VI. — Des tumeurs fongueuses des os ou tumeurs myéloïdes
ïl s'agit ici de ces tumeurs bizarres, tantôt dures, tantôt ramollies, quelquefois pulsatiles, offrant à l'œil nu un tissu rougeâtre à
diverses nuances, qui à l'état dur a pu être pris pour des caillots fibrineux (tumeurs fibreuses ou hématiques de Velpeau) et à l'état ramolli pour du tissu encéphaloïde. Comme alors aussi elles s'affaissent sous la pression, comme une ponction exploratrice en fait sortir du sang, on les a prises pour des tumeurs érectiles ; Roux les appelait spécialement tumeurs fongueuses sanguines; Dupuytren croyait y voir un fongus hématode. Enfin, lorsqu'elles présentent des pulsations, elles ont recule nom A'anévrysmes des os. Les recherches microscopiques n'ont fait découvrir jusqu'à présent ni tumeurs sanguines, ni tissu érectile, ni anévrysmes dans les*** os; et ces tumeurs paraissent essentiellement formées par des éléments de la moelle. On sait que chez le fœtus la moelle est rouge ; elle présente aussi le même aspect dans le tissu spongieux chez les adultes ; et le microscope y démontre particulièrement une surabondance de vaisseaux et des plaques spéciales dites myéloplaœes. De là le nom de tumeurs myéloïdes ; mais comme la moelle contient d'autres éléments, Eugène Nélaton les appelle tumeurs à myéloplaxes.
Au total, un grand progrès s'est opéré dans la connaissance de ces tumeurs ; s'il est vrai qu'elles peuvent bien récidiver sur place, comme les exostoses cartilagineuses , mais qu'elles n'ont aucune tendance diathésique, et se séparent ainsi absolument des cancers, le traitement chirurgical en recevra lui-même une vive lumière. La résection et l'amputation, auxquelles on recourait souvent de , prime abord, ne devront plus être considérées que comme des ressources extrêmes ; et la première indication sera d'attaquer la tumeur même.
Les procédés usités contre les tumeurs érectiles n'ont plus de sens ici, puisque la nature est tout autre; et il faut s'attacher à extirper la tumeur ou à la détruire.
Ces tumeurs siègent sous le périoste ou dans l'intérieur de l'os, A ces deux variétés j'en ajouterai une troisième, celle des tumeurs pulsatiles.
1° Tumeurs sous-périostales. — Elles se présentent assez fréquemment aux os maxillaires, sous forme d'épulis ; l'excision superficielle n'en préviendrait pas le retour; il faut évider l'os avec la gouge jusqu'au tissu sain; et si la gouge ne suffit pas, recourir à la cautérisation. Il en serait de même sur les autres parties du squelette exposées à l'extérieur.
Dans deux cas où une tumeur de ce genre occupait le sinus maxillaire, je commençai par enlever avec un fort bistouri en serpette toutes les parties altérées, soit des gencives, soit de l'os; puis j'in-
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troduisis le doigt dans le sinus pour écraser le tissu fongueux et mollasse qui le remplissait. Cet écrasement amena une véritable pluie de sang, que j'arrêtai par le tamponnement à queue de cerfvolant. Ce tamponnement avait un autre objet, qui était de déterminer la suppuration, et par là même la transformation de tout le tissu morbide à l'intérieur du sinus. Les suites furent des plus satisfaisantes; les deux sujets sortirent du vingt-cinquième au vingt-huitième jour, guéris selon toute apparence ; et chez l'un d'eux revu un mois plus tard, tout suintement muco-purulent du sinus dans la bouche avait complètement cessé.
2° Tumeurs intra-osseuses. — Il faut les mettre à nu par des incisions convenables, enlever la coque osseuse extérieure, et, si la cavité est régulière, se borner à détruire le tissu morbide et à provoquer la suppuration.
Dans une tumeur de ce genre siégeant sur l'os maxillaire inférieur, le kyste se trouvant divisé en plusieurs loges, Nélaton, après l'avoir ruginé avec la gouge autant que possible, crut devoir appliquer sur toute sa surface interne une couche de pâte de chlorure de zinc. Le sujet guérit parfaitement, et deux ans après il n'y avait aucune menace de récidive.
Si enfin le kyste avait aminci l'os au point de lui ôter toute solidité, ou encore si le tissu morbide s'étalait au loin sans être limité par une coque osseuse, on recourrait à la résection ou à l'amputation.
5" Tumeurs pulsatiles . — On les a rencontrées surtout au membre inférieur, dans les condyles du fémur, sur la tête du tibia, ou sur celle du péroné.
Outre les opérations déjà indiquées, on a tenté la ligature de l'artère fémorale. Je l'ai pratiquée une fois sans succès pour une tumeur de la tête du péroné, et elle semble tout au plus capable d'arrêter les progrès de la tumeur en faisant cesser ses battements ; mais on a toujours à craindre de voir ceux-ci reparaître par le fait de la circulation collatérale. Ils étaient revenus chez mon malade au bout de deux mois et demi; chez un opéré de Nélaton, ils tardèrent moins encore. On a cependant cité plusieurs succès obtenus à l'aide de la ligature de la fémorale, par Dupuytren, Lallemand et Roux; mais peut-être les observations n'ont-elles pas été poussées assez loin. L'opéré de Roux, revu un an après, n'offrait aucune trace de récidive; celui de Dupuytren demeura même guéri pendant sept ans. Mais après ce temps la tumeur reparut et grossit si
rapidem<.'nt, que Dupuytren lui-même ne vit d'autre ressource que l'amputation.
Au reste, j'ai pratiqué dans le cas déjà cité la résection de la tête du péroné, et deux ans après rien n'avait reparu.
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