‹ Manuel de médecine opératoire (volume 5)Chapitre 120 sur 145 · POLYPES DE L’UTÉRUS · texte numérisé non relu

POLYPES DE L’UTÉRUS

doigt indicateur. Il voulait pratiquer la torsion; mais le polype se déchira, et il n’en retira qu’un lambeau. Il réintroduisit donc sa pince, mais fermée; et saisissant les débris du polype entre cet instrument et son doigt, il parvint, en sept ou huit reprises, à arracher ainsi tout le polype. L’opération dura huit minutes ; il y eut peu de douleur, mais des symptômes de métro-péritonite se montrèrent : on les arrêta, et la malade fut guérie.

J’ai pratiqué avec succès un arrachement d'une autre sorte dans des cas de polypes mous siégeant dans l’intérieur de l’utérus, et donnant lieu à de fréquentes hémorrhagies. Le col, saisi et attiré au dehors avec des pinces de Museux, je porte dans la cavité utérine un long couteau courbé sur le plat ou une curette, ou môme le dos de ciseaux courbes, et je r:\cle; je ratisse toute la surface interne de manière à n’y laisser aucune production polypeuse. Les hémorrhagies sont ainsi arrêtées radicalement.

Enfin on lit dans les auteurs des cas assez nombreux d’arrachement involontaire -des polypes fibreux, survenant au moindre effort, et suivis d’une heureuse guérison : cela s’explique par la destruction plus ou moins avancée du pédicule étranglé par le col utérin ; mais pn n’a jamais songé à l’ériger en méthode. Cependant Dnpuytren et Récamier l'ont pratiqué une fois. Le polype était renfermé dans l’utérus et ne voulait pas descendre, malgré l'incision du col, malgré la traction des érignes, qui ne réussissaient qu'à le déchirer. Dupuytren le broya impitoyablement avec les érignes et les doigts; puis, quand il fut las, Récamier prit sa place et réduisit enfin la tumeur en filasse, dont les filaments glissaient entre les mors de la pince. Il ne survint pas d’accidents; les débris s’en allèrent avec la suppuration, et la guérison suivit.

III. Le broiement. — Dû également à Récamier. Ayant affaire à un polype mou et vasculaire du col utérin, il le pressa contre la paroi du col avec le doigt indicateur, le réduisit en pulpe, et l’amena ainsi au dehors en deux minutes. Le polype était du volume du gros orteil. Il n’y eut point d'hémorrhagie et guère plus de douleur que dans le toucher ordinaire. La femme fut guérie en quelques jours.

Le broiement ne saurait convenir que pour les polypes des deux premières classes : aussi Récamier, ayant voulu l’employer pour un polype fibreux, fut obligé d'y renoncer. Toutefois, quand ces polypes ont subi un certain degré de ramollissement, on a recours avec succès au forceps pour diminuer leur volume; mais ce n’est alors qu'un moven auxiliaire et non une méthode opératoire. Nous y reviendrons.

IV. La torsion. — Le succès de la torsion pour les polypes du nez permet, dit Récamier, de l'appliquer aux polypes utérins • sans nul

doute, pourvu que les polypes soient de même nature; mais les observations de Réeamier démontrent qu’alors même la torsion se réduira presque toujours à l’arrachement.

La torsion a été appliquée aux polypes fibreux par Boudou. et en deux ou trois occasions par Dupuytren. Elle consiste à tordre doucement et toujours dans le même sens le pédicule du polype, ce qu'on peut faire avec les doigts indicateurs et médius de chaque main, introduits dans le vagin. Dans une thèse soutenue en 1753, on conseille de saisir d’abord le pédicule avec des pinces ou des teuettes, pour empêcher la torsion de se communiquer à l’utérus. C’est une méthode purement exceptionnelle, et qui ne convient que dans les cas où le pédicule est si grêle et si mince, qu’un faible eflbrt doit suffire pour le déchirer.

V. La ligature. ■ — Jusqu'en 1742, on ne liait ces polypes que descendus hors de la vulve. Levret porta la ligature dans le vagin même; Herbiniaux osa l’appliquer jusque dans l'utérus.

1° Ligature des polypes hors de la vulve. — Elle se fait de plusieurs façons, soit en étreignant le pédicule dans une anse de fil serrée et assujettie par un double nœud, soit en traversant le pédicule avec une aiguille armée d’un double fil, et en liant à part chacune des deux moitiés. La première est la plus simple. Quand le pédicule est gros, souvent une seule ligature ne suffit pas. Leblanc fut obligé d’en mettre jusqu’à quatre. Si le pédicule ne paraissait pas complètement hors de la vulve, on l’attirerait au dehors en appliquant sur le polype les pinces de Museux.

2° Ligature des polypes dans le vagin. — Elle se fait avec les instruments ou avec les doigts. Les instruments ont été très variés; ils se réduisent à ceci : 1“ Un ou deux porte-nœuds, consistant en général en une tige métallique percée d’un trou à son extrémité pour y passer le fil, ou en un tube métallique que le fil traverse dans toute sa longueur. Mayor avait proposé de simples tiges élastiques de baleine ou d’acier, terminées à leur extrémité eu pattes d'écrevisse, en sorte que le lien y soit retenu aussi solidement qu'il convient, et que le moindre effort de rétraction sur les tiges suffise pour le dégager. 2° Un serre-nœud qui n’a pas moins varié de forme; nous donnons la préférence à celui de Graefe, modifié par Dupuytren, ou mieux encore à celui de Sauter. 3° Une ligature qui peut être faite de soie, de fil d’archal, ou mieux encore de ficelle goudronnée et ensuite savonnée, et longue de deux à trois pieds.

La femme est placée comme pour la lithotomie, un aide pressant l’hypogastre pour abaisser la matrice, un autre, s'il en est besoin, fixant le polype avec des pinces de Museux. La ligature enfilée dans les porle-nœuds, on les conduit nu fond du vagin, le long de sa paroi

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postérieure, à l'aitlo des deux premiers doigts de la main gauche qu’on y a portés d’abord. Parvenu au pédicule, on retire les doigts nui leur servaient de guide; et saisissant chacun d’eux de chaque main on leur fait embrasser ce pédicule de derrière en devant, en leur faisant décrire une demi-circonférence, ou bien encore on les introduit tous deux en avant, et tandis que l’un reste immobile, on

fait faire tout le tour du polype à l’autre.. Cela fait, on les croise, de

peur que le fil ne se dérange; on passe les extrémités du fil dans le serre-nœud, quel qu’il soit; on fait ainsi monter ce serre-nœud jusqu’au point de réunion des deux porte-nœuds, et l’on retire ceux-ci, soit par un simple eflort de traction si 1 on se sert de ceux de Mayor, soit par un mécanisme spécial si 1 on préfère ceux de Desault ou d’autres.

On fait décrire ce chemin à l’anse, afin de placer le serre-nœud en avant sous les pubis. Là, en elfet, le pédicule est moins éloigné de la vulve; l'instrument ne sera pas presse par la tumeur contre le vagin , et si l’on a choisi un serre-nœud solide et droit, partout ailleurs la courbure que la tumeur imprime au vagin ne lui permettrait pas toujours de séjourner sans douleur et sans inconvénient.

M. Favrot a proposé récemment un procédé fort ingénieux, pour placer la ligature à l'aide de deux sondes ordinaires en gomme élastique, dont on a coupé le bout en deçà des yeux. On prend un fil de soie de 2 mètres de long, plié en double; on le fait passer à travers les deux sondes, de telle sorte que 1 anse formée par le milieu du fil sort par le pavillon de la première, et les deux chefs par le pavillon de la seconde. On dédouble alors la portion de fil libre à l’extrémité supérieure des deux sondes, et 1 on attire en bas 1 un des deux fils résultant de ce dédoublement, de manière à l’écarter fortement de l’autre.

Tout ainsi disposé, on porte les deux sondes à la hauteur du pédicule du polype, en glissant sous le. polype le fil horizontal qui sort de leurs extrémités. Ce fil arrivé sous le pédicule, on rapproche les tleux sondes, on tire sur les deux bouts du fil qui sortent par le pavillon de la deuxième sonde : cela suffit pour serrer l’anse autour du pédicule du polype; et la première sonde retirée, on place à demeure ilans la seconde un mandrin sur lequel on noue les deux bouts de la ligature.

Cette description est peut-être difficile à comprendre sans figures ; mais en disposant soi-même l’anse de fil dans les sondes, on en aura une meilleure idée qu’avec les figures mêmes (1).

Un chirurgien anglais a proposé de conduire l’anse avec le «loigt sans instruments. 11 place en travers, sur l’extrémité fin doigt iiuli-

t\ ) ftei'u* nieilicn-rhlriirgicnlr, tome lit, pnge 23.

cateur, la partie moyenne de la ligature, et la fixe en retenant dans la main ses deux extrémités suffisamment tendues. Il porte le doigt ainsi armé sur le pédicule du polype; là il dégage les extrémités du fil, fait faire à chaque côté de l’ause un demi-tour, de manière à embrasser la moitié ou les trois quarts de la circonférence du pédiculec’est assez pour qu’en passant les deux extrémités dans le serre-nœud et faisant monter celui-ci vers le pédicule, l’anse se forme convenablement, la forme globuleuse du polype retenant le fil eu place et l’empêchant de descendre.

J’ai cherché à simplifier ce procédé. Avant déporter le fil dans le vagin, ses deux extrémités seraient passées d’abord dans le serrenœud; de cette façon, taudis que l'indicateur maintiendrait à la hauteur convenable une portion de l’anse, le serre-nœud qu’ou ferait monter du côté opposé porterait de lui-même au point correspondant l’autre portion de l’anse; il suffirait pour cela de tenir les bouts du \ fil en même temps que le serre-nœud monterait, et l’on n’aurait pas à faire avec le doigt ces mouvements de circumduction qui peuvent être quelquefois difficiles.

3° Ligature au-dessus du col utérin. — Proposée et pratiquée pour la première fois par Herbiniaux, elle ne peut se faire qu'avec des portenœuds : le doigt n’est pas assez long. Le procédé est le même que pour la ligature dans le vagin; seulement il faut faire attention à ce que les instruments glissent bien entre le pédicule et le col utérin, et n’aillent pas porter la ligature sur celui-ci même.

Cullerier avait proposé un instrument pour élever la ligature aussi haut qu’on le désire, quand une fois elle est posée, et avant de la serrer. C'est une tige ëchancréc en haut comme un porte-mèche; l’échancrure sert à saisir et à soulever tour à tour les divers points de l’anse.

La ligature posée, on la serre jusqu’à ce que la malade se plaigne qu’on la pince, jamais au delà. On a vu une striction trop forte causer des douleurs atroces (IL deChégoin , des convulsions Herbiniaux', des convulsions portées jusqu’à la mort (Martin .Si de tels accidents survenaient, il faudrait relâcher la ligature; et si un second, un troisième essai réussissaient aussi mal, y renoncer tout à fait. Si, au contraire, la malade la supporte bien, après quelques jours, quand le nœud extérieur parait relâché, on le resserre ; le polype tombe au bout d’un temps variable, selon l’épaisseur et la nature de son pédicule, depuis quatre à cinq jours jusqu à près de trois mois (Leblanc).

Dès que le polype est lié. les pertes rouges s’arrêtent, sinon immédiatement, au moins quelques jours plus tard. Le polype étrangle sc gonfle, devient rouge, violet, quelquefois ses veines se rompent; plus tard il se flétrit, devient livide, et enfin sc putréfie : de là une odeur

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