; le lambeau une fois réuni n'a plus rien à craindre.
Verneuil a cherché à éviter toute torsion du lambeau en employant l'autoplastie à double plan de lambeaux imaginée par Nélaton. Il taille le lambeau sur le front à l'ordinaire et le rabat directement, la partie cruentée étant extérieure. Pour recouvrir cette surface, il taille à droite et à gauche, jusque sur la portion des joues qui avoisine le nez, deux petits lambeaux quadrilatères qu'on attire l'un vers l'autre et qu'on suture sur la ligne médiane. Ce procédé, qui n'a fait l'objet que d'une courte communication orale à la Société de chirurgie, me paraît exposer sûrement à supprimer toute saillie du nez et à le mettre de niveau avec les joues, grâce à l'existence des lambeaux latéraux.
Afin de mieux soutenir le lambeau, Lisfranc établissait d'abord dans les fosses nasales un gros tampon de charpie, qu'il lui fallait extraire plus tard par les narines; il en résultait que, pour conserver une issue suffisante, il ne pouvait pas réunir d'abord la sous-cloison.
Graefe, dans le même but et afin de donner au nouveau nez une forme convenable, après toutes les sutures faites, portait dans les narines des canules avec un ressort qui tendait à les porter en avant, et à faire ainsi saillir convenablement le dos et la pointe du nez.
Dieffenbach enfin, pour figurer les ailes du nez, rapprochait les deux côtés du nez nouveau avec l'épingle dont j'ai parlé (p. 156), et après la cicatrisation faite, s'efforçait d'en régulariser la forme par des incisions, des excisions, des sutures, comme un sculpteur qui reporte le ciseau sur son œuvre jusqu'à ce qu'il ait atteint son idéal.
Ollier, en 1874., a communiqué à la Société de chirurgie un nouveau procédé de rhinoplastie qui lui aurait donné des résultats remarquables. L'écueil de tous les procédés est l'affaissement du nez qui manque de soutien. Pour Ollier, rien de plus simple; on lui en fournit en doublant le lambeau du périoste frontal, puisque le périoste fait de l'os. Malheureusement, sur l'homme, Ollier n'a encore pu donner jusqu'à présent une preuve convaincante de cette propriété du périoste, et d'après les photographies soumises à la Société de chirurgie, les admirables résultats annoncés se changeaient en résultats tout au plus fort ordinaires et fort peu capables d'exciter l'admiration.
Appréciation. — Il faut avant tout le reconnaître, le nez fabriqué avec un lambeau ne présentejamais une forme bien naturelle; il ressemble plus ou moins à une tumeur implantée au centre de la face; et comme pendant longtemps il garde une teinte rouge livide, quelques-uns ne l'ont pas trop mal comparé à une pomme de terre. De là les incisions, les excisions réitérées de Dieffenbach, qui en etfet obtenait ainsi une forme un peu plus passable : mais il rencontrait en revanche un autre péril. La face interne du nez nouveau est formée par un tissu de cicatrice qui, en se rétractant à la longue, diminue et la longueur et la largeur, et conséquemment la saillie du nez; et plus Dieffenbach en excisait, plus il concourait avec la rétraction du tissu à amoindrir son nez, qui finissait par se réduire à fort peu de chose. Aussi quelques chirurgiens ont-ils pensé qu'il serait préférable de faire porter au malade un nez artificiel.
Quant au clioix des procédés, selon Grjefe, la méthode indienne convient surtout quand les os du nez manquent, et quand le front est d'ailleurs élevé et recouvert d'une peau saine ; hors ces circonstances, la méthode italienne mériterait toujours la préférence. Dans cette méthode même-, la réunion par première intention ne serait apfdicable qu'aux personnes saines et robustes; la seconde intention, ou méthode italienne proprement dite, pourrait être adoptée lorsque les deux autres sont interdites par la vulnérabilité générale de la peau.
(]eite appréciât on, un peu partiale, laisse en oubli cet immense inconvénient de la méthode italienne, qui colle le bras au front pour un espace de temps qui peut excéder plusieurs semaines; aussi la méthode indienne a généralement prévalu. Seulement, pour que le chirurgien soit autorisé à y recourir, il faut que le malade soit bien prévenu de ses dangers, et, même après le succès, de ses conséquences ultérieures, comme aussi de la ressource plus simple qu'il peut trouver dans un nez artificiel.
L'hétéroplastie appliquée à la formation d'un nez nouveau paraît avoir été ou être même encore appliquée aux Indes; Bunger (de Strasbourg), en i(S27, tenta ce procédé sur une jeune femme de trente-trois ans, en lui prenant sur la partie antérieure de la cuisse un lambeau de 10 centimètres de longueur. La greffe ne réussit que partiellement dans la moitié supérieure et sur quelques points de la surface. C'est une tentative qui pourrait être renouvelée, et pour ma part je n'hésiterais pas à tenter au n>3Z la méthode qui m'a donné à la paupière un si remarquable résultat.