DE LA DÉCHIRURE ET DU BROIEMENT
L — De la déchirure.
La déchirure se pratique sur le tissu cellulaire, comme moyen de dissection, soit pour séparer les tissus, soit pour extirper les tumeurs. Elle compte un assez bon nombre de procédés.
DÉCarnUKE ET BROIEMENT. 39
1° Avec le doigt. — Quand un lambeau cutané repose sur un tissu cellulaire lâche et extensible, on abrège beaucoup la dissection en tenant le lambeau d'une part, écartant les tissus de l'autre, et détruisant avec l'indicateur, par un mouvement de va-et-vient, les brides qui les unissent.
. Le même procédé convient parfaitement pour isoler des tumeurs environnées de tissu cellulaire, les lipomes par exemple.
On s'en sert pareillement pour écarter les muscles mis à nu par riucision de leurs aponévroses, notamment lorsqu'on pratique la ligature d'une artère dans sa continuité.
Enfin lorsque, dans l'ouverture d'un abcès profond, le bistouri a divisé les premières couches, et ne pourrait aller plus loin sans danger pour les nerfs et les vaisseaux, le doigt porté directement au fond de la plaie plonge à travers les tissus, et par un mouvement de vrille pénètre jusqu'à la collection purulente.
2'^ Avec la sonde cannelée . — La sonde cannelée s'emploie ici de deux manières : ou bien en l'enfonçant horizontalement sous les couches du tissu cellulaire, qu'on achève de diviser avec le bistouri ; ou bien en portant directement sa pointe sur les tissus qu'on divise par un mouvement de va-et-vient.
3° Avec la pince à disséquer. — On saisit entre les mors de la pince la couche de tissus à séparer, et on l'écarté violemment de l'organe que l'on veut isoler. Ce procédé est usité surtout pour dégager le bout d'une artère béante à la surface d'une plaie.
h° Avec la spatule ou le 'manche d'un scalpel. ~ On a recours à ces instruments de préférence aux doigts quand le tissu cellulaire est dur et a besoin d'une certaine force pour se rompre. J'ai appliqué particulièrement ce procédé à l'isolement de la tunique vaginale durcie et hypertrophiée.
5° Par traction directe sur la tumeur. —Tantôt on saisit la tumeur avec les doigts, tantôt avec des pinces-érignes, et l'on fait effort pour l'arracher. Quelquefois cet effort ne suffit pas, et il faut y ajouter une action directe sur le tissu conjonctif à l'aide d'un des procédés précédents.
Quand il s'agit d'un kyste déjà ouvert, on pince la paroi du kyste directement avec les doigts, ou, pour ne pas la laisser échapper, par l'intermédiaire d'une compresse; ce procédé est particulièrement usité pour les kystes sébacés du cuir chevelu.
La déchirure limitée au tissu cellulaire offre souvent de grands
!Hj OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES.
avantages sur les autres procédés de division, en ce qu'elle ménage mieux les nerfs et les vaisseaux; elle n'offre d'ailleurs aucun inconvénient, la réunion par première intention pouvant s'opérer comme après les sections les plus nettes. On peut aussi l'appliquer sans péril à l'éraillement des tissus fibreux : ainsi Leblanc usait d'un dilatateur spécial pour détruire l'étranglement des hernies; et, pour la hernie crurale, je préfère de beaucoup l'éraillement dufascia cribriforme au débridement parle bistouri. Enfin Récamier s'est servi sans danger des doigts et même du poing pour dilater de vive force, c'est-à-dire pour déchirer le sphincter dans les fissures à l'anus.*'
Mais il n'est pas aussi sûr de pratiquer la dilatation forcée, en d'autres termes, la déchirure, sur des tissus différents. La taille au grand appareil avait des dilatateurs spéciaux qui déchiraient la prostate et l'urèthre ; on produit aussi des déchirures dans la taille laté raie, lorsqu'on veut extraire un calcul trop gros par une incision disproportionnée. A. Paré, écho des opérateurs de son temps, a bien allégué qu'en pareil cas la réunion se fait mieux et plus vite que sur les parties coupées ; mais aucun chirurgien ne voudrait soutenir aujourd'hui une assertion aussi hasardeuse, ûlarianus Sanctus déchirait aussi les rétrécissements de l'urèthre avec son terlinum, renouvelé de nos jours par Perrève; la sonde conique de Boyer,le cathétérisme forcé de Mayor arrivent le plus souvent aux mêmes résultats. Mais ici quelques succès éclatants ont été trop chèrement payés par des accidents déplorables, et je connais deux cas de mort presque subite par la dilatation forcée de l'urèthre, une fois par les sondes de Mayor, et l'autre fois avec le dilatateur | de Perrève. I