‹ Manuel de médecine opératoire (volume 4)Chapitre 44 sur 259 · I. — Ouverture des abcès en général · texte numérisé non relu

I. — Ouverture des abcès en général

Il y a trois manières d'ouvrir les abcès : les caustiques, la ponction et V incision.

FjES CAUSTIQUE?.— f. os anciens employaient le f(M' rouge, conservé encore par quelques praticiens pour la ponction ; on préfère aujourd'hui la potasse ou la pâle de Vienne, J'ai indiqué plus liant (p. U2 et ^o) les règles de leur emploi; ajoutons seulement que si l'abcès réclame une ouverture allongée, on taille l'emplâtre dans ce sens, et l'on place sur la peau à côté l'un de l'autre plusieurs fragments de potasse de la grosseur d'une lentille ; c'est ce qu'on nomme une tniinée de potasse caustique. Après douze ou vingt-quatre heures, on enlève l'emplâtre; tantôt on incise l'eschare pour faire sortir promptement le pus; quand rien ne presse, on la laisse se détacher naturellement.

La ponction. 1° fonction simple. Procédé ordinaire. — Elle se fait avec la lancette ou le bistouri, pour de très-petits abcès qui n'ont besoin que d'être vidés pour guérir.

2° Ponction et injection. — Conseillées contre quelques abcès froids dans le but d'établir sur leurs parois une inflammation adhésive ; on se sert alors du trocart, et, après avoir retiré la tige, on pousse par la canule une injection irritante.

3° Ponctions successives. — On ne les emploie que pour les vastes abcès par congestion, dans lesquels on redoute l'entrée de l'air. Le meilleur moyen est encore le trocart, et en prenant soin de presser sur les téguments à mesure que l'abcès se vide, on est suffisamment en garde contre l'irruption de l'air. Toutefois la sécurité est plus grande encore en recourant aux appareils aspirateurs décrits page 21.

L'incision. — Nous avons décrit suffisamment ailleurs les diverses espèces d'incisions; il suffira donc de poser ici quelques règles générales.

1° Autant que possible, il faut inciser l'abcès en un seul temps, pour ménager les souffrances du malade.

2° 11 est bon que l'une des extrémités de l'incision réponde à la partie la plus déclive de l'abcès.

3° Une seule ouverture suffit le plus souvent : elle doit être assez grande pour donner au pus une libre issue.

i° Quand cette incision ne se trouve pas à la partie la plus déclive, et que la compression ne suffit pas pour recoller les clapiers, il faut recourir à une contre- ouverture. Celle-ci se fait de deux manières : ou en soulevant la peau à l'aide d'une sonde cannelée introduite par la première ouverture, et incisant sur l'extrémité de

la sonde ; ou en retenant le pus dans le point qu'on veut ouvrir, et incisant comme un abcès ordinaire.

5° Lorsque l'abcès est très-vaste, il vaut mieux faire de prime abord plusieurs petites incisions qu'une incision trop considérable.

6" On peut même réduire ces incisions presque à l'étendue de simples ponctions, à la condition de faciliter la sortie du pus par d'autres moyens. Le sétoji passé à travers ces ouvertures a l'inconvénient de les obturer ; Chassaignac y a substitué avec avantage des tubes de caoutchouc vulcanisé, munis de trous latéraux, par lesquels le pus trouve une issue toujours ouverte : c'est ce qu'il a appelé le drainage chirurgical.

1° Quand l'abcès est saillant et superficiel, on préfère l'incision de dedans en dehors ; quand l'épaisseur des parties s'y oppose, l'incision de dehors en dedans avec le bistouri droit.

8° Quand un abcès est situé sous un muscle, écarter les fibres sans les couper, comme on l'a proposé, ne donnerait pas au pus une issue suffisante ; il vaut mieux diviser une partie du muscle obliquement ou en travers.

FiG. 8J.

A, trocart à drainage, la pointe dans le nianelip. — B, le même armé pour la ponction. — C. Pointe ('•chanerée pour reoeroir le fil. — D, tnbe ù drainage.

9" L'incision faite, on vide l'abcès par une légère pression, sans porter le doigt à l'intérieur, à moins qu'on ne soupçonne des sinus qu'il faudrait ouvrir, et Ton place généralement entre les lèvres de la plaie un peu de charpie mollette, qu'on supprime dès le second pansement.

Le drainage consiste à faire traverser la cavit»'' de l'abcès par un tube de caoutcbouc percé de nombreuses ouvertures. Le trocart à drainage n'est généralement employé que pour pratiquer la contreouverture, qui doit donner passage au drain. Le trocart courbe a l'avantage de soulever plus facilement la peau à l'endroit de la contre-ponction. On l'emploie de la manière suivante : la pointe de la tige étant cachée dans le manche de l'instrument, on conduit à travers l'ouverture déjà faite à l'abcès, le trocart devenu une tige mousse incapable de blesser jusqu'à l'endroit où la ponction doit être faite (A, fig. 81). Lorsqu'on est arrivé au point voulu, on presse sur la canule pendant qu'on retire la lige ; un aide retourne la tige, iixe solidement le talon mousse au moyen de la vis que porte le manche et le chirurgien, réintroduisant la tige dans la canule, pousse l'instrument jusqu'à ce qu'il arrive à l'extérieur. On engage alors dans l'échancrure creusée près de la pointe (D,fig. 81) l'anse de fil qui doit servir à conduii»e le drain; on retire la tige jusqu'à ce que le fil et le drain soient engagés dans l'intérieur de la canule, et en retirant celle-ci le drain se trouve placé. Le trocart ne faisant à la peau qu'une ouverture insuffisante, qui comprime souvent le drain, il est utile de débrider un peu la peau avant de retirer la canule, laquelle sert, en quelque sorte, de sonde cannelée.

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