‹ Manuel de médecine opératoire (volume 5)Chapitre 100 sur 145 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LES ORGANES GÉNITO-URINAIRES CHEZ L’HOMME.

Les organes génitaux de l’homme se trouvant tout à fait extérieurs à l’égard des organes urinaires, c’est par eux que nous commencerons l’exposé de ces opérations. Nous traiterons donc successivement de celles qui se pratiquent sur le scrotum, sur la verge, sur l’urètre et la vessie, en réservant pour deux articles spéciaux l’étude de la taille et de la lithotritic.

Art. I*r, — Opérations qui se pratiquent sur le scrotum.

De l'hydrocèle.

On distingue plusieurs sortes d’hydrocèles; savoir: l’hydrocèle ordinaire, ou dans la tunique vaginale : l’hydrocèle congéuial , qui communique avec le péritoine; l’hydrocèle enkyste, et l’hydr’ocèlc par infiltration. Il ne sera question ici que de I hydrocèle ordinaire.

tantôt cet hydrocèle est limité nu contour du testicule, et tantôt il remonte dons l’épaisseur du cordon même , mois toujours sans communication avec le péritoine. Le plus souvent , la tunique vaginale, distendue par une sérosité limpide, a gardé son aspect ordi-

naire ; d’autres fois, elle contient un liquide trouble, brunâtre, sanguinolent ; elle-même s’est épaissie, et on l’a vue lardacée, cartilagineuse et même osseuse; enfin le testicule peut être altéré lui-même, ce qui constitue Vliydro-sarcocèle , sans parler des complications de varicocèle, de hernie, etc.

Le traitement de l’hydrocèle se résume en quatre grandes méthodes : 1° vider la tunique vaginale avec l’espérance que le liquide ne se reproduira point ; 2° susciter dans cette tunique une inflammation adhésive propre à corriger sa disposition morbide ou à déterminer l'adhérence de ses deux feuillets ; 3“ obtenir ces adhérences par une inflammation suppurative ; 4° enfin, enlever la tunique ellemême.

Première méthode. — Outre les topiques, les vésicatoires, la compression, destinés à obtenir la résorption du liquide, on emploie la ponction au trocart ou à la lancette et l’acupuncture pour lui donner issue.

1° Ponction au trocart. — Il faut préalablement tendre les téguments et éloigner le testicule. Le malade étant assis ou couché , ou saisit la tumeur à pleine main, laissant saillir entre le pouce et l’indicateur la partie antérieure et inférieure de la tumeur , et tenant cachée dans la paume de la main la partie supérieure et postérieure où se trouvent le cordon et le testicule. On plonge le trocart à la partie antéro-inférieure et de bas en haut (Sabatier) , ou de bas en haut et un peu d’avant en arrière (Boyer) ; puis on ôte la tige et l’on en dirige la canule de manière qu’elle ne s’échappe pas de la cavité vaginale durant l’écoulement du liquide; faute de cette précaution, celui-ci pourrait s’extravaser dans le tissu cellulaire du scrotum.

2" Ponction à la lancette. — Elle ne demande d’autre précaution que de tenir le testicule écarté du trajet de l’instrument.

3° Acupuncture. — La ponction pratiquée avec l’aiguille à acupuncture n’a eu longtemps pour but que de s'assurer , dans les cas douteux, s’il y avait du liquide dans la tumeur; mais récemment plusieurs chirurgiens anglais ont usé de ce procédé en vue d obtenir une cure radicale. On plonge l’aiguille daus la tumeur , puis on la retire; il sort tout au plus immédiatement une gouttelette de sérosité, et cependant, soit que le liquide se soit extravasé dans le scrotum, ou qu’il ait été enlevé par l’absorption , la tumeur disparaît entièrement en fort peu de temps.

On a vu quelques guérisons rares suivre ces pondions , mais le plus souvent la récidive est prompte. Peut-être, cependant, en enfonçant plusieurs aiguilles ou épingles daus la tunique vaginale, auiailon plus de chauccs de réussir.

nvDnocËLE.

Deuxième méthode. — C’est la plus employée. Elle comprend trois principaux procédés : les injections, la suture, l'incision sous-cutanée, et l’excision de Kinder Wood.

1° Injections. — Elles se font, soit avec du vin chauffé à 32 ou 33 degrés R., soit avec une solution de divers sels, soit avec de la teinture d’iode, additionnée de deux ou trois fois autant d’eau , ou mélangée à parties égales. Ce liquide devra être aspiré dans une seringue d’argent ou d’étain , capable d’en contenir de 200 à 380 grammes, et dont la cauule s’adapte parfaitement à l’orifice de celle du trocart.

La ponction étant faite à l’ordinaire, le chirurgien, en retirant le poinçon, enfonce profondément la canule dans la tunique vaginale, et favorise par des pressions méthodiques l’écoulement de la sérosité. Quand l’évacuation est complète , il charge la seringue et l’adapte à la canule du trocart, maintient lui-même celle-ci entre le pouce et le doigt du milieu, sans l’enfoncer ni la retirer, et évitant d’en appliquer le bout contre la tunique vaginale, ce qui empêcherait l’injection d’y pénétrer facilement. Un aide tient la seringue de la main gauche et pousse le piston avec la droite d’une manière continue , mais lente et graduée; il ne doit cesser de pousser que quand la tumeur a repris à peu près le volume qu’elle avait avant la ponction. Si l’on allait au delà, on distendrait outre mesure la tunique vaginale, ou même on arriverait à la rompre ; et de là une infiltration du liquide dans le scrotum. Quelquefois , avant que la tumeur ait acquis son volume primitif, l’aide ne peut plus faire avancer le piston ; cela tient à l’accident déjà signalé , savoir , que la canule trop enfoncée appuie contre la tunique vaginale ; il faut alors la retirer un peu.

Lorsque l’injection est suffisante , l’aide retire la seringue , et le chirurgien applique le bout du doigt sur l’orifice de la canule pour la boucher. On laisse séjourner l’injection trois à quatre minutes ; puis on l’évacue et l’on en fait une seconde. Deux injections suffisent dans presque tous les cas; ce n’est que quand la tumeur est fort volumineuse et la sensibilité obtuse , qu’il convient de les réitérer, et même d’élever la température du liquide. Le signe que l’irritation est au degré convenable, est lorsque le malade éprouve un sentiment de pression sur le testicule, une douleur vive dans le. trajet du cordon spermatique, et même jusque dans la région lombaire. Toutefois plusieurs chirurgiens pensent que cette douleur est inutile, et ont même accordé la préférence aux injections iodées, sous prétexte qu'elles causent moins de douleur, ce qui est loin d’être constant. Quoi qu’il en soit, quand on juge l’irritation suffisante, on évacue là dernière injection en comprimant légèrement la tumeur, sans qu’il

MÉDECINE OPÉRATOinE.

£f!?!v'n'de s’attacher, comme le veulent certains chirurgiens à en asp, rer jusqu’aux dernières gouttes avec la seringue

Trois accidents peuvent suivre la ponction de l'hydrocèle. 1 " Quelquefois a canule, quittant la tunique vaginale, répand l'injection dans le tissu cellulaire du scrotum , accident très grave et qui nrox,ent, ou d un brusque mouvement du malade, ou de la négligence du chirurgien a suivre les préceptes indiqués. On a alors la gangrène à craindre, et il faut sur-le-champ inciser largement les parties ainsi goigees d injection, pour en évacuer le plus possible. 2° D'autres fois e poinçon du trocart blesse quelqu’une des branches fournies aui scrotum par les arteres honteuses interne ou externe, l’artère épigastnque ou enfin l'artère spermatique. Ces branches sont si petites en général que leur lésion est presque indifférente. 3" L'instrument pénétré jusque dans le testicule ; mais il est rare qu’il en résulte aucun symptôme qu'un peu de douleur.

Apiès I opération , il faut tenir le malade au lit, et recouvrir le scrotum de linges imbibés du liquide de l’injection , pour favoriser inflammation qui doit suivre. Dès le lendemain la poche est distendue par une même quantité de sérosité; cette leusion persiste plus ou moins longtemps, après quoi elle diminue. Le temps exigé ; pour la cure est en général de quinze jours. Quelquefois la sérosité exhalée est si copieuse qu’on peut craindre que la résorption ne puisse • s en emparer. J ai appliqué dans des circonstances semblables la compression avec des bandes et des compresses, et je m’en suis bien trouvé. I) autres fois, I inflammation trop vive amène la suppuration et un abcès qu il faut ouvrir ou qui s’ouvre de lui-même ; la cure est seulement retardée. J ai vu dans un cas le pus s'écouler par le trajet du trocart, devenu lïstuleux ; sur un autre sujet , ce même trajet donnait issue à de la sérosité provenant de la tunique vaginale restée • libre d adhérences; j ai vu également les adhérences ne se faire que clans la moitié environ de cette tunique, et un petit hydrocèle persister dans I autre moitié. Enfin, il est des cas où l’opération échoue complètement.

^ 2 Suivre. Dans les cas où l'injection, aidée de la compression, n aurait pas réussi , j’avais proposé de tenter l’oblitération de la tunique vaginale en la traversant avec des épingles , selon le procédé de M. Bonnet pour le sac herniaire. JL Ricord a appliqué depuis celle idée sous une autre forme : il traverse la tunique vaginale avec un fil double qu’il serre au dehors sur deux petits cylindres, comme dans la suture enchevillée. Il a ainsi obtenu un assez grand nombre de succès.

3° incisions sous-cutanees. — M. Jobcrt a appliqué avec succès à l'hydrocèle l'incision sous-cutanée , par un précédé analogue à celui que j’ai décrit pour les kystes séreux.

Page 1