‹ Manuel de médecine opératoire (volume 4)Chapitre 58 sur 259 · DES TUMEURS ÉRECTILES · texte numérisé non relu

DES TUMEURS ÉRECTILES

lier toutes les artères du second ordre qui s'y rendent, tentative qui n'a pas eu de succès.

On a essayé de lier le tronc principal et l'on a lié la carotide primitive pour des tumeurs vasculaires du crâne, de la face, de Torbite. Les résultats n'ont pas été merveilleux. Sur Ul opérations faites pour tumeurs de crâne ou de la face il y eut 16 décès, et sur 30 observations dans lesquelles le résultat de l'opération est spécifié^ nous ne trouvons que 6 guéi'isons et 12 améliorations. La statistique est un peu plus favorable pour ce qui concerne les tumeurs de l'orbite, 16 opérations ont donné comme résultat 10 guérisons, 3 améliorations, 1 insuccès et 2 morts. (L. L. F.)

Il" Incision des vaisseaux de la périphérie. Procédé de Physick. — On pratique autour de la tumeur une incision circulaire, comprenant toute l'épaisseur de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, pour diviser tous les vais*seaux qui arrivent au tissu érectile par sa périphérie, et en s'en écartant assez pour n'intéresser que des tissus sains, afin d'éviter une trop forte hémorrhagie. On lie toutes les artères qui donnent du sang ; puis on remplit la plaie de charpie pour la faire suppurer.

5° Ligature des vaisseaux de la base. — Je range ici un procédé fort confus d'A. Bérard, qui n'y avait aperçu qu'une variété de séton. 11 commençait en effet par passer à travers la tumeur, le plus près possible de sa base, une série de fils doubles, à 4 ou 5 millimètres de -distance, figurant autant de petits sétons. Mais au bout de deux ou trois jours, il retirait ces sétons qui lui servaient uniquement à entraîner des anses de fil embrassant les parties intermédiaires au trajet des premiers, et il serrait chacune de ces anses sur un bout de sonde élastique. C'était donc une série de ligatures multiples, qu'on obtiendrait beaucoup plus facilement par le procédé de Mayor (voy. p. 26). Mais ce qui caractérise celui d'A. Bérard, c'est qu'il laisse libres les deux extrémités de la tumeur, en sorte qu'elle reçoit encore par là assez de vaisseaux pour l'empêcher de se mortifier. Quand les tissus embrassés par les ligatures ont été coupés, la tu meur avec la peau qui la recouvre forme une espèce de pont qui ne tarde pas à se recoller aux tissus profonds ; mais elle a subi une sorte de transformation fibreuse ; ses vaisseaux sont atrophiés^ ses cellules oblitérées ; les téguments ont repris leur couleur naturelle ; enfin elle s'affaisse jusqu'au niveau des parties environnantes, et il ne reste d'autres traces de l'opération que deux cicatrices linéaires et parallèles.

Dans ce procédé, les ligatures, traversant la tumeur même, y dé-

veloppent une inflammation qui le rattache en partie à la deuxième

méthode ; mais c'est surtout par la section des vaisseaux qu'il opère ; et si la tumeur, trop petite, obhgeait à passer les fils dans les tissus sains, on aurait à peu près autant de chances de réussir sans toucher aux tissus altérés.

Deuxième méthode. — Je la caractériserais volontiers sous le nom de méthode phlogistique. Elle comprend d'ailleurs trois méthodes secondaires, selon qu'on cherche à provoquer l'inflammation à l'extérieur, ou à l'intérieur, ou à l'extérieur et l'intérieur à la fois.

V inflammation déterminée à l'extérieur doit cependant être assez forte pour s'étendre à toute sa tumeur ; aussi ne convient-elle qu'à des tumeurs très-petites. Les deux procédés usités jusqu'ici sont la cautérisation et la vaccination.

1° Cautérisation. — Guthrie a recommandé le nitrate d'argent quand il n^y a qu'un naevus petit et peu épais. On pourrait aussi bien recourir à d'autres caustiques à petite dose, ou même à une pointe de feu légèrement appuyée.

Sédillot dit avoir fréquemment employé avec succès, pour de petites taches érectiles étoilées de la face, l'extrémité d'un stylet rougi à la flamme d'une lampe à alcool.

2° Vaccination. Procédé de Cumin. — On pratique à la surface de la tumeur des piqûres de vaccine plus ou moins multipliées, pour y provoquer des boulons qui suppurent. Ce procédé a donné de notables succès pour des tumeurs peu étendues.

L'inflammation à l'intérieur est provoquée de plusieurs manières par le broiement, la cautérisation , les injections, et les sétons de nature diverse .

1° Broiement. Procédé de Marshall Hall. — On plonge dans la tumeur une aiguille à cataracte, avec laquelle on divise et l'on broie en tous sens le tissu érectile. Ce moyen paraît avoir réussi pour des tumeurs de petit volume,

2° Cautérisation. — Quelques chirurgiens ont essayé d'enfoncer dans des tumeurs profondes de fortes aiguilles rougies au feu. Wordsworth a guéri ainsi par des cautérisations ponctuées un nœvus de la paupière. Les flèches de pâle de Canquoin pourraient être

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employées de la même manière. Crussel a proposé d'y* faire passer un fil de platine rougi par le galvanisme.

3° Injections. Procédé de Lloyd. — Il consiste à faire pénétrer dans la tumeur, à travers une ponction préalable, la canule d'une petite seringue chargée d'un liquide excitant. Avant de pousser l'injection, on refoule autant que possible par la compression le sang de la tumeur; le liquide injecté est laissé de cinq à dix minutes, après quoi on l'expulse par une pression dirigée du côté de la piqûre.

Lloyd, en 1828, préférait à tout autre liquide un mélange de 10 d 15 parties d'éther nitrique avec une partie d'acide nitrique concentré; Stanley a réussi avec une injection vineuse; Brainard avec une solution de 15 centigrammes de lactate de fer sur 10 à 11 grammes d'eau distillée. 11 faut d'ailleurs répéter ces injections à plusieurs reprises : dans l'un des cas de Lloyd^ pour une tumeur du volume d'une grosse orange, elles furent faites d'abord deux fois par semaine, puis une fois tous les quinze jours ; la guérison demanda onze mois. Wood, en 1853, et peu après Michon et Choisy employèrent le perchlorure de fer. Deux injections suffirent pour amener la guérison. Le perchlorure de fer paraît préférable à tout autre liquide. Nous verrons que Broca, en 1870, a obtenu par ce moyen la guérison d'un énorme anévrysme cirsoïde.

U° Sétons ordinaires. Procédé de Macilwain. — On passe à travers la tumeur autant de sétons que l'on juge nécessaire, et on les laisse à demeure jusqu'à ce que les vaisseaux soient oblitérés. Cela demande quelquefois fort longtemps; aussi, pour activer l'inflammation, Fawdington veut que le séton soit chargé de substances caustiques.

5° Sétons métalliques. Procédé de LaUemand. — Il se servait d'épingles longues et déhées, qu'il enfonçait de manière à traverser la tumeur ou une portion de la tumeur de part en part ; on peut en mettre de quatre à douze à la fois, disposées parallèlement et le plus près possible les unes des autres. Si l'on n'a pu embrasser qu'une partie de la tumeur, trois jours après on place sur un autre point une seconde douzaine d'épingles : Lallemand en a passé ainsi plus de cent vingt dans la même tumeur. On les laisse en place sept ou huit jours ou plus, jusqu'à ce que la suppuration soit bien établie ; après quoi on les retire. Après la chute d'unepremière série d'épingles parallèles, si l'inflammation ne paraissait pas suffisante pour amener la guérison, on en introduirait

d'autres dans une direction perpendiculaire aux premières, avant que l'inflammation se fût dissipée.

Le but de ce procédé est d'exciter la suppuration dans le trajet des épingles ; toutefois j'ai eu occasion de l'employer sur un enfant qui portait à la racine du nez un naevus violacé de l'étendue d'une pièce de vingt-cinq centimes ; et sans la moindre suppuration, la couleur du naevus a disparu dans les points qui avaient été piqués, pour prendre une couleur rosée franche. Mais le plus souvent j'ai échoué, n'ayant pu déterminer le degré d'inflammation nécessaire à l'oblitération des vaisseaux dilatés.

A. Bérard a substitué aux épingles des tiges d'ivoire ou de corne déliées et acérées; il n'a pas mieux réussi.

Enfin, on excite V inflammation à l'extérieur et à l'intérieur y soit par des incisions nettes, soit par des sections lentes à l'aide de ligatures.

l** Incision avec réunion immédiate. — Lallemand a réussi une fois en incisant simplement la tumeur, et réunissant la plaie aussitôt par la suture entortillée.

2° Incision suivie de suppuration. On fait une profonde incision qui divise dans sa plus grande longueur et dans toute son épaisseur la tumeur érectile, eu faisant passer le bistouri là où les dilatations artérielles sont le plus nomlDreuses et le plus saillantes. Il s'écoule un large jet de sang; mais aussitôt on étend sur toute la circonférence de la tumeur une éponge fine que l'on comprime avec force durant quelques secondes, de manière à exprimer le sang contenu dans la tumeur. On prend alors une compresse épaisse qu'on applique entre les lèvres de la plaie; et à la première éponge, qui ne pressait que sur les bords de la tumeur, on en substitue une autre d'environ 25 millimètres d'épaisseur qui comprime (oute la tumeur jusqu'au delà de sa circonférence et qu'on fixe à Taidc des bandelettes agglutinalives et d'une bande. Cette compression ne permet pas au sang d'aborder ; cependant l'inflammation suppurative qui survient tend à oblitérer les vaisseaux divisés et même ceux qui les avoisinent; et la guérison est d'ordinaire complète en quelques semaines.

Peut-être le procédé serait-il simplifié si l'on comprimait la circonférence de la tumeur et la tumeur même avant de faire l'incision; on éviterait ainsi une hémorrhagie tout au moins inutile.

3° Sections lentes par les ligatures. — J'ai déjà noté que le procédé d'A, Bérard agissait en partie de cette manière, par une

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