‹ Manuel de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 16 sur 232 · CAUSTIQUES CHIMIQUES · texte numérisé non relu

CAUSTIQUES CHIMIQUES

Les caustiques chimiques se partagent en trois groupes : caus- Liques alcalins, caustiques acides, et caustiques métalliques ou constitués par des sels.

Les caustiques alcalins sont fournis par la soude, la potasse, la chaux et l'ammoniaque ; les plus usités sont la potasse caustique et le caustique de Vienne, formé d'un mélange de chaux et de potasse.

Leacaustiques acides sont principalement : l'acide sulfuriqueh 66°,

OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRKS.

seul ou mélangé avec le safran ou le noir de funnée ; l'acide trique monohydraté et l'acide chromiqiie. On peut y rattacher nitrate acide de mercure et le bichlorure d'or, dissous à la dose 3 parties dans 320 parties à'eau rénale.

Les caustiques métalliques les plus usités sont : le nitrate d" gent, le chlorure ou beurre d'antimoine, la pâte arsenicale et chlorure de zinc.

On a fort discuté sur la manière dont ces diverses substano agissent sur nos tissus, à quelle cause était dû le phénomène de« cautérisation. Or, si l'on observe quelles sont les propriétés a miques de ces caustiques, on voit que presque tous, acide suif rique à 66°, acide nitrique monohydraté, potasse, chaux cai tique, acide chromique, sont ou très-déliquescents ou extrêmemi avides d'eau. C'est par cette propriété qu'ils sont caustiques, ils déti^uisent les tissus aussi bien sur le vivant que sur le cadavi en s'emparant de l'eau qu'ils contiennent et en détruisant éléments anatomiques.

La plupart des autres substances agissent d'une autre façon elles coagulent l'albumine et respectent la composition histologie des éléments anatomiques qui sont, en quelque sorte, momifiés; type de ces agents est le chlorure de zinc.

Nous pouvons donc classer les caustiques beaucoup plus uti ment, en ayant égard à leurs propriétés coagulantes ou liquéfianti caries uns, et c'est le plus grand nombre, exposent à des hémo rhagies; les autres, au contraire, mettent non-seulement à l'aa des hémorrhagies, mais peuvent contribuer à les arrêter, et ss de véritables agents hémostatiques.

Les caustiques liquides ou à l'état de solution ne sont guère fi ployés que pour obtenir une destruction superficielle des partili On se sert, pour modifier la surface des ulcères, pour réprimerdétruire des granulations, de solutions concentrées de nitrate d'" gent, de nitrate acide de mercure, qu'on applique au moyen dil pinceau sur les parties à cautériser; l'excédant du liquide est <1 levé, soit au moyen d'une boulette de charpie, soit par une injectii d'eau. Le nitrate acide de mercure ne doit être employé qu'a» précaution, car il a quelquefois déterminé des salivations mer« rielles d'une certaine gravité. I

Toutes les fois qu'on emploie des caustiques liquides ou liq« fiables énergiques, il faut avoir soin de protéger contre leur actid les parties qui doivent être ménagées ; on peut se contenter de I couvrir d'une légère couclic d'huile ou de cérat, d'un emplâtre.'l diachylum, percé à son centre d'une ouverture correspondaniP l'étendue de la surface à cautériser; mais ces moyens sont souvll

asuffisants.; il est préférable de couvrir toute la partie ù ménager l'une couche de coUodion qu'on laisse sécher complètement avant ['appliquer le caustique ; on peut encore faire usage d'une soluion de cire à cacheter dans l'alcool, d'une solution de gutta-percha lans le chloroforme, ou d'une feuille de gutta-percha laminée, >ercée à son centre, et qu'on fixe sur la peau avec un peu de coU odion.

L'acide sulfurique, seul ou mêlé à du safran, cautérise énergi- [uement, mais il est difficile à manier. L'acide nitrique mono^ xydraté convient pour des cautérisations peu profondes à la surface les abcès et des tumeurs ; on l'emploie facilement en trempant lans cet acide un bout de bois ou d'allumette qu'on applique sur la )artie à cautériser.

La potasse caustique est aujourd'hui peu employée ; elle a l'inonvénient de fuser facilement et de porter son action sur les paries qu'on ei'it voulu protéger.

La. pâte de Vienne est d'un emploi beaucoup plus général. Elle e compose de 5 parties de potasse caustique et de 6 parties le chaux vive en poudre ; elle doit être gardée dans un flacon touché à l'émeri ; pour s'en servir, on verse dans une soucoupe la [uantité jugée nécessaire, et l'on enferme une pâte en la mélangeant l'une certaine quantité d'alcool ; il faut, autant que possible, se servir, lour effectuer ce mélange, d'un objet en argent tel que le manche 'une petite cuillère; une spatule d'acier est facilement oxydée, -a pâte, ainsi préparée, est appliquée sur la peau en couche de r à 5 millimètres , et l'on a soin d'en circonscrire nettement es bords, car l'eschare présentera exactement la même forme, kprès cinq à six minutes, la peau est cautérisée dans toute son spaisseur, et l'on voit apparaître sur la circonférence de l'eshare une petite ligne grisâtre. On enlève alors le caustique et on ave la partie avec un peu d'eau vinaigrée.

Le caustique de Filhos est un mélange de potasse et de chaux qu'on i fondu et qu'on a versé pendant qu'il était liquide dans des tubes de )lomb, où il se solidifie. Lorsqu'on veut en faire usage, on coupe le ylindre de plomb en mettant à découvert la quantité de caustique [ue l'on veut employer, et l'on cautérise avec ce cylindre de plomb enu à la main, comme on le ferait avec un crayon de nitrate d'argent, >e caustique de Filhos étant très-avide d'eau, il faut, pour le conerver, placer le tube de plomb dans un tube de verre, au fond luquel se trouve une couche de chaux vive au miUeu de laquelle •longe l'extrémité du crayon caustique mise à découvert par la icction du cylindre de plomb.

Pâte arsenicale. L'acide arsénieux forme la base de ce caus-

OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES

tique ; on en a de plusieurs sortes, suivant sa proportion dans mélange. La formule la plus employée est celle de la pâle dite frère Corne. Elle se compose de : arsenic blanc, 1 gramii; cinnabre, 5 grammes; éponge calcinée, 2 grammes. L'arsenic y > dans la proportion d'un huitième. Au moment de s'en servir, > délaye la poudre dans un peu d'eau jusqu'à consistance de bouilli^ on l'étend légèrement avec un pinceau, et on la recouvre avec i morceau d'agaric légèrement mouillé. L'eschare et la pâte, en desséchant, forment une croûte qui tombe du sixième au vingtiè: jour, rarement plus tard, et l'on trouve quelquefois alors l'ulci complètement cicatrisé. La pâte arsenicale ne doit pas être ei ployée pour de larges cautérisations, car son emploi a donné li assez fréquemment à des accidents d'empoisonnement.

Pâte de chlorure de swc (Canquoin). Elle se compose de chloru de zinc et de farine de seigle, dans des proportions variables, pâte n" 1 ne renferme que parties égales de chlorure et de farin. dans la pâte n° 2, il y a pour une partie de chlorure, deux parti de farine ; dans le n° 3, trois parlies de farine. On emploie gén ' ralement la pâte n" 1. On mélange l'eau à la farine, en y ajoul le moins d'eau possible, et on laisse la pâte à l'air libre pu qu'elle acquière, en absorbant un peu d'humidité, l'élasticité el cohésion convenables. Plus encore que la pâle arsenicale, comme la plupart des coagulants, le caustique de Canquoin n';i que sur la peau dépouillée de son épiderme ; il faut donc co mencer par mettre le derme à nu au moyen d'un vésicatoire. i coupe ensuite une rondelle de pâte de l'étendue que l'on vdonner à l'eschare et d'une épaisseur variable, suivant la prof' deur à laquelle on veut agir. Le caustique agit nettement sur l/mites de son application ; ses propriétés coagulantes le rende ; d'un usage précieux dans les régions abondamment pourvues j vaisseaux ou pour les tumeurs vasculaires.

Cautérisation en flèches. — Ce mode de destruction des I I meurs, dont on attribue fort à tort l'idée première à Maisc i neuve, ne lui appartient nullement. Il a été imaginé par Girour i et se trouve apprécié dans une note de Malgaigne [Uevue médi' chirurgicale, janvier 1854); les Archives de médecine (juin '18.' rendent compte d'une opération au moyen de la cautérisation i " des chevilles de chlorure de zinc, pratiquée dans le service de Fol par Girouard. Pour employer ce procédé on découpe la pâte chlorure en longues lames ou flèches d'une longueur variable, et les fait durcir par une suffisante dcssicoalion. Si la peau est inla» on la traverse avec un bistouri et l'on fait glisser une flèche sui

lame • si la peau est détruite on peut frayer le chemin au caustique avec un instrument mousse, comme une sonde cannelée, ou même enfoncer directement la flèche. Paget emploie de mmces lamelles de bois, trempées dans le chlorure de zinc fondu.

Ce procédé est applicable à quelques régions et à quelques tumeurs qui reposent sur des parties que le caustique peut attemdre sans danger. On a vu la cautérisation en flèches, employée pour enlever des tumeurs du sein, ouvrir la cavité thoraciquo. Il faut de plus ajouter que l'application de cette méthode est exlrêmement douloureuse et que la douleur persiste pendant presque toute la journée. L'écrasement linéaire et la galvanocaustique restreignent 'beaucoup la sphère d'application et l'utilité de la cautérisation en flèches.

ARTICLE II

Page 1