OU HEMOSTATIQUE CHIRURGICALE GÉNÉRALE
Les hémorrhagies sont un des accidents les plus redoutables qui compliquent ou suivent les opérations : il importe donc de savoir les prévenir avant d’opérer, les suspendre tandis qu’on opère, et les réprimer définitivement après.
Art, I*r. — Procédés hémostatiques préventifs.
Il est deux moyens de prévenir l’hémorrhagie : la compression des troncs artériels, ou leur ligature préalable. Mais celle-ci est ellemême une opération fort compliquée, et sera traitée plus tard.
iii;.MOsrATi<juis cuiuuugicalk.
1" De la compression des artères en général.
La compression a pour but d’aplatir l’artère et d’effacer ainsi momentanément son calibre. De là, pour qu’elle soit exacte, cette double nécessite : 1° que l’artère ne soit pas trop profonde; T qu’elle repose sur un plan solide et osseux. Quand ces conditions manquent, on est forcé de comprimer tout le membre.
Nous indiquerons cinq procédés.
1" Compression avec les doigts. — On s’occupe d’abord de trouver l’artère, reconnaissable à ses battements, et de choisir le point sur lequel on la comprimera; puis on applique sur le vaisseau le pouce ou les autres doigts, en observant les règles suivantes : r La compression doit se faire dans une direction perpendiculaire au plan osseux sur lequel elle appuie.
2" Si l'on se sert du pouce, ou l’applique en travers du vaisseau, et l’on appuie comme avec un cachet. Si l’on se sert des autres doigts, on forme arec leurs pulpes réunies un plan horizontal; on les range le long du trajet de l’artère, d.c manière que la compression s'exerce par les quatre doigts ensemble, tandis que le pouce placé sur le point opposé du membre ou sur quelque saillie voisine fournit un point d’appui.
3" La compression doit être aussi légère que possible, suffisante seulement pour effacer le calibre de l’artère : règle bien importante, et qu’on ne viole point sans se fatiguer horriblement, et s’exposer meme a relâcher la compression, les doigts meurtris et comme paralysés ne sentant plus à la fin ni la position, ni les battements de l’artère.
Lisfranc a donné des indications très judicieuses pour bien apprécier le degré de force qu’exige la compression d’une artère. S’il s agit de 1 artère humérale, par exemple, le pouce étant appliqué sur le cote externe du membre, les trois doigts du milieu sur le trajet du 'aisseau, on presse légèrement d’abord, et l’on explore les battements de la radiale. On les sent faiblir peu à peu, à mesure que la compression augmente; on arrive graduellement à les faire disparaître ; la compression est alors au degré convenable, et il est parfaitement inutile d’appuyer plus fort.
r L’aide qui comprime doit être placé de telle manière qu’il voie, les progrès de I opération sans gêner l’opérateur et sans en être gêné lui-même.
•) Si les doigts se fatiguent durant une opération longue, on appuie par-dessus les doigts correspondants de l’autre main. Si cela ne sulht point, un second aide appuie sur les doigts du premier, ou meme reprend sa place sur l’artère, en comprimant d’abord le vaisseau immédiatement au-dessus des doigts du premier
0“ Si, par un mouvement des doigts ou du malade même, le vaisseau cessait d’être oblitéré, au lieu dédoubler l’effort de la compression, il faut, avec fermeté et promptitude, la rétablir sur l’axe du vaisseau et perpendiculairement au plan osseux, comme auparavant.
7" La compression doit sc continuer jusqu’après l’application des moyens hémostatiques définitifs. Toutefois, si l'opérateur a besoin du jet du sang pour reconnaître la bouche des vaisseaux, l’aide ne fait que soulever légèrement les doigts, sans quitter l’artère, et eu les réappliquant aussitôt.
2° Compression avec la pelote ou le cachet. — On place sur le trajet du vaisseau une pelote à compression , ou simplement une bande exactement roulée, sur laquelle on appuie avec les doigts. Les règles sont les mêmes; d’où il suit qu’avec tous les inconvénients du premier procédé, celui-ci a encore le désavantage d’un instrument qui ne sent pas l’artère.
La pelote surmontée d’un manche et appliquée comme un cachet, expose moins à sc fatiguer; mais elle est sujette à se déranger, et ne convient guère que pour l’artère sous-clavière et l’aorte abdominale.
3° Le garrot. — Le garrot se compose d’une pelote, d’un lacs, d’une plaque de corne ou d’écai I le, et d’un bâtonnet de corne ou de bois, armé d’une ficelle à sou extrémité. On applique la pelote sur l’artère, la plaque au côté opposé du membre; on les fixe à l’aide du lacs dont on entoure deux fois le membre sans le serrer, et dont on noue les extrémités sur la plaque. Ou passe entre ce noeud et la plaque le bâtonnet, de façon que le lacs réponde à sa partie moyenne; et, en le faisant tourner en moulinet, on tord le lacs sur lui-même, et l’on exerce ainsi une constriction qui applique la pelote sur l’artère. Un aide maintient le bâtonnet au degré de striction convenable, ou bien on le fixe au lacs à l'aide de la ficelle qui pend à son extrémité.
Il est d’usage d’assujettir d’abord la pelote avec une compresse ou une bande, afin de préserver la peau d’une striction immédiate; la pelote même n’a guère d’autre utilité; et le garrot, qui ne s’applique qu'à la cuisse et au bras, n’agit pour ainsi dire qu’en comprimant également sur l’os tous les points du membre.
C’est assurément le plus fort et le plus sur de tous les moyens compressifs. Mais, outre que son emploi est borné à la pari ie moyenne des membres, on lui reproche île s’opposer à la rétraction des muscles, et de confondre la peau pour peu que la pression soit forte. Nous l'avons employé et \u employer dans la campagne de Pologne, et nous n’avons pas remarqué cette contusion de la peau ; mais nous lui avons trouvé deux Inconvénients graves : 1" la difficulté de lever et de rétablir la compression instantanément pour révéler, par le
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jet de sang, les bouches des artères; 2° la coustriction générale qui s’étend aux veines, empêche le retour du sang, cl fait pleuvoir à la surface du moignon une hémorrhagie veineuse, qui ne cesse que quand le garrot est complètement enlevé.
4“ Le tourniquet de J.-L. Petit. — Le tourniquet de Petit est formé de deux plaques carrées, un peu cintrées, dont la supérieure s’écarte ou se rapproche à l’aide d’une vis de pression fixée sur l’inférieure ; sous cette dernière est fixé un coussin recouvert en chamois. Une autre pelote libre et un lacs fixé aux plaques complètent l’appareil.
Les plaques étant rapprochées, on applique le coussin qui revêt l’inférieure sur le trajet de l’artère, la pelote libre au point opposé du membre, et ou l’entoure le membre avec le lacs médiocrement serré; puis on fait agir la vis, qui, écartant les deux plaques, pousse l’inférieure contre l’artère, et établit une compression sûre et efficace.
Quelques uns ont cru qu’il fallait appliquer sur l’artère la pelote libre : l’éditeur de J.-L. Petit est tombé dans cette erreur, qui toutefois a servi de base à la construction de certains tourniquets, i comme celui de Perev. La compression ainsi faite est difficile et infidèle,'comme nous l’avons éprouvé.
Le coussin qui comprime doit être assez large: son effet en est plus certain, et l’instrument est moins sujet à l’inconvénient qu’on lui reproche, de basculer facilement et de renverser les plaques sur le côté.
5". La ligature en masse de i'ayor. — Ressource infiniment précieuse quand toutes les autres manquent : elle a été décrite précédemment.
Le compresseur de Dupuylren et autres instruments du même genre sont généralement abandonnés.
2" Procédés spéciaux de compression .
Nous n'indiquerons que les artères dont la compression avant l’opération est utile et usitée. Les détails anatomiques qui manquent ici se trouveront à l’article des ligatures de ces artères.
I. Artères du cou, de i.a face et du crâne. Artère carotide primitive. - Facile à sentir sous la peau, principalement à sa partie supérieure, et reposant sur un plan osseux, elle peut être comprimée avec les doigts appuyant perpendiculairement à l’horizon'. Mais celte compression est gênante à cause du voisinage de la trachée et du larynx : on y a rarement recours.
Artère maxillaire externe. — 1 a plus facile à comprimer de tout
,e corps, avec un seul doigt, sur le bord inférieur de au-devant de l’insertion du masséter.
la mkhoirci
Artere temporale. Au-devant de l’oreille externe, à i millimè- Ires de la base du tragus. Compression perpendiculaire très facile.
Toutes les autres échappent à la compression ou sont si petites quelle est inutile. Si une plaie des artères du crâne donnait du sang, U serait bien plus rationnel de comprimer sur la plaie même que sur les petits troncs artériels, à cause des anastomoses et de la facilité de l’opération.
II. Artères du membre supérieur. Artère sous-clavière. — Camper a proposé de la comprimer à l’aide du pouce sur la première cèle dans le creux sus-claviculaire. Pour peu que la clavicule remonte' le pouce a de la peine à plonger assez loin; et d'ailleurs cette compression serait ici très fatigante. On a donc eu recours à une pelote simple, et mieux h une pelote à manche, dont on use comme d’un cachet. Mais la suretc de la compression, étant subordonnée aux mouvements de la clavicule et de l’épaule, est toujours fort douteuse; on y a à peu près renoncé. Nous croyons cependant que, sans s’y fier entièrement, il est encore utile d’y recourir, ne fùt-cc que comme moyen supplémentaire.
Artère axillaire. 1" Sous la clavicule. — Dalli a voulu la coin- ! primer en ce point sur la seconde et la troisième côte à l’aide d’un tourniquet particulier. Compression difficile et peu sûre, justement rejetée.
2° Dans V aisselle. — L’artère peut très bien être aplatie contre la ! tète de l’humérus avec les quatre derniers doigts, seuls ou armés j d’une pelote. Il faut se rappeler que l’artère est située à l’union i du tiers antérieur avec le tiers moyen de l’aisselle.
Artère humérale. — Presque sous-cutanée et longeant le bord in- j terne du coraco-bracbial et du biceps, elle peut être comprimée ] dans toute sa longueur avec le pouce ou les autres doigts, ou les I tourniquets de tout genre, t.a compression ou trop forte, ou trop prolongée, est très douloureuse sur cette artère, à cause des nerfs j qui l’accompagnent. On préfère, lorsque rien 11e s’y oppose, établir la compression vers le tiers inférieur du liras, attendu que le nerf I radial et le nerf cubital se trouvent alors éloignés du vaisseau. Mais I il est toujours longé par le nerf médian, et ce précepte est d’une 1 faible importance. Il faut avoir soin, dans tous les cas, que la pression se fasse perpendiculairement à l’humérus.
Artère radiale. — Facilement compressible au tiers inférieur de l’avant-bras, entre le radius et le tendon du grand palmaire, Ut même où l'on explore le pouls.
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Artère cubitale. — Au tiers inférieur du bras, en appliquant le muscle cubital antérieur contre le cubitus, et mieux encore eu relevant la main en arrière pour faire saillir les muscles de la couche profond?.
Artères collatérales clés cloigls. — • Dans toute la longueur des doigts, vers l’union de leur face antérieure avec leurs faces externes.
III. Artères du tronc. Aorle abdominale. — M. Tréhan a proposé, le premier, de la comprimer sur les vertèbres lombaires, en situant le malade de manière à relâcher les muscles abdominaux, et en déprimant fortement l’abdomen avec les quatre doigts de la main droite rangés sur une seule ligne. Les doigts suffisent généralement chez les sujets maigres; pour peu qu’il y ait de difficulté, il est plus sur de se servir d’une forte pelote appliquée transversalement, selon sa largeur, sur le trajet de l’artère. Le trajet de la ligne blanche dans la région ombilicale est le lieu où l’on doit exercer la compression ; mais c’est surtout à l’ombilic que l’on déprime avec le plus de facilite la paroi abdominale. Six ou sept minutes de compression suffisent quelquefois pour arrêter sans retour les hémorrhagies utérines après l’accouchement, l’utérus ayant eu le temps d? revenir sur Iuimèrae. On peut aussi mettre à profit cette compression pour remédier aux lésions des artères iliaques.
Dans les hémorrhagies utérines qui suivent l’accouchement, M. taure a conseillé, d’après un accoucheur étranger qu’il ne nomme pas, la compression de l’utérus même, à travers les parois abdominales.
Artère dorsale du pc'nis. — Facilement compressible à la base du pénis, entre I index placé en dessous et le pouce appuyant en dessus.
D . Artères dit membre inférieur. Artère iliaque externe. — Compressible à travers la paroi du ventre, contre le rebord du détroit supei leur du bassin. La pression doit donc être un peu oblique en dehors. On ne l’emploie qu’en cas de nécessité, quand on ne peut pas comprimer plus bas.
Artère fémorale. 1" Sur le pubis. — Louis est le premier qui ait icmplace le tourniquet pour l’amputation de la cuisse par le, procédé que nous allons décrire. 1
On applique le pouce seul ou armé d’une pelote, en travers de I artère, sur I éminence iléo-pcctinée. Il faut se rappeler que cette eminence s mclmc en avant et en bas à angle variable : de là la né- ! , ’ l’0UI'l,p" 'l'ie la pression appuie perpendiculairement, quelle
PRU-',|)h(|iiemenl sur l’artère, en haut et en arrière, en igle d’environ 45”. On peut aussi ciu-
formanl avec l'horizon un an
MÉDECINE Ol’ÉltATOIHE.
Jiloycr avec quelques précautions le tourniquet de Petit. La compression est sûre, facile, et d’ailleurs très usitée.
Au niveau du tiers moyen du membre. — On la comprime contre le fémur avec les doigts ou le tourniquet, le garrot, etc. Il faut veiller à ce que tous ces moyens aplatissent directement l’artère sur le fémur.
On pourrait encore comprimer l’artère poplitée, les artères de la jambe et du pied dans les lieux où l’on pratique aussi la ligature; mais la compression de l’artère crurale est plus sure et justement préférée.
Art. II. — Procédés hémostatiques durant l’opération.
Pendant l’opération, on peut avoir à lutter contre l’hémorrhagie artérielle et l’hémorrhagie veineuse. Trois procédés.
1° Compression directe. — Elle, consiste à appliquer la pulpe du doigt sur chaque ouverture du vaisseau donnant du sang, jusqu’à ce que l’on ait rétabli la compression sur le tronc artériel ou que l’opération soit finie , quand on n’a pas d’autre moyen d'arrêter le cours du sang (J.-L. Petit).
2" Compression indirecte. — Usitée surtout dans les amputations ' à lambeau, et toutes les fois que l’artère peut être comprimée dans ; le lambeau, entre le pouce et l’indicateur; ou bien encore pour les ■ artères des lèvres, du pavillon de l’oreille, du nez, etc. Enfin, dans certains cas d’ablation de tumeurs très adhérentes à la peau, où une foule de petits vaisseaux versent du sang en nappe et gênent l’opérateur, on peut l’arrêter en faisant exercer la compression avec les doigts autour de l’incision.
3° Ligature. — Elle se fait de deux manières. Tantôt le vaisseau étant mis à nu, on applique une ligature et on le divise au-dessous, ou même on place deux ligatures et l'on fait, la section dans l’intervalle. De cette manière, on achève l’opération sans avoir pour ainsi dire perdu de sang.
L’autre manière étant la même qu’après l’opération, nous n’en dirons rien ici.
En général, on confie à un ou plusieurs aides le soin de la compression directe ou indirecte : il est rare que l’opérateur s’en charge . lui-même. C’est lui qui le plus souvent, au contraire, place et serre la ligature.
Ces divers procédés sont applicables aux veines comme aux artères. Toutefois il faut ajouter que les hémorrhagies veineuses reconnaissent deux causes importantes : I" un obstacle mécanique au retour du sang vers le coeur, comme dans la compression par le garrot; on n’arrête le sang qu’en enlevant cet obstacle; 2" les efforts
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violents du malade, qui empêchent le sang de traverser les poumons, et le font refluer par les veines caves et leurs aboutissantes. Ceci arrive surtout dans les opérations pratiquées sur le cou. On s’oppose à celte cause en faisant respirer largement le malade et en faisant cesser tout effort. Souvent deux larges inspirations ont suffi pour arrêter une hémorrhagie veineuse, en apparence incoercible.
Art. III. — Procédés bémostat:ques après les opérations.
Le sang, après l’opération, peut s’écouler par les artères, par les veines et par les capillaires.
§ I. — Hémoriuiagies capillaires.
Les tissus, au moment de leur division, se rétractant à un degré plus ou moins considérable, les vaisseaux capillaires, comprimés par ce mouvement de réaction, cessent d’ordinaire presque aussitôt de i donner du sang. Mais chez quelques sujets, soit par idiosyncrasie, ou par quelque diathèse morbide, le sang continue de couler en nappe. Souvent aussi, quelques heures après le pansement, cette hémorrhagie, d’abord arrêtée, reparaît.
Quelquefois la réunion immédiate suffit pour boucher tous ces petits vaisseaux; d’autres fois le sang se fait jour malgré elle.
I. Exposition a l’air. — Après avoir soigneusement enlevé tous les caillots de la surface de la plaie, à l’aide d’une éponge imbibée d'eau froide, qu’on exprime d’une certaine hauteur sur la plaie et qu’on applique tour à tour, on laisse la surface saignante exposée à l’air durant une demi-heure, ou même pendant trois à cinq heures recouverte d’une simple compresse sans bande ni appareil, et l’on né pose l’appareil qu’au bout de ce temps. Cette manière d’agir est assez généralement adoptée.
Quand l’hémorrhagie revient après l’application de l’appareil on enlevé complètement celui-ci et l’on met la plaie à l’air. Il fan l’ rechercher alors si le bandage n'était pas trop serré, si la position n était point gênante ou déclive; et un bon moyen est d’élever lu partie opérée le plus possible. Quelquefois aussi la pléthore exige une saignee, etc. b
IL Stvptiqoes. — Si ce premier moyen à l’application de diverses substances que le titre général de stypliques. Tels sont :
ne réussit pas, on recourt nous comprendrons sous
1" Les réfrigérants : les aspersions d’eau très lions de compresses mouillées, soit sur la plaie,
froide ; les nppliea- *01 1 aux environs ;
l' application de la glace pilée; les lotions évaporantes avec l'eau et l’alcool, l’eau et l’éther, le mélange de Schnmckcr, ou enfin le camphre en poudre étendu entre deux linges mouillés, que l'on arrose quand l’eau est évaporée.
2 Les absorbants : substances molles et spongieuses, comme la charpie, l’éponge fine et sèche, l’amadou, l’agaric de chêne, préférable aux précédents, et enfin la toile d’araignée, plus puissante que tout le reste ; ou bien à l’état pulvérulent, comme la gomme arabique en poudre, la fibrine du caillot séchée et pulvérisée, et enfin la colophane. On étend ces poudres en nappe sur la plaie, ou bien ou en imprègne des houlettes de charpie. Les Arabes faisaient aussi grand cas du poil de lièvre.
3" Les astringents : ou bien en poudre, comme l’alun ; ou plutôt à l’état liquide, comme les solutions de sulfate de fer, de sulfate de cuivre, d’alun, de nitrate d’argent; l’eau vinaigrée, le suc de citron, l’eau de Rabel, l’eau de créosote, l’eau de Riuelli, etc.
III. Cautérisation. 1° Par les caustiques. — On n'emploie plus guère que le nitrate d’argent pour les piqûres de sangsues ; et l’acide sulfurique porté à l’aide d'un spéculum sur le col de la matrice, après la résection de cet organe.
2" Par le cautère actuel. — Cette application est soumise à des règles plus rigoureuses que les cautérisations simples. L'expérience a démontré : 1° que quand le cautère n’est chaud qu’à demi, soit qu’on l’ait laissé refroidir, soit qu’il ait été éteint par les Ilots de sang, il s’attache plus ou moins à l’escarre qu’il ramène, et le sang continue à couler; 2" qu’il s’attache de même quand, ayant été appliqué très chaud, on le laisse trop séjourner sur la plaie; 3° que quand l’escarre est peu épaisse, elle tombe trop promptement, et l'hémorrhagie recommence. De là ces conditions essentielles : que le cautère soit chauffé à blanc, appliqué promptement, retiré avant qu’il ait cessé d'être rouge; que la surface de la plaie soit complètement abstergée de sang et de liquide au moment de l’application ; enfin, que l’escarre ait une épaisseur suffisante. Si donc le premier cautère avait agi trop superficiellement, on en réappliquerait un second, suivant les mêmes principes (Percy).
Toutefois il est nécessaire d’ajouter que ces préceptes, appliqués par Percy à toutes les hémorrhagies, ont reçu une forte atteinte par les expériences de M. Ilouchacourt sur la cautérisation des artères : expériences sur lesquelles nous reviendrons plus loin.
IV. Compression. — Kxercéc par les doigts d'un aide, si la plaie est petite; quelquefois par les lambeaux mêmes, si elle est plus grande. D’ordinaire, ou forme avec des houlettes de charpie ou des
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«H.»<|iu»s il agaric une sorte de pyramide appliquée par sa base sur la surlare saignante, et maintenue par une bande ou un appareil approprié.
' Enliii, on peut recourir, selon les cas, au tamponnement, qui n est qu’une variété de la compression directe, ou à la ligature eu masse; on suit alors des procédés spéciaux qui seront indiqués plus lard. On peut aussi très bien unir les styptiques ou les caustiques à la i compression. J ai xu un cas d’hémorrhagie capillaire, survenue à quatie plaies de la cuisse et de. la jambe, que je ne pus arrêter que i,ar la compression de l’artère fémorale sur le pubis.
H est quelques cas difficiles où l’on veut tenter la réunion par pieuneie intention, et où les procédés indiqués échouent ou ne conviennent point. Dans une opération de blépharoplastie pratiquée par Dicllenbach, le sang, coulant en nappe, empêchait d’appliquer le lambeau. Le chirurgien frictionna d’abord la plaie avec de la charpie seche, tenta ensuite la ligature en masse maintenue seulement une ou deux minutes; tout avait échoué. Il épongea alors fortement la plaie, appliqua immédiatement le lambeau, comprima dessus pour chasser le sang qui se serait accumulé dans la plaie fit s<'> points de suture à l’accoutumée, et, après quelques minutes, nicmorrhagie avau d'sparu; la réunion se fit par première inten-
§ II. — Hémorrhagies veineuses.
'! f;1 ™rc 9ÛC les veines donnent du sang après l’opération, à au les deux circonstances déjà indiquées. Il suffit, le plus souvent compruner leur orifice quelques minutes avec le doigt, pour voii’ nu caillot qu, arrête le sang. Si l’écoulement persistait, on pourrait employer tous les moyens adressés aux hémorrhagies capillaires ou bien encore comprimer indirectement les rameaux veineux entre la
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leres le sont également aux veines.
§ III- Hémorrhagies artérielles.
emnliioni ,oni|,tc |,ns moins rie seize méthodes, qui ont eu et qui hou, 'he béanfe d’une ST"’ d’h‘Wha^ Par '«
par la rétraction et la contraction ou le froncement de l'artère; Pouteau, par le gonflement du tissu cellulaire à la circonférence de l’extrémité du vaisseau coupé. Ces trois théories rallient toutes les autres jusqu’à Jones, qui a reconnu que toutes ces circonstances contribuent à l’oblitération du vaisseau, et à la suspension provisoire ou définitive de l’hémorrhagie. Plus tard, de l’extrémité coupée du vaisseau suinte une lymphe coagulable, bientôt assez copieuse pour séparer entièrement le caillot interne de l’externe, et former ce (pie Jones appelle le troisième caillot. Enfin, à ces causes, Koch a ajouté la double influence d’une action particulière au sang, qui lui fait éviter de parcourir un vaisseau divisé, de la même façon qu’il cesse de couler dans les artères ombilicales quand le cordon est coupé; et le défaut de succion de la part des capillaires, quand la partie où se rendait l’artère est complètement enlevée, comme après l’amputation.
Ainsi, après les amputations, Koch ne touche nullement à l'orifice des vaisseaux; toutefois, comme il emploie une espèce de compression indirecte, ce n’est pas là l’expectation pure, et nous reviendrons plus loin sur sa méthode.
Toutes ces causes n’agissent pas toujours à la fois, mais souvent il suffit de quelques unes d’elles. Ainsi, il est reconnu qu’on peut abandonner à elles-mêmes les petites artères. Souvent, après avoir mis le doigt sur leur orifice durant une opération, ou ne les retrouve plus au moment de la ligature; elles sont suffisamment oblitérées. Cet effet est plus sûr encore quand elles ont été tiraillées; comme, par exemple, les artères utérines dans l’extirpation de la matrice. Enfin, si ce tiraillement a été très violent, les grosses arlères mêmes ne jettent pas de sang. On connaît des cas d’arrachement de l’épaule où la sous-clavière n’a pas même donné d’indice d’hémorrhagie.
II. Arrachement. — C’est par suite de ces idées qu’on a voulu imiter la nature et arracher les vaisseaux, afin de procurer une ré- ] traction plus forte. Rarement on a appliqué cette méthode aux artères mêmes; mais on s'en sert heureusement dans l'ablation de certaines tumeurs (pic leurs connexions et leurs vaisseaux rendent redoutables sous le rapport de l’hémorrhagie.
111. Froissement. — Ledran, ayant observé que les femelles des animaux brisent avec leurs dents le cordon ombilical de leurs petits, en conclut que c’était ce froissement (pii empêchait l'hémorrhagie. Il froissa donc avec les doigts et les pinces l’artère spermatique dans l’ablation du testicule, et réussit. Jones a démontré que tout froissement de 1'arlèrc agissant surtout sur les tuniques internes, les dé-
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chire, et que leurs lambeaux servent en effet à arrêter le sang et à favoriser le caillot.
IV. Renversement de l’artère. — - Afin de. gêner le cours du sang i et de donner ainsi au caillot le temps de se former, on a imaginé de
dénuder un petit bout de l’artère coupée, et de la replier sur ellemême. Cette méthode, conseillée pour l’artère intercostale, paraît avoir réussi, en effet, sur des artères d’un petit calibre.
V. Styptiques. — On a longtemps conseillé de petites chevilles faites avec l’alun, le sulfate de cuivre, etc., qu’on introduisait dans l’ouverture des artères comme de véritables bouchons. Ce moyen est justement tombé en désuétude. L’eau de Rabel, et récemment l’eau de Binelli et l’eau créosotée ont été préconisées. Bonnes seulement pour les très petits vaisseaux, pour ceux d’un fort calibre il faut y joindre la compression, qui, dès lors, réclame une grande part dans l’effet produit. L’agaric, vanté par Morand en France, par Warner eu Angleterre, d’après les observations du dernier réussit bien pour les petites artères, et même pour celles de la jambe; mais il a échoué complètement sur l’artère fémorale. On lui reproche, d’ailleurs, aussi bien qu’à la toile d’araignée et à l’amadou, d’adhérer tellement aux parties, qu’il ne s’en détache qu’avec difficulté et après un temps assez long. L’éponge offre cet inconvénient au plus haut degré : les bourgeons charnus pénètrent dans scs porosités, s’y développent, s’y incrustent; en sorte qu’il faut des semaines, des mois pour la voir tomber. Plusieurs fois Dupuytren a été obligé d’enlever de ces éponges par lambeaux à l’aide des ciseaux et des pinces à dissection. Enfin, la colophane, combinée avec le sang et la charpie, forme un crépi solide, et dur qui offense quelquefois les tissus avec lesquels il est en contact.
VI. Cautérisation. — Elle ne se fait qu’à l’aide du feu. Nous avons donné plus haut les règles établies par Pcrcy pour son application ; seulement, pour les artères, il se servait du cautère olix aire, appliqué à sa manière. C’est un moyen peu sûr pour des vaisseaux considérables; dès que l’escarre se détache, l’hémorrhagie est sujette a reparaître, et l’on ne pourrait réellement s’y fier que pour de petites artérioles. Mais les expériences de M. Bouchacourt tendent à assurer à la cautérisation une plus grande efficacité, en même temps qu elles la soumettraient à des règles nouvelles.
.Si I on présente à la bouche béante de l’artère crurale d’un cadavre une tige de fer conique, de 7 millimètres de diamètre à sa base, de 2 au sommet, préalablement rougie à blanc, l’artère se carbonise et se resserre en cul-de-sac; mais il reste encore une petite ouverture égale au tiers du calibre primitif du vaisseau.
L’instrument chauffé seulement au rouge obscur, la carbonisation
plus rapide et plus marqué; bien plus, le bout de 1 artère rentre dans son intérieur comme un doi«t de gant qu on refoule. S’il n’y a pas de collatérales, on peut ainsi retourner des bouts d’artère de 3 à 5 millimètres de longueur cl plus ; les collatérales petites et coupées près du tronc sont entraînées par le refoulement et en augmentent l’épaisseur; mais les collatérales non coupées l’arrêtent, ou ne le permettent que dans d’étroilcs limites. A la dissection, on trouve les trois tuniques retournées à la rois ; et leur extrémité, refoulée plus ou moins liant dans le tube artériel, est resserrée et n’offre qu’une ouverture à peine visible.
, 'cpétant ces expériences, on a mi qu’il n’était pas nécessaire d opérer avec un fer aussi chaud; et, de plus, qu’il était bon de l’écarter et de le rapprocher alternativement de l’artère, attendu qu’en le laissant eu contact trop longtemps, il s’engage dans le vaisseau retourné et n’en peut être retiré que diflicilement.
Ces expériences n out pas encore été faites sur des animaux vivants : tout porte à croire qu’elles auraient le même, résultat, cl, dès lors, il y aurait lieu de poser ces deux règles nouvelles pour la cautérisation des artères :
1“ Que le cautère doit être médiocrement ehaufTé, au-dessous meme du rouge obscur;
2 Que son application a la bouche du vaisseau, un peu prolongée au commencement, doit se faire ensuite d’une manière discontinue, mais à intervalles très rapprochés.
VII. Bouchons mécaniques. — Nous avons vu qu’on introduisait dans l'artère des cônes d’alun, de sulfate de fer; mais on ne comptait guère que sur leur action cathérétique. Depuis longtemps on avait conseillé la cire pour oblitérer les artères des dents ou de l’intérieur des os. On a essayé divers procédés analogues, sur les artères des parties molles.
1" La cire, introduite sous forme de tige très menue. Si alors 1 opérateur, pinçant solidement le bout du vaisseau, refoule de haut en bas ce bouchon mou et facile à pétrir, soit avec les doigts, soit avec une pince, il en résulte un noyau renflé, que le sang chasse difficilement. (Velpeau.)
2° Le stylet, dont Chastanet parait avoir fait usage pour irriter l’intérieur de l’artère. (Velpeau.)
3° La corde à boyau, ou une bougie emplastique, etc., qu’011 enfonce à un pouce de profondeur. M. Miquel d’Amboise a expérimenté qu'en introduisant dans les artères d’un chien un corps étranger, surtout une corde à boyau, on y développe bientôt et constamment un état morbide qui les rend incapables de recevoir le sang, quoique non mécaniquement oblitérées. Celte méthode, combinée avec la lign litre sur l'artère et le corps étranger môme, peut être utile lors-
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qu’on tombe sur une artère ossifiée; et elle a été employée dans ee ras par Dupuytren et par M. Roux, au rapport dcM. Manec. Toutefois cet observateur, qui s’est livré à quelques expériences sur ee sujet, dit avoir constamment vu le caillot interne formé autour du corps étranger tomber en putrilage quelque temps après sa formation; en sorte que l’hémorrhagie devient imminente, si un cailjot solide et de suffisante longueur ne s’est pas formé entre le corps étranger et la première collatérale.
VIII. La compression directe. — Employée à l’aide de charpie ou d’agaric, comme il a été dit. Seulement, quand il s’agit d’une seule artère, la pyramide doit appuyer par son sommet sur l’orifice. Petit la lit exercer, dans un cas urgent, par les doigts d'aides qui se relayaient tour à tour, puis par l’application d’une machine spéciale, pans les cas difficiles, c’est une ressource précieuse, qui doit toujours rester présente à l’esprit du chirurgien.
IX. Compression indirecte. — Établie à distance de la plaie, sur le trajet de l'artère, et ordinairement à l’aide du tourniquet. Il est plus sur d'y joindre, au moins dans les premiers temps, la compression directe : on favorise bien mieux la formation du caillot.
Procédé de Koch. — Après toutes les amputations, l’opérateur ramené le lambeau sur la plaie, et le maintient par des bandelettes agglutinativ es. Luc compresse longuette est fixée sur le trajet de l'artere, a 1 aide d’une simple bande. On donne au moignon nue position un peu élevée, et un aide exerce avec la main sur le moignon une douce pression continuée pendant une ou deux heures, et même aussi longtemps qu’on y ressent des pulsations considérables. Quand elles ont cessé, et que l’appareil est teint en rouge par la lymplie qui a suinte, Koch assure que tout danger d’hémorrbagic consécutive a disparu pourvu que le malade reste tranquille. De semblables promesses n étaient pas de nature à séduire beaucoup les chirur- Kiens, et ce procédé est justement abandonné.
si,échiePdnm?f:NT “ C’est ",1C sortc de compression
' In l’ccunere idee remonte à Desault. Il se servait au
appoit de lorry, de différentes petites machines de bois, en forme de pincettes, dont il était peu satisfait.
Perry imagina d’entourer l’artère d’une forte lame de plomb ou’il
d’épaisscur; on achève de la courber en cercle, et l’on serre celui-ci avec les mors d’une pince un peu forle, de manière que la moitié du vaisseau soit collée à l’autre moitié. Ceci est surtout applicable aux artères découvertes dans leur continuité. Pour les artères béantes à la surface d’une plaie, Percy recommande de petits anneaux de Plomb un peu épais, que l’on porte, à l’aide du valel à Patin ou de pinces fixes, sur l’extrémité du vaisseau coupé que l’on a saisie et tirée un peu à soi. En cet état, ou pousse dessus l’anneau qu’on aplatit de force avec une autre pince, sans dégager la première, qu’on ne retire qu’après s’être assuré de l’étreinte exacte du v aisseau.
Enfin, le même chirurgien avait substitué plus tard à sa feuille de plomb une pince d’acier, dont les branches étaient maintenues au degré de rapprochement voulu par le moyen d’un petit bouton glissant le long d’une fente pratiquée dans leur longueur. Jusque-là c’est une sorte de pince fixe; mais les branches de la pince étaient terminées par deux petites plaques mobiles et roulant sur un pivot, afin que l’instrument pût être renversé à volonté sur l’une ou l’autre lèvre de la plaie, sans que le v aisseau cessât d’être comprimé latéralement. Ce moyen semble inférieur au premier, attendu qu’il laisse dans toute la profondeur de la plaie un corps étranger qui, de plus, tiraille le vaisseau par son propre poids. Du reste, l’aplatissement est demeuré tout à fait oublié.
XI. La ligature. — Décrite par les anciens pour les plaies ordinaires, appliquée par A. Paré après les amputations, la ligature comprend une foule de procédés qui ont rapport, soit aux parties comprises avec l’artère, soit à la matière de la ligature, soit à la manière de la serrer et de disposer les bouts du lien.
I" Suivant les parties comprises avec l'artère. — A. Paré saisissait avec le bec-à-corbin les veines et les artères, en pinçant avec elles un peu de la chair des muscles et des tissus ambiants, et les liait avec un fil double, pensant que l’union des vaisseaux se ferait ainsi mieux et plus sûrement. Dionis passait le fil dans les chairs à l’aide de deux aiguilles courbes, ou même embrassait à la fois les vaisseaux, les chairs et les téguments. Desault, le premier en France, recommanda de lier l’artère isolée; toutefois, quand la veine était à cêté, il les liait toutes deux ensemble. Aujourd’hui la ligature, immédiate, ou celle qui n’embrasse que l’artère, est généralement préférée.
2° Suivant la matière de la ligature. — On se servait d abord de fil simple ou double. Kuysrh proposa des rubans de cuir; Weitch et Lawrence employèrent des fils de soie très fins; Physick, des lanières minces de peau de daim; il conseilla aussi les ligatures métalliques; d'autres des intestins de ver à soie, des cordes à boyau, etc. En Erancc, on préfère encore des fils simples ou doubles, ou de minces rubans de fil pour les grosses artères.
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3" Suivant les instruments dont on se sert. — Le bec-à-covbin d’A.Paré a fait place au valet à Patin, puis aux aiguilles droites ou courbes, jusqu’à ce que, vers 1770, on ait adopté les pinces à disséquer et le tenaculum. Enfin Graefe et M. Amussat ont ajouté aux pinces ordinaires un mécanisme qui en tient les mors solidement rapproches: c’est ce que l’on nomme les pinces fixes.
4" Suivant la manière de serrer la ligature. — Dionis cite deux procédés fort remarquables : l’un dans lequel on liait la ligature sur une petite compresse, et qui, plus tard, appliqué à l’opération de l’anévrisme, a pris le nom de procédé de Scarpa; l’autre qui consistait, après avoir embrassé l’artère, à la traverser de part en part .avec le fil avant de serrer la ligature, procédé reproduit par A. Cooper. Jones veut qu’on use des ligatures les plus fines possible, et qu’on les serre assez fort pour couper les tuniques internes de l'artère. Jameson préfère des lanières douces de peau de daim, médiocrement serrées, pour ménager ces mêmes tuniques.
5” Suivant le temps que la ligature demeure appliquée. — Joues et Travers ont prétendu que la ligature appliquée durant six à vingtquatre ou cinquante heures, et enlevée ensuite, suffisait pour oblitérer l'artère : c’est ce qu’on nomme ligature temporaire. La plupart, des chirurgiens, au xvhi* siècle, laissaient pendre par la plaie les extrémités du lien, pour le retirer quand l’artère serait coupée. Puis on coupa un bout de fil près du nœud, en laissant seulement pendre l’autre. Weitch, en 1806, proposa de couper les deux bouts très près du nœud, et de réunir la plaie extérieure en abandonnant la ligature aux efforts de la nature. C’est surtout pour favoriser l’absorption qu’on a fait usage des ligatures animales.
Appréciation. — Deux systèmes partagent à cet égard les chirurgiens : les uns, avec Joncs, prétendent que, pour hâter l’adhésion des parois artérielles, il faut que les tuniques internes soient divisées; les autres, avec Crampton, Scarpa, Jameson, déclarent cette précaution inutile et même nuisible, il y a des faits pour et contre les deux théories. D’une part, les ligatures trop fines ont l’inconvénient de couper souvent l’artère avant l’adhésion du caillot et l’oblitération ; les ligatures trop lâches sont quelquefois chassées par le choc du sang. 11 convient donc de choisir des ligatures de grosseur différente, selon le calibre de l'artère, et de serrer assez fort pour qu elles ne puissent s’échapper. On ne doit embrasser .d’autres parties avec I artère que quand il n’est pas possible d’agir autrement, et aussi quand les parois du vaisseau paraissent malades; car alors elles seraient trop promptement divisées. Nous avons vu plus haut dans quels cas on peut lier l’artère avec un corps étranger dans son intérieur.
Quant à la matière, lorsqu'on ne veut pas réunir par première
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intention, la question est peu importante. Elle l'est beaucoup dans ! le cas contraire : car alors, si on laisse pendre les fils au dehors la cicatrisation est retardée: si on les laisse dans la plaie, les fils vr'gé- I taux sont sujets à déterminer de nombreux abcès consécutifs. Les i fils métalliques paraissent séjourner sans inconvénient dans les lis- 1 sfis; mais ils n ont encore été essayés que sur des chiens. Les figa- 1 turcs de peau de daim sembleraient donc alorsdevoir être préférées ‘ non jias molles, comme le veut Jameson, mais roulées, comme Pin- I sick et Dorsav , et pouvant se serrer autant qu'il est nécessaire; elles divisent les tuniques internes comme les fils végétaux, mais elles ] s absorbent très bien ; eu sorte qu’on pourrait enlever les deux extrémités en les coupant très près du nœud. Toutefois les chirurgiens s en sont tenus à peu près généralement aux liens de fil. Plu- i sieurs n’en coupent qu’un bout et laissent l’autre pendre par la plaie. ! Larrey coupait la ligature au niveau de la plaie extérieure, et en plaçait les bouts dans l’angle le plus déclive de la plaie. Je préfère tout simplement couper les deux bouts le plus près possible du nœud ; ainsi la ligature est à l’abri de toute traction dans les pan- ; sements ultérieurs, et surtout quand les opérés eu délire arrachent eux-mêmes leur appareil. D ailleurs, qu'on garde le fil plus ou moins ] long, il faut le laisser en place jusqu’à ce qu’il tombe de lui-même, j c est-a-dirc jusqu’à ce qu’il ait divisé l’artère en totalité; les ligatures temporaires sont légitimement rejetées.
Ces préliminaires posés, passons au manuel opératoire.
1° Ligature immédiate. Premier procédé. — • La surface de la Plaie bien épongée, on cherche les vaisseaux. Il y a trois moyens qui peuvent aider à les trouver : I" Dans beaucoup d’opérations, le chirurgien sait a l’avance la place que doivent occuper les artères; c est la qu il dirige ses recherches, en feuilletant pour ainsi dire les tissus avec l’extrémité des pinces ou du tenaculum. 2" Ou se rappelle les points où le sang jaillissait, et l’on fait éter un à un les doigts des aides qu’on avait chargés de comprimer. 2” On fait lever pour un instant la compression établie à l’avance sur le tronc artériel; le jet de sang trahit l'artère. On la saisit alors avec les pinces, soit en plaçant un de leurs mors à l’intérieur et l’autre à l’extérieur du vaisseau (Desault), soit en saisissant le vaisseau tout entier obliquement, de manière à aplatir ses parois entre les mors de la pince. On lire un peu le vaisseau en dehors; alors un aide passe une anse, de fil sous les pinces, fait un premier nœud, et, tenant d’une part les extrémités du lien fortement assujetties dans la paume de la main avec les trois derniers doigts, d’autre part avec les deux indicateurs étendus le long du fil, et se regardant par leur face dorsale, il dirige le nœud sur l’artère, au delà du point où elle a été saisie par l’instrument; serre ce premier nœud en écartant les bouts du fil avec la pulpe des deux indicateurs; fait poser au besoin le doigt
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d'un autre aide sur ce premier nœud pour (|u’il ne se desserre pas, et ajoute un second nœud de la même manière. Alors seulement le chirurgien retire ses pinces; il fait lever la compression pour s’assurer que l’artère est complètement oblitérée, et xa à la recherche des autres.
Quelquefois le sang coulant eu nappe empêche de bien voir; il faut, selon les cas, faire faire de larges inspirations au malade, ou enlever une compression circulaire trop forte sur le membre. On a vu aussi les vaisseaux se rétracter dans les chairs, sous les aponévroses. S’ils sont petits, ou les néglige; s’ils sont volumineux, il faut fendre avec le bistouri les chairs ou les aponévroses qui s’opposent à leur recherche. Enfin, souvent un vaisseau qui a donné pendant l’opération, ne donne plus après ; c’est une des raisons qui doivent faire différer l’application de l’appareil.
La manière d’agir de Desault ne convient que pour les gros troncs, et alors peut-être le tenaculum est préférable. D’autre part, pour les petites artérioles, il serait impossible de les saisir immédiatement ; ou soulève et on lie avec elles un peu du tissu cellulaire ambiant.
On emploie de la même manière les pinces fixes d’Amussat ou de Oraefe; et ces pinces, se maintenant fermées par un mécanisme particulier, sont surtout utiles quand le chirurgien, privé d’aide, est obligé de faire la ligature lui-même.
Deuxième procédé. Le tenaculum. — On traverse de part en part les parois de l’artère avec la pointe de l’instrument, et ou l’attire ainsi au dehors; le reste à l'ordinaire.
Le tenaculum peut servir aussi pour les artérioles; on soulève à la fois, avec sa pointe, le vaisseau et un peu du tissu qui l’entoure.
2" Ligature médiale. — On passe les deux bouts de la ligature dans deux aiguilles courbes; on enfonce la première dans les chairs à un millimètre de l’artère; on la fait remonter 3 à G millimètres au-dessus, et ressortir après avoir décrit un demi-cercle. Ou fait décrire à l’autre aiguille un demi-cercle en sens contraire; le vaisseau se trouve ainsi totalement entouré; on n’a plus qu’à serrer la ligature.
La même aiguille pourrait aussi bien servir à décrire les deux demi-cercles l’un après l’autre.
ML Le refoulement (Amusant). — Il consiste à saisir transversalement l’artère entre les mors d’une pince; puis avec une autre pince, dite a baguettes, dont les branches se terminent en tiges cv ''"dr.ques bien lisses d’un millimètre de. diamètre, et longues de 2 centimètres environ, on étreint l’artère au-dessus de la premièrecette étreinte suffit pour rompre les tuniques internes : alors on presse de bas en haut sur le vaisseau avec la pince à baguettes, ,|„
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manière à refouler les membranes internes, qui se replient dans Hn- Imcur du vaisseau a la façon d'un doigt de gant retourné.
esang, arrête par ce repli, forme un caillot plus prompt et nui a Plus de points d'attache. Appliqué avec suecès sur les chiens lë ■roulement n a été tenté qu'une rois sur l’homme dans un ras d’anévrisme, et n’a pas réussi.
XIII. La torsion. — Indiquée vaguement par Galien , retrouvée par JM. Amussat, la torsion compte aujourd’hui de nombreux succès.
Procédé de M. Amussat.— Les instruments ordinaires sont quatre pinces, dont deux ordinaires, une pince à baguettes, et une pince fixe, dite aussi pince à torsion.
A l’aide d’une pince ordinaire, on saisit l’extrémité libre de l’arterc; avec une seconde on isole le vaisseau et on le fait saillir de 10 à 12 millimètres eu avant de la surface de la plaie. Cela fait celte seconde pince est remplacée par la pince à torsion, avec laquelle on prend l’artère transversalement à son extrémité; puis, cette pince étant serrée et tenue de la main droite, de la gauche on prend la Pince è baguettes avec laquelle on saisit transversalement le vaisseau au niveau des chairs; on presse sur cette pince pour couper les tuniques interne et moyenne ; et, tandis qu'on en serre les baguettes avec une force suffisante, on imprime à la pince à torsion un mouvement de rotation sur son axe dans l’étendue d’un demi-arc de cercle, comme si l’on voulait enrouler l'artère autour de ses mors et en prenant un point d’appui sur la pince à baguettes, après quoi on ramène la pince de telle sorte que son axe soit parallèle à l'axe de l’artère; et, en roulant l’instrument entre les doigts, on fait exécuter au vaisseau sept ou huit tours de rotation sur son axe. L’opération est finie alors; on retire la pince à baguettes, et avec la pince à torsion on repousse dans les chairs le bout de l’artère, à moins qu'on n’ait porté la torsion au point de rompre ce tourillon et de le retirer entre les mors de la pince.
Procédé de Friche. — On saisit l’extrémité de l’artère avec une pince ordinaire, et l’on exerce une légère traction pour la faire saillir de 10 a 12 millimètres, plus ou moins; alors celte première pince est transmise a la main gauche, et, avec une autre pince tenue de la main droite, on dégage le vaisseau des tissus environnants, en les refoulant du côté, de la plaie; puis, appuyant sur l'origine du vaisseau a\ec le pouce et l'indicateur de la main gauche, on fait faire de la main droite à la première pince huit ou neuf tours sur son axe.
M. ^ clpeau suit à peu près b* même procédé : seulement il fait tourner l’artère sur son axe, suivant son volume, de trois il huit fois.
Procédé de M. Thierry. — Il se contente de saisir le bout de l’ar-
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tère avec les pinces ordinaires ou des pinces fixes, et de la tourner cinq ou six fois sur ellc-mèmc.
Le premier procédé est préférable, attendu que, quand on ne fixe pas l’artère, il esta craindre que la torsion ne s’étende jusqu'à la première collatérale.
Les quatre pinces recommandées par M. Amussat ne sont pas absolument nécessaires ; on a fait des pinces à torsion dont les mors sont surmontés de baguettes, et qui peuvent conséquemment remplacer la pince spéciale ; avec deux pinces à torsion de ce genre, on peut, bien qu avec moins de facilite sans doute, mettre à exécution le procédé de M. Amussat.
La torsion ainsi faite rompt les tuniques internes comme la ligature; mais, de plus, et surtout quand on se sert de la pince à baguettes, les refoule comme un doigt de gant retourné dans l’intérieur du vaisseau. Le caillot est solidement arrêté, d’une part par le refoulement, de l’autre par le capuchon que lui forme la tunique externe tordue; et quand I artère est saine, la torsion semble plus sure ipic la ligature.
1 our les petites artères, il n’est pas besoin de tant de précautions; on les saisit et on les attire hors de la plaie avec une pince, en même temps qu’on les dégage de l’autre, puis on les tord sans s occuper de les fixer au niveau des chairs. Les dernières artérioles ne demandent pas même à être dégagées; il suffit de les saisir et de les tordre sans antre forme de procès.
Xl\. Le séton. — Jameson a proposé de traverser le vaisseau avec un séton de peau de daim, de 5 à C millimètres de large ses expériences sur les chiens et les chevaux lui ont parfaitement réussi. AL Larron du A illards a obtenu les mêmes succès en traversant l’artère avec un fil végétal ou métallique. Nous avons vu que Dioniset A. Looper joignaient cette méthode à la ligature, mais seulement pour empêcher celle-ci de glisser.
XV . I. enlacement. — Méthode imaginée par Stilling, et qui consiste a pratiquer sur l'artère deux petites incisions à une distance de -on extrémité béante égale à la largeur du vaisseau lui-même. Entre ces deux incisions, il reste donc une petite bande que l’on soulève
.ai"' d'; •'! so,,s laquelle ou fait passer l’extrémité du
x aisseau, de manière a y former une espèce de nœud. C’est une sorte de séton fourni par le bout de l’artère elle-même. Celte opération aii pratiquée une fois sur I homme pour une lésion de l’artère radiale, et a bien réussi; mais elle dura trois quarts d’heure C’est un sujet assez curieux d'expérimentation, et rie, de plus.
XVI. Les maciieres. — Les ligatures temporaires ayant réussi en certains cas, on a essayé s, la rupture de* tuniques internes, mu Hi-
MÉUKCIXE OPÉRATOIRE.
plicc nombre de lois dans un court espace de l’artère, pourrait l'obli- UMcr. Maunoir, en 1820, parait a\oir imaginé, pour cet effet, une pince sans mors, qui a la plus grande analogie avec la pince à baguettes de M. Aniussat. M. Carron du Villards dit avoir réussi de la même manière à oblitérer des artères d’animaux, M. Amussat a cependant multiplié les essais de ce genre, sans obtenir une seule uns I oblitération. Ce moyen seul est donc à rejeter; mais, uni à la ligature, il donne sur les animaux des résultats très séduisants.
Procédé de M. Amussat. — La ligature posée, on saisit l’artère au-dessus, transversalement, et on l’étreint entre la pince à baguettes, de manière a rompre les tuniques internes dans toute leur circonférence, sans offenser la tunique externe. On peut faire une, deux ou plusieurs mâcbures. La ligature ne sert ici qu’à favoriser la formation du caillot; mais, chose remarquable, le caillot adhère solidement a toute la circonférence de l’artère dans tous les points où les tuniques internes ont été coupées. Il n’en garde pas moins sa forme conique, et même, près des collatérales, toute la portion du cône qui dépasse les mâcbures manque; mais l’adhésion n’eu est pas moins solide à chaque màchurc.
En résumé, malgré les avantages que semblent présenter et la torsion et les mâcbures, et diverses autres méthodes parmi celles que nous venons d’énumérer, la ligature simple est encore aujourd hui presque universellement «adoptée. C’est qu’en effet elle réimporté d'abord par sa simplicité, et qu’il s’.agit uniquement de la bien faire pour lui donner une suffisante sécurité.